GREEN LANTERN EMERALD TWILIGHT EN DC PAPERBACK (URBAN COMICS)


Hal Jordan a beau être le plus grand Green Lantern de l’Histoire, même un super-héros de cette trempe peut craquer et basculer du côté obscur. Il faut dire qu’il n’a rien pu faire pour empêcher l’éradication de Coast City, la ville où vivaient sa famille, ses amis et tant de visages familiers — sans parler des innombrables anonymes — tous pulvérisés par Mongul. Difficile, dans ces conditions, de faire son deuil et de tourner la page sans sombrer dans la folie. Jordan tente alors l’impossible : ressusciter les morts, ou du moins leur offrir une forme de simulacre de vie grâce à son anneau de pouvoir. Mais une telle entreprise exige une énergie incommensurable, bien supérieure à celle qu’il a jamais portée à son doigt. Il se lance dès lors dans une croisade insensée et se retourne contre le Corps des Green Lanterns, ceux-là mêmes qui étaient encore ses alliés quelques jours auparavant. Tous ceux qui se dressent sur sa route pour s’opposer à sa dérive sont irrémédiablement vaincus, jusqu’à ce qu’il s’empare de leurs anneaux et les ajoute à sa nouvelle collection. Même Kilowog, son instructeur, ne fait pas le poids, pas plus que Sinestro, ancien mentor devenu ennemi juré, qui mordra la poussière d’une manière particulièrement brutale. Ron Marz décrit ainsi la descente aux enfers d’un personnage qui, autrefois, n’avait peur de rien, mais qui se laisse finalement submerger par ses émotions : culpabilité, frustration, terreur de ne plus être à la hauteur et douleur d’avoir perdu ce qu’il s’était juré de protéger. Ces épisodes, d’une intensité poignante, appartiennent désormais à l’histoire des comics et permettent à l’auteur de préparer un tournant majeur pour Green Lantern, avec l’avènement d’un nouveau porteur de l’anneau, un nouveau héros appelé à occuper le devant de la scène à partir du numéro 51.



Car si jamais Hal Jordan est tombé en disgrâce, c’est désormais le moment pour Kyle Rayner d’entrer en scène. Voici un personnage qui va se révéler attachant en très peu d’épisodes. Inutile de le présenter longuement ou de nous raconter ses origines en long, en large et en travers. Nous avons ici un jeune dessinateur publicitaire, pas forcément très responsable dans la vie, qui fréquente Alexandra DeWitt, une journaliste-photographe avec laquelle il essaie régulièrement de se rabibocher. Un soir, dans une ruelle, l’un des Gardiens d’Oa se présente à lui et lui offre un anneau qui va lui permettre de devenir Green Lantern. On n’a pas le temps de comprendre le pourquoi du comment : Kyle devient très vite un super-héros et, à défaut de savoir précisément comment se comporter, il n’a pas peur et assume pleinement son nouveau statut. Tant mieux, car il va devoir se mesurer d’entrée à un adversaire du calibre de Mongul, dont nous vous avons déjà parlé. Sans l’aide de Superman, sa carrière n’aurait d’ailleurs pas été bien longue. Bien évidemment, ces premiers épisodes sont aussi marqués par l’un des drames les plus terribles et les plus célèbres de l’histoire des comics américains : la découverte de la fiancée morte, pliée dans un réfrigérateur, victime de Major Force, cette espèce de sadique surpuissant chargé d’exécuter les basses œuvres du gouvernement. Kyle va naturellement chercher à se venger, et ce drame intime résonne encore aujourd’hui dans le cœur et l’esprit de tous les fans de Green Lantern. Impossible également de refermer l’album sans évoquer une incursion dans les événements de Zero Hour, et surtout une double confrontation entre Kyle et Hal Jordan venu récupérer son anneau, et désormais transformé en Parallax. Hal pense sans doute bien faire, mais ses méthodes sont plutôt celles d’un super-vilain. Kyle parvient pourtant à lui tenir tête et démontre ainsi qu’il est définitivement devenu un héros. Ron Marz livre ici des épisodes avec un petit côté naïf, mais qui ont au moins le mérite de toujours raconter quelque chose : on ne s’ennuie jamais. Côté dessin, Darryl Banks propose des planches très lisibles, même si les fonds de case et certains détails peuvent parfois sembler un peu superficiels. Il est aidé également par d'autres artistes, comme Derec Aucoin ou Craig Russell (ce dernier ayant un style fort reconnaissable et bien plus fouillé). Quoi qu’il en soit, ce sont des aventures que tout fan de Green Lantern se doit de posséder et de connaître, et la collection DC Paperback offre justement l’occasion de combler d’éventuelles lacunes dans le domaine.

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MINOR ARCANA TOME 1 : JEFF LEMIRE ET LES TAROTS CHEZ DELCOURT


 Nous voici en terrain parfaitement balisé : l’univers de Jeff Lemire. Tous les indices sont sur la table (comme les cartes des tarots), et nous évoluons en territoire connu. Regardez, par exemple, le personnage principal de Minor Arcana, une certaine Theresa. Il s'agit d'une jeune femme qui rentre chez elle après plusieurs années passées loin de sa mère. « Chez elle », façon de parler, puisque le petit bled paumé dans lequel elle a grandi n’a rien de l’endroit rêvé pour s’épanouir. Aucune perspective réelle pour des gens comme elle, et une mère malade, atteinte d’un cancer, qui ne semble guère accorder d’attention à son traitement. Pas plus qu’à sa fille, d’ailleurs, avec laquelle les relations sont loin d’être apaisées. La mère de Theresa tient un petit salon de voyance, où elle exploite le besoin de croire des autres pour leur dire, plus ou moins, ce qu’ils ont envie d’entendre. Aucune chance que la fille prenne un jour la relève… si ce n’est par le plus grand des hasards, et surtout par nécessité de gagner quelques billets. Un jour, elle se retrouve ainsi dans une situation totalement inattendue : elle a l'opportunité de tirer les cartes à une vieille dame venue s’enquérir de son grand amour, mort depuis bien longtemps. Et là, l’inattendu se produit. Il semblerait que Theresa possède réellement des dons… ou, à tout le moins, qu’elle soit capable d’accéder à un autre niveau d’existence et de conscience, au point d’entrer en contact avec les personnes disparues. Lemire entre dans le fantastique par la porte du quotidien le plus banal, et promet de nous emmener loin, dans le fantastique, l'onirique, et la dépression !



Dans la vie, Theresa affiche un parcours totalement cabossé. Elle préfère les filles, et celle qu’elle aimait vraiment est aujourd’hui en couple avec un policier du coin… avec qui elle a eu un enfant. Theresa a plus ou moins tourné le dos à ses anciennes connaissances du lycée et on la sent dévorée par un profond sentiment de culpabilité et de perdition, qui la conduit trop souvent à se réfugier dans l’alcoolisme. Bref, un personnage taillé sur mesure pour une œuvre de Jeff Lemire. L’auteur canadien est particulièrement attaché aux récits familiaux truffés de failles. Chez lui, la famille est à la fois un refuge, une valeur sûre, mais aussi l’endroit où tous les problèmes convergent : le lieu de toutes les trahisons et de tous les manques. Lemire est un auteur absolument génial, mais, comme vous le savez, les choses rares sont souvent belles, et les choses belles sont souvent rares. À vouloir trop écrire, lancer un nombre incalculable de séries en parallèle et accepter des travaux de commande à un rythme effréné, Lemire a fini par se banaliser, produisant des histoires de moins en moins marquantes. Soyons honnêtes : il n’est évidemment pas devenu un tâcheron, loin de là, mais cette étincelle, cette essence si particulière qui faisait de lui une voix et une sensibilité totalement à part, que nous adorions passionnément, semblait s’être estompée. C’est donc avec un immense plaisir que nous découvrons cette nouvelle série, publiée chez Delcourt et chez BOOM! Studios aux États-Unis. Minor Arcana condense toutes les thématiques chères au scénariste, abordées ici avec une pudeur et une sensibilité qui rappellent les grandes heures du passé. D’autant plus que Lemire est également au dessin : son trait volontairement brut se révèle d’une expressivité redoutable, avec juste ce qu’il faut de naïveté pour nous toucher en plein cœur avant même de chercher à impressionner. En bref, c’est du Jeff Lemire comme on aimerait en lire plus souvent. Du Jeff Lemire intime et sincère, plutôt que celui mis au service des grandes majors de l’industrie. Et ça, il n'est pas nécessaire d'être devin pour comprendre que ça justifie l'achat. 



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R.I.P. SAL BUSCEMA (1936 - 2026)


 Le 23 janvier, à l’âge de 89 ans, Sal Buscema s’est éteint. Nous ne l'avons su que la nuit dernière. Frère de John, il fut l’un des dessinateurs et encreurs les plus importants de l’histoire de Marvel Comics, maison d'édition pour laquelle il travailla sur un nombre impressionnant de personnages emblématiques, parmi lesquels les Avengers, Spider-Man, Hulk, Captain America, les Défenseurs, Rom, et bien d’autres encore. Il se fit d’abord un nom comme encreur : ses débuts publiés chez Marvel furent pour Silver Surfer #4, un numéro dessiné par le frangin. Cette collaboration mit immédiatement en lumière une qualité essentielle de son style, sa capacité à sublimer le trait d’autrui sans jamais trop vouloir en faire. Progressivement, Sal (Silvio) passa au dessin, augmenta sensiblement sa cadence de travail, jusqu’à devenir l’un des artistes les plus constants et les plus fiables de la rédaction. Son premier titre régulier fut Avengers, avec Roy Thomas, avant de passer à X-Men et Sub-Mariner, puis de revenir à plusieurs reprises sur Avengers. Il débuta également une collaboration particulièrement marquante avec Steve Englehart sur Captain America. Ce cycle trouva son point culminant avec la saga de l’Empire Secret, qui vit Steve Rogers renoncer temporairement à l’identité de Captain America pour adopter celle de Nomad. Au cours des années 1970, Sal Buscema œuvra sur la quasi-totalité des personnages majeurs de Marvel, mais son nom demeure surtout associé à deux prestations au long cours. La première est The Incredible Hulk, qu’il dessina avec une remarquable régularité pendant près de dix ans, où il imposa une représentation physique et dynamique du personnage devenue iconique. C’est notamment à cette période qu’il mit au point le célèbre « Sal Buscema Punch » : un coup en pleine face, le corps qui part en vrille, le bras qui parait jaillir hors de la case, pensé pour transmettre le poids, la vitesse et l’impact immédiat. Bim !  La seconde est sa collaboration avec Bill Mantlo sur Rom: Spaceknight, une série que Panini a republié ces mois derniers dans sa collection Omnibus.




C'est lui qui lança Peter Parker, The Spectacular Spider-Man avec Gerry Conway, une série sur laquelle il resta environ cent numéros, assurant fréquemment à la fois le dessin et l’encrage. Au début des années 1990, il revint sur le titre aux côtés de J.M. DeMatteis, avec un cycle aujourd’hui encore salué pour l’attention portée à la dimension psychologique des personnages (la mort de Norman Osborn, quel grand moment). DeMatteis évoqua d’ailleurs cette collaboration comme « l’un des sommets de ma carrière. Ce n’était pas seulement un grand artiste : c’était quelqu’un de profondément bon ». Le style de Sal Buscema se distinguait par une clarté narrative exemplaire, une solide maîtrise anatomique et une attention constante à la lisibilité de la planche. Il ne recherchait jamais l’effet graphique ostentatoire, lui préférant le rythme, la cohérence et l’efficacité du récit. Comme le soulignait DeMatteis dans une interview, Buscema savait raconter une histoire avec une telle évidence que « certaines pages auraient pu fonctionner même sans dialogues ». Pour nous lecteurs français, c'était l'époque des petits formats de chez Semic (Nova) qui passèrent ensuite au grand format. Au fil de sa carrière, Sal Buscema contribua également à la création de nombreux personnages et concepts de l’univers Marvel, de la Valkyrie à Lady Deathstrike, jusqu’au T.V.A, tribunal et organisme régulateur du temps, récemment porté sur le petit écran grâce à la série Loki des Marvel Studios. Avec Sal Buscema, c'est un géant discret, un immense artiste trop souvent méconnu ou sous-estimé, qui vient de nous quitter. 



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HÉRÉTIQUE : ROBBIE MORRISON ET CHARLIE ADLARD FACE À L'INQUISITION


 C'est peut-être grâce aux dialogues de l'avant-dernière page qu'il est possible de résumer en une formule Hérétique, lorsque le personnage principal déclare : peut-être que tous les démons sont notre propre création. Les dieux aussi. Et peut-être qu'au final, il n'y a que nous. Avant même que le récit ne démarre, Hérétique prend de toute manière soin de poser son cadre. Robbie Morrison inscrit d’emblée Johann Weyer dans la postérité, rappelle l’influence durable que cet esprit du XVIᵉ siècle exercera bien au-delà de son époque. En 1529 pourtant, Weyer n’est encore qu’un adolescent de quatorze ans lorsqu’il arrive à Anvers pour devenir l’apprenti de Cornelius Agrippa, savant protéiforme, théologien, médecin, juriste et occultiste réputé. Dans une Europe écrasée par l’autorité morale et politique de l’Église catholique, une telle proximité avec un esprit aussi libre relève déjà de la provocation. Et forcément, ça ne peut que mal tourner. L’époque est dominée par la peur. La religion, instrumentalisée par le pouvoir, s’appuie sur la superstition pour maintenir le peuple sous contrôle. La moindre déviance devient une hérésie potentielle, passible de l’Inquisition, dont les excès transforment la foi en machine de répression. La chasse aux sorcières, plus politique que spirituelle, sert d’alibi à l’élimination des indésirables. La menace qui plane en permanence, incarnée par le grand inquisiteur Bernard Eymerich, figure d’un pouvoir absolu et arbitraire, écrase tout sur son passage. Face à lui, Agrippa ne peut s’empêcher de défier l’autorité, de dénonçant le mensonge d’une Église qui prêche la morale tout en organisant la terreur (sans négliger la luxure). 



Lorsque plusieurs meurtres frappent Anvers, Agrippa est contraint de mener l’enquête. La mission est ambiguë, presque perfide : découvrir la vérité ou risquer de devenir lui-même un coupable idéal. L'Inquisition se sert de notre "héros", qui lui-même est persuadé que se mettre à son service, temporairement, sera le meilleur moyen de comprendre ce qui se trame vraiment. Morrison construit alors un récit intelligent et angoissant, où chaque avancée se heurte aux intérêts d’un système fondé sur l’ignorance entretenue et la peur savamment cultivée. L’enquête révèle peu à peu la violence d’un ordre social où la religion ne sert plus Dieu, mais la domination des corps et des esprits. La souffrance des victimes, notamment celle d’une femme juive livrée à l’Inquisition (puis de son père), expose sans détour le cynisme d’un pouvoir prêt à tout pour préserver ses privilèges. L'antisémitisme (le vrai, pas celui dont on éclabousse aujourd'hui plus ou moins n'importe qui) est une plaie qui suinte dans cet album, par ailleurs. Le dessin de Charlie Adlard sublime cette sortie très élégante. Son noir et blanc dense et texturé est remarquable et fera taire tous les détracteurs qui se contentent de le juger sur les pages les plus rapidement expédiées, dans la longue saga de The Walking Dead. Tout ici est axé sur la lisibilité, la composition et la force expressive des visages. De rares éclats de couleur surgissent comme des coups de scalpel, on y est, on ressent, on admire. C'est vraiment beau. Alors certes, la filiation avec Le Nom de la rose s’impose naturellement. Comme chez Umberto Eco, un esprit rebelle et versatile transmet son savoir à un jeune disciple, dans un monde où la connaissance est perçue comme une menace. Morrison décrit des institutions qui excitent la peur, désignent des boucs émissaires et prétendent défendre l’ordre et la pureté. À la croisée du thriller, du récit historique et de la critique politique, Hérétique s’impose comme un roman graphique puissant, qui réalise un sans faute d'un bout à l'autre. Jetez-vous dessus. 



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COPRA VOLUME 5 : MICHEL FIFFE EN TOUTE LIBERTÉ (CHEZ DELIRIUM)


 Avec ce cinquième volume de Copra, série rigoureusement inclassable publiée en France par Délirium, Michel Fiffe poursuit son projet sans jamais en atténuer l’exigence. Le cinquième round reprend immédiatement après la conclusion explosive du tome précédent, qui voyait l’équipe littéralement disloquée. Logiquement, le récit met du temps à retrouver un centre de gravité. Le noyau de Copra est dans un premier temps aux abonnés absents, tandis que Fiffe préfère s’attarder sur plusieurs personnages dispersés, chacun évoluant dans son propre fragment de cet univers chaotique. Première remarque obligatoire : vous avez déjà vu et lu de nombreux univers parallèles ou autres dimensions de l'étrange, au fil de vos expériences. Vous savez que c'est un excellent prétexte pour que les artistes laissent exploser leur imagination, leur créativité. Appliquez cette règle à Michel Fiffe, et vous comprendrez que l'expérimentation et la réinvention de la manière de raconter une histoire avec des cases et sur la page se poursuit avec brio ! Cependant, cette approche a un prix. Copra ne fait ici aucun effort pour accueillir les nouveaux lecteurs. Les rappels sont rares, les séquences explicatives tardives, et le récit avance sans se retourner. Pourtant, cette opacité relative ne nuit pas totalement à la lecture. Fiffe travaille avant tout sur des figures archétypales, immédiatement identifiables par leur attitude, leur fonction ou leur rapport à la violence. Même sans connaître leur passé, on comprend rapidement ce qu’ils représentent. D'autant plus que ce sont les miroirs déformés de quelques-uns des héros que nous dévorons depuis l'enfance, et que le jeu de pistes, les avatars qui naissent affranchis des liens imposés par les grands éditeurs, donne à l'ensemble cette fraîcheur, cette candeur explosive, jamais rencontrées ailleurs auparavant. En somme, un croisement totalement improbable entre un cahier de brouillon griffonné par le cancre génial du fond de classe, qui rêve de super-héros en cours de latin, et le meilleur de la production américaine grand spectacle dont nous sommes si friands. Artiste inclassable, on vous avait prévenu.



Sur le plan graphique donc, le cinquième tome  confirme la virtuosité de son auteur. Fiffe multiplie les trouvailles de mise en page, joue avec le découpage et le rythme, et exploite l’espace de la planche avec une inventivité constante. Les couleurs, volontairement sourdes (ça s'appelle de la synesthésie, et comme Fiffe joue avec nos sens, c'est pertinent), demandent un temps d’adaptation, mais elles s’avèrent souvent très efficaces, notamment lorsqu’elles accompagnent des séquences d’action ou des moments plus contemplatifs. On sent et respire le trait du crayon de couleur, on repère toutes les imperfections, mais on les aime. C'est un style, c'est un art. Narrativement, cette nouvelle fournée de six épisodes repose sur une réunification progressive de l’équipe. Les rencontres successives, qui pourraient sembler artificielles, s’inscrivent en réalité dans une continuité logique pour qui suit la série depuis ses débuts. Tous les personnages finissent par converger vers un même point, parfois contraints, d'autre fois réticents : ça permet à Copra de renouveler sa dynamique collective et son goût pour le conflit permanent. On quitte ainsi ce qui est la "zone négative" revue et corrigée par Michel Fiffe, pour voir les membres de Copra reprendre forme et fonction, avant qu'une partie ne se retrouve à aider le tyrannique Comte Compota dans sa tentative de reprendre le pouvoir à Mekado, dans le territoire fictif qu'il dirige d'une main de fer. Vous avez dit Fatalis ? Pendant ce temps-là, la Team X est chargée d'intercepter Pasaron, un fugitif international, avant que tout parte de travers et que la formation soit expédiée à Miami, là où précisément les barbouzes de Copra vont atterrir après leur escapade chez Compota.  Le cinquième round se conclut sur un récit centré sur Castillo, l’équivalent du Punisher dans l’univers de Michel Fiffe. C’est peut-être même le sommet du recueil. Plus introspectif, visuellement très travaillé, le personnage bénéficie d’une histoire à la fois simple dans sa structure et riche en images fortes. L’action presque muette et le découpage rigoureux témoignent d’une grande maîtrise formelle, là où la narration suit les grandes heures du Punisher War Journal, avec un anti-héros qui commente sa croisade. Là encore, la conclusion ne prend tout son sens que pour les lecteurs déjà familiers de la série, mais du reste, il est rare d'entamer un titre avec le volume 5. Qui en l'espèce concentre toutes les qualités et toutes les limites de Copra : une œuvre profondément personnelle, inventive, imparfaite, mais portée par une énergie créative rare, si singulière que beaucoup n'ont pas encore trouvé l'élan nécessaire pour s'y plonger. Il faut aimer les comics, leur naïveté, leur puissance évocatrice, il faut vouloir accepter que le dessin et la mise en page soit un défi permanent à nos vieux reflexes, nos attentes, nos limites. Copra n'est pas là pour flatter ou répéter, mais pour aller de l'avant, libre comme peu d'œuvres ont pu l'être ces dernières années. 


Tous les volumes de COPRA sont chroniqués ici


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CRISIS ON INFINITE EARTHS DANS LA COLLECTION DC PAPERBACK (URBAN COMICS)


 La collection DC Paperback d'Urban Comics est le prétexte idéal pour ressortir Crisis on Infinite Earths des cartons. Pour republier tout ce qui doit l'être, dans un format souple malin et économique, en plusieurs volumes. La série mère, bien entendu, mais aussi la pléthore d'épisodes annexes, car l'événement a littéralement fait tremblé, détruit et recomposé l'univers DC, en 1986. On repose la question : mais c'était quoi, ce chambardement cosmique ?

En fait, il faut savoir toucher le fond pour remonter. Axiome simpliste mais évident. En 1985, la maison d’édition DC comics fait grise mine, régulièrement laminée au niveau des chiffres de vente par la concurrence Marvel. La raison de cette déroute s’appelle la continuity, c'est-à-dire l’héritage de toutes les histoires passées, et à venir, qui fait que chaque univers super-héroïque acquiert une unité, une consistance, voire une crédibilité. En gros, c'est donc l'ensemble des interactions entre séries et personnages, qui fait que si Flash attrape la grippe en janvier, il va contaminer Wonder Woman en février, et elle passera donc l'hiver à tousser, d'autant plus que l'amazone passe le plus clair de son temps en légère tenue… Tout de même, un atout non négligeable et attachant, qui se transforme parfois en chaînes lourdes à porter, si mal gérées. En 1985 donc, DC comics ne sait plus trop quoi faire, avec ses nombreux univers parallèles, mondes alternatifs, chacun avec sa propre version des héros classiques ( Flash, Superman, Wonder Woman…) qui finissent par se confondre , se répéter, se mélanger, au point que le public n’y comprend absolument plus rien, et les histoires deviennent des casses têtes sans aucune logique. Ce fut donc le duo Marv Wolfman et Georges Perez qui se chargea du grand ménage de printemps, avec cet impératif : rendre à l’univers DC comics une simplicité, une fluidité de lecture, pour reconquérir le public déçu, et poser les bases d’un futur plus radieux. Leur trouvaille est ce vaste crossover, Crisis on Infinite Earths, qui sera élu par la critique et les fans le second plus important de ces cinquante dernières années. C’est tout dire. L'architecture comprend douze parties, mais les graines avaient été semé bien avant le début de la moisson, c'est fort naturel. L'Anti Monitor, le grand vilain de l'histoire, a commencé à pointer le bout de son (gros) nez deux ans auparavant, et au terme de Crisis, Dc a pu capitaliser sur le succès et le nouveau statu quo pour patiemment réintroduire et relooker tout son parc de personnages et séries, durant des années. Il s'agit donc d'une page fondamentale de la vie de l'éditeur, et des comics tout court.


 

La Crise est loin d’être simpliste : elle implique des dizaines de mondes différents, des centaines de personnages, des fers de lance classiques à d’obscurs héros de seconde zone. George Perez étale son génie au dessin, et réussit le tour de force de captiver l’attention par ses planches qui fourmillent de détails, jusqu’à la dernière case. Son grand atout est sa capacité à placer dans un même dessin une véritable nuée de super-héros en action, sans jamais bâcler le moindre croquis. Le grand méchant de l’histoire est donc tout nouveau, pour l’occasion. C’est l’Anti Monitor, pendant négatif du Monitor, une sorte d’observateur tout puissant de l’univers. Son désir est de faire disparaître à jamais les infinités de mondes et dimensions existantes, pour recréer un univers tout neuf et en être le despote absolu. Ce qui tombe bien car c’est aussi l’ambition de DC comics à l’époque ; repartir de zéro, anéantir les incohérences et faire table rase, pour reconstruire en paix. Pour une fois, le crossover tient toutes ses promesses, et le monde DC est bouleversé de fond en comble. Aucune série n’échappe à des remaniements, souvent radicaux. Des grands noms trouvent la mort, les séries repartent de zéro, et donnent l’occasion à Byrne de s’illustrer sur Superman : Man of steel (chez Urban Comics, publiée dans la collection Superman Chronicles) ou encore à Perez de reprendre Wonder Woman et Frank Miller de refonder Batman. Bref, Crisis est un tournant crucial dans l’univers DC, le point de départ idéal pour tous ceux qui voudraient se plonger dans les années 1980 mais en ont le mal de tête rien qu’à envisager la chose. Armez vous de courage et de patience, et tentez donc de pénétrer cette grande aventure, qui détient les clés de tout un univers narratif. Préparez aussi vos mouchoirs si vous êtes un fan du bolide écarlate : car pour venir à bout d'une crise d'une telle ampleur, il fallait bien un sacrifice exemplaire, un bouc émissaire disposé à s'effacer pour que perdure l'univers. Barry Allen, la Terre, les Terres de chaque plan d'existence, te doivent une fière chandelle ! Nouvelle chance pour tout le monde, donc, avec les DC Paperbacks et leur date de première publication sur le dos des albums, qui incite diablement à se constituer une jolie collection. 

Le contenu du premier tome (36 euros) : Swamp Thing #39; Batman #389-391; Detective Comics #555-558; Justice League of America #244; Green Lantern #194; Wonder Woman #327; DC Comics Presents #78; Infinity, Inc. #18-19; The Fury of Firestorm #41; All-Star Squadron #50-52; Crisis on Infinite Earths #1-4; The Losers Special #1


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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : GOD BLESS AMERICA


 Dans le 215e épisode de son podcast, Le bulleur  vous présente God Bless America, adaptation du roman Le cherokee de Richard Morgiève par Pierre-François Radice, un ouvrage édité chez Sarbacane. Cette semaine aussi, le podcast revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de l’album Jeune et fauchée que l’on doit à Florence Dupré la Tour ainsi qu’aux éditions Dargaud sous le label Chari vari


- La sortie de l’album Naufrage en Patagonie que l’on doit au scénario de Christian Perrissin, au dessin de Matthieu Blanchin et le tout est sorti aux éditions Futuropolis


- La sortie de l’album La dialectique du calbute sale que l’on doit au scénario d’Ovidie, au dessin d’Audrey Lainé pour un album paru chez Marabulles


- La sortie de l’album Lady Nazca que l’on doit à Nicolas Delestret, un titre publié aux éditions Grand angle


- La sortie de l’album Kid Francis que l’on doit au scénario de Marius Rivière, au dessin de Grégory Mardon pour un titre édité chez Casterman


- La sortie du septième tome de l’intégrale des aventures de Lucky Luke, un album qui reprend les histoires imaginées par René Goscinny et Morris et que publient les éditions Dupuis.



 
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SUPERMAN UNLIMITED TOME 1 : LE ROYAUME DE KRYPTONITE


 Comme vous n’êtes pas sans l’ignorer, Superman possède un talon d’Achille qui lui a toujours causé bien des problèmes au cours de sa très longue carrière : la kryptonite. Il s’agit d’une roche, d’un minerai extrait de sa planète natale, dont subsistent plusieurs fragments sur Terre. Chaque fois que Superman entre en contact avec la kryptonite, c’est la catastrophe : il se met à transpirer abondamment, se sent très mal, se retrouve incapable de poursuivre le combat, voire plongé dans un état de faiblesse tel qu’on a l’impression de le voir dépérir à vue d’œil. Manque de chance, dans la nouvelle série écrite par Dan Slott, de retour chez DC Comics, un énorme astéroïde se dirige vers la Terre, et Superman a pour mission de l’arrêter avant une catastrophe susceptible de provoquer l’extinction de toute vie sur notre planète. Ce n’est pas la première fois que le héros se trouve confronté à un cataclysme de ce genre et, bien évidemment, il parvient à éviter la collision. Problème : en interceptant et en détruisant l’objet céleste, il découvre que, sous une fine couche de surface composée d’un matériau futuriste et imperméable à sa vision à rayons X, se cache une quantité astronomique de kryptonite, qui va alors se déverser sur Terre. Récupérée par les industriels, elle devient rapidement un nouveau terrain de spéculation financière extrêmement lucratif. En clair, elle crée un marché colossal et représente une menace mondiale pour l’ensemble des personnages de la « Superman Family ». Le héros, quant à lui, est si gravement atteint que tous ses proches ont l’impression qu’il va mourir. Après trois mois passés dans une sorte de coma, durant lesquels il parvient peu à peu à se remettre sur pied, Superman est finalement de retour, doté d’un nouveau super-pouvoir : la capacité de devenir totalement imperméable et insensible à la kryptonite pendant deux minutes, en libérant toute l’énergie solaire stockée dans ses cellules. Évidemment, au terme de ces 120 secondes, il devient extrêmement faible et peut être blessé, voire mis hors de combat très facilement. Un nouveau statu quo s’installe donc pour Superman, qui réduit fortement ses capacités et l’oblige à revoir sa stratégie. Pour l’instant, la kryptonite est partout : dans les rouges à lèvres, dans l’aéronautique, dans l’armement, et bien sûr entre les mains des ennemis de Superman.




Bonne nouvelle pour un peu tout le monde, cette histoire est lisible facilement car elle semble déconnectée du reste de l'univers DC. Vous ne savez rien des derniers événements qui ont bouleversé le monde de Superman ? Ce ne sera pas trop difficile de comprendre ou de relier les points. Autre bonne nouvelle, on ne s'ennuie jamais, tant Slott va vite, offre de nombreuses pistes, et orchestre des rebondissements qui lorgnent vers les comics d'antan, au niveau de la suspension de l'incrédulité. L'épisode centré sur Krypto, dans sa candeur, est assez réussi. On n'avait jamais aussi bien présenté et donné du corps au chien de Superman. C'est bête à dire, mais c'est ainsi. Reste qu'il faut aussi l'admettre, cette histoire de kryptonite partout et donc, de la relativisation totale des pouvoirs de Superman, qui risque de devenir aussi fragile qu'un simple humain qui soulève de la fonte en salle, a quelque chose de trop sidérant. Elle bouleverse tant les codes établis du héros que ça en est dérangeant. Comment Superman peut encore être Superman, dans un monde où il est possible de le mettre à genoux avec un simple produit cosmétique (ça arrive à un certain point) ou si ses ennemis ont tous accès à une technologie qui peut leur permettre de prendre le dessus grâce à un même stratagème ? Dan Slott a trouvé une manière originale de secouer l'univers de Superman, mais il a peut-être agité un peu fort la bouteille, et l'effervescence risque de noyer le poisson. Albuquerque s'en sort très bien aux dessins, ses compositions sont intelligentes, dynamiques, avec juste (mais c'est récurrent chez lui) quelques visages moins convaincants quand on les observe de près. La vue d'ensemble est magnifique, l'effet loupe n'est pas une idée incontournable. Superman Unlimited a de bons arguments pour séduire les uns ou faire enrager les autres, et vous allez de toute façon avoir l'occasion de vous forger votre propre opinion cette semaine, en librairie.  



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MOON KNIGHT : LES DEUX POINGS DE LA VENGEANCE (MARVEL DELUXE)


 Il était difficile d’imaginer que la sortie de la série Moon Knight sur Disney Plus ne s’accompagne pas, en amont, d’une nouvelle incarnation du personnage au format comic book chez Marvel. C’est précisément ce qu’ont proposé Jed McKay et Alessandro Cappuccio, en réussissant un exercice délicat : apporter du sang neuf à un héros au passé chargé, mais dont le parcours a alterné sommets vertigineux et passages à vide particulièrement cruels. Premier point essentiel : le dieu Khonshou est tombé en disgrâce. Marc Spector, alias Moon Knight, agit désormais comme coupé de sa figure tutélaire. Il a recentré sa mission sur un territoire plus modeste et plus humain, au service des habitants de son quartier, en particulier ceux qui sortent la nuit et arpentent des rues rarement accueillantes lors des soirs de pleine Lune. Sa nouvelle vocation prend la forme d’un lieu d’accueil, un refuge où l’on vient chercher de l’aide, un havre de réconfort ouvert à tous, y compris à ceux que l’on n’attendrait pas forcément… comme des vampires. Des vampires qui, en théorie, sont des ennemis ancestraux de la Lune, et qui constituent les premiers adversaires de Moon Knight dans cette histoire aujourd’hui republiée en Marvel Deluxe. Avant de croiser la route d’un individu parfaitement banal en apparence, mais dont la sueur permet de contrôler ses victimes à distance et de les pousser aux pires exactions. Puis vient le Docteur Badr, égyptien, qui se revendique lui aussi comme le « poing de Khonshou ». Après tout, un dieu a sans doute deux mains, donc deux poings. Hunter’s Moon apparaît alors comme une sorte de frère de Moon Knight, même si leurs intentions et leurs méthodes divergent sensiblement. Cela se ressent jusque dans leur apparence, leurs costumes formant presque des négatifs l’un de l’autre. Pourtant, le véritable antagoniste n’a pas encore montré son visage. Il tire les ficelles dans l’ombre, sans jamais s’exposer inutilement. Zodiac est de retour, tout comme Tigra, dans le rôle d’une relation sentimentale aussi inattendue que bienvenue pour Marc Spector.



McKay prend son temps avec une série qui s’impose comme l’une des bonnes surprises récentes de Marvel. Les épisodes, pris isolément, se lisent comme des aventures autonomes, presque des chroniques nocturnes indépendantes, tandis que le drame de fond se construit sur la durée pour former un ensemble cohérent, encore en cours à l’heure actuelle. Cette structure permet à Moon Knight d’évoluer sur un terrain largement vierge, de se réinventer sans renier ce qui fait son identité, et d’offrir au lecteur des repères familiers. Le personnage du Docteur Badr est à ce titre une excellente trouvaille. D’abord présenté comme un adversaire acharné, il devient un allié précieux lorsque la situation l’exige. Un protagoniste qui s’impose avec une évidence naturelle, sans que le scénario ait besoin de forcer le trait. McKay multiplie d’ailleurs les bonnes idées en apparence discrètes. Les séances chez la psychiatre sont portées par des dialogues souvent très justes, qui renforcent le caractère énigmatique d’un héros à la croisée des chemins, contraint de se redéfinir après avoir perdu l’essentiel de ses attaches affectives, victime de choix malheureux et d’un comportement erratique. Le scénariste enrichit alors sa galerie de personnages secondaires, et le retour de Nelson Greer, alias Tigra, ancienne partenaire de Moon Knight à l’époque des Vengeurs de la Côte Ouest, s’avère particulièrement savoureux. L’évocation de la judéité de Marc Spector, et de son renoncement partiel à ses racines au profit de la mission d’un autre dieu, est également traitée avec finesse et intelligence. Une preuve supplémentaire que McKay a parfaitement compris le personnage dont il a hérité. Au dessin, Alessandro Cappuccio, jusque-là surtout remarqué en VF chez Shockdom avec le premier volume de Timed, et depuis confirmé sur Ultimate Wolverine, accomplit un véritable tour de force en imposant « son » Moon Knight. Oubliez l’élégant costume blanc immaculé ou le spectre lunaire classique. Ici, Moon Knight est urbain, sombre, presque englouti par l’obscurité qu’il épouse. Son costume devient parfois une sorte de carapace souple, tant l’artiste insuffle une rigueur et une puissance physique impressionnantes aux poses, aux combats et aux apparitions surgies de nulle part. Plutôt que par le blanc, c’est par le noir que se dessine la silhouette du justicier. La blancheur éclatante n’apparaît souvent que sous forme de reflets, ce qui le rend encore plus inquiétant. Un choix visuel fort, particulièrement efficace. Ce Moon Knight se rapproche presque du Punisher : peu de subtilité, aucun goût pour les états d’âme, et des remords qui semblent avoir déserté depuis longtemps. Un relooking et un nouveau départ qui comptent parmi les meilleures réussites récentes de Marvel. Une excellente raison de s’y remettre, ou de replonger, grâce aux beaux volumes Marvel Deluxe.



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IMPERIAL : JONATHAN HICKMAN ET LE NOUVEAU SPACE OPERA MARVEL


 Avec Imperial, Jonathan Hickman signe un retour plein d'ambition au grand space opera Marvel, et Panini en propose aujourd’hui les trois premiers chapitres (avec un épisode consacré à la Panthère Noire, en bonus) dans une revue en deux numéros, dont le premier vient tout juste de paraître. Le décor est planté d’emblée : l’espace, le pouvoir, la mort, les trahisons et, surtout, une guerre qui ne demande qu’à éclater. Autrement dit, Hickman en terrain (presque) conquis. Le point de départ a quand même de faux airs d’un thriller politique. Bruce Banner, Jennifer Walters et Amadeus Cho se rendent sur Sakaar En Nevo, planète jadis libérée par Hulk et dirigée jusqu’à récemment par Hiro-Kala, le fils de Banner. Ils découvrent un monde au bord du chaos et apprennent que le jeune souverain a été assassiné par un poison d’origine inconnue. Dans le même temps, au cœur de la galaxie, J’Son de Spartax fait face à une tragédie similaire : sa fille a subi le même sort. Et d'autres monarques ont vécu une mésaventure du même ordre. L’enquête pour découvrir le ou les responsables se met en place, les soupçons circulent, les alliances se crispent… jusqu’à ce que tous les indices semblent désigner le Wakanda. Car oui, les lecteurs les plus distraits qui sont entrés après avoir vu de la lumière doivent savoir que désormais, il existe un empire intergalactique du Wakanda, qui bénéficie de ressources précieuses en vibranium pour concevoir des portails à travers l'espace et des boucliers de protection fort utiles. Des ressources que tous rêvent de piller ou juste posséder. Sur le plan conceptuel, Imperial fonctionne admirablement. Hickman se lâche complètement côté science-fiction : poisons intelligents, assassinats ciblés, conseils interstellaires, civilisations extraterrestres aux logiques politiques bien distinctes. On est clairement plus proche de la SF “pure et dure” que du récit de super-héros en collant, et cette ambition fait plaisir à voir. Le problème, c'est comment assembler tout cela et coller à ce qui a déjà écrit précédemment. Le récit pioche dans Planet Hulk, Annihilation, Empyre ou encore l’Empire intergalactique du Wakanda dont nous venons de parler, sans toujours donner l’impression d’un ensemble rigoureux et cohérent. Le monde est vaste, riche, mais parfois un peu bricolé. Hickman s'en fout, il est là pour tout repenser à sa façon. Et de toute manière, les vrais responsables, les vrais cerveaux de l'opération, restent dans les coulisses, apparaissent de temps en temps, juste suggérés, avant que tout soit révélé un peu plus loin.



Le deuxième épisode accélère ainsi brutalement le tempo et offre ce que beaucoup attendaient : une guerre spatiale d’ampleur démesurée. Les batailles s’enchaînent, les races s’affrontent et T’Challa s’impose comme l’un des personnages les plus impressionnants jamais écrits par Hickman. Froid, stratège, inébranlable, cette Panthère cosmique rappelle celle de New Avengers et ne s'embarrasse pas de remords ou de petites hésitations. Le revers de la médaille ne tarde pas à arriver, aussi : une multitude de personnages, d’intrigues parallèles et de retournements de perspectives, qui peuvent perturber même quelques lecteurs aguerris, alors pour ce qui est du novice complet, ça risque de coincer. Graphiquement, la série frôle l’irréprochable. Iban Coello et Federico Vicentini livrent des planches spectaculaires, parfois surchargées mais toujours lisibles, magnifiées par les couleurs de Federico Blee. Chaque page respire la démesure et donne à cette guerre cosmique une ampleur rare. J'ai juste plus de mal, à titre personnel, avec ces pages où les vignettes horizontales format cinémascope s'empilent. Un rythme que je ne goûte guère et qui tend à se retrouver trop souvent, ces temps derniers, dans les comic books qui me tombent sous la main. Reste une question essentielle : l'émotion, le plaisir, est-il vraiment au rendez-vous (on parle de Hickman, la question doit être posée) ? Deux personnages perdent leurs enfants, et pourtant l’émotion reste étonnamment distante. Puis l'un des deux tombe à son tour, et un troisième larron (Nova, pour ne pas le nommer) fait son grand retour et décide d'exploiter tout ce qui reste de la mémoire collective du corps des Nova de Xandar, au risque de faire disparaître à jamais cet héritage s'il commet un impair. Hickman privilégie les enjeux politiques et stratégiques au détriment de l’intime, et il faut un peu se forcer pour ressentir, l'artiste étant beaucoup plus doué pour les cathédrales narratives structurées que pour susciter l'empathie directe. Imperial impressionne, fascine même, mais peine parfois à toucher. C'est ce qu'essaie de faire l'épisode consacré à T'Challa, qui vient boucler ce numéro (avec de superbes dessins de Cafu), mais ici le problème est différent : c'est une redite de ce qu'on a lu juste avant, et ça n'apporte qu'une faible valeur ajoutée à l'ensemble. Des objections nécessaires, mais qui ne changent rien à la conclusion finale : oui, vous devriez vraiment miser sur Imperial, parce que l'avenir du cosmique Marvel se joue ici, et maintenant, entre janvier et février, dans deux numéros où le cosmos se déchire et se recompose. 



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OLDIES : LA RENCONTRE ENTRE BATMAN ET HULK (1981)


 En 1981, DC Comics et Marvel Comics scellèrent l’un de ces accords aussi improbables que légendaires dont l’histoire des comics a le secret. Deux maisons rivales, deux univers que tout semblait opposer, mais une même envie de confronter leurs personnages les plus emblématiques. Après avoir déjà fait se rencontrer Superman et Spider-Man quelques années plus tôt, les deux éditeurs choisirent cette fois un duo plus sombre et plus tourmenté : Batman et Hulk. Et un scénariste très expérimenté : Len Wein. Le format retenu en dit long sur l’ambition du projet. À une époque où le pompeux roman graphique n’était pas encore une évidence éditoriale, la Treasury Edition offrait un écrin prestigieux à ce type d’événement. Qui semblait tomber à pic : Hulk bénéficiait encore de la popularité de la série télévisée incarnée par Bill Bixby, tandis que Batman poursuivait son lent mais déterminant retour vers une ambiance plus grave, loin de l’esthétique foutraque des années 1960. La rencontre fait preuve d’une remarquable économie narrative. Plutôt que de multiplier les rappels pesants, l'histoire s'ouvre sur une double page qui pose les bases. Bruce Wayne a vu ses parents mourir dans une ruelle, impuissant, avant de consacrer son existence à devenir Batman. Bruce Banner a survécu à une exposition aux radiations gamma et se transforme depuis en Hulk dès que la colère ou le stress prennent le dessus. Tout le monde le sait déjà. Deux traumatismes fondateurs, deux trajectoires radicalement différentes, et un détail savoureux : un même prénom, comme un écho ironique entre deux destins brisés. Bruce, pas simple à porter tous les jours. L’intrigue révèle dès lors une Gotham City en proie à des cauchemars collectifs d’une inquiétante intensité. En parallèle, le Joker conclut une alliance obscure avec une entité invisible, dont les intentions ne présagent rien de bon. Ces pistes se rejoignent rapidement chez Wayne Enterprises, où un nouvel employé discret, répondant au nom de "David Banks", attire l’attention. Sous ce pseudonyme se cache évidemment Bruce Banner, attiré par un prototype expérimental aussi dangereux que fascinant : un canon à radiations gamma.



Lorsque le Joker et ses hommes passent à l’action pour s’emparer de l’arme, Banner agit avec sang-froid, et il se protège du gaz hilarant avant d’être violemment maîtrisé. L’erreur est classique et fatale. En le brutalisant, les hommes de main déclenchent la transformation en Hulk et perdent instantanément le contrôle de la situation. C’est ici que le travail de José Luis García-López commence à faire la différence. Son Hulk, massif et furieux, est à la fois terrifiant et tragique, et compte sans peine parmi les plus belles versions du personnage. L’arrivée de Batman (après tout, un simple puny human) ne fait qu’aggraver le chaos. Le Joker, fidèle à son génie manipulateur, exploite la naïveté presque enfantine de Hulk pour retourner sa rage contre le Dark Knight. Le combat qui s’ensuit est brutal et profondément déséquilibré. Batman tente d’abord de contenir son adversaire, puis essaie la stratégie, avant de comprendre que ni la science des points nerveux ni l’intelligence tactique ne suffiront à l’emporter. Il ne s’en sort qu’au prix d’une ruse chimique, neutralise temporairement le géant vert, tandis que le Joker, comme toujours, profite de la confusion pour s’échapper avec le canon gamma. Derrière l’affrontement spectaculaire, Batman vs. Hulk fonctionne avant tout comme un jeu de contrastes. L’un incarne le contrôle absolu et la maîtrise de soi, l’autre la perte totale de contrôle et la violence de l’émotion brute. L’un pense avant d’agir, l’autre agit avant de penser. Leur opposition dépasse largement le simple choc physique et prend une dimension presque philosophique. Aujourd’hui encore, cet album reste un témoignage d’une époque où DC et Marvel savaient se rencontrer sans cynisme excessif. Batman vs. Hulk rappelle qu’il fut un temps où les frontières entre les univers pouvaient s’effacer, le temps d’un récit sincère, efficace, et d’un affrontement aussi improbable que mémorable. Batman / Deadpool a tenté de remettre tout ceci au goût du jour, ces mois derniers, et on attend énormément du duo Superman / Spider-Man en 2026. Pour en finir avec notre album du jour, il existe, à ce jour, les versions de Sagédition et de Semic. On attend une nouvelle mouture chez Urban Comics, bien sûr. 



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GOTLIB OEUVRE COMPLÈTE : 1967 PREMIER TOME D'UNE COLLECTION INDISPENSABLE


 Quand on est né dans les années 1970 et que l’on a été adolescent dans les années 1980, il est presque impossible de ne pas considérer Marcel Gotlib comme l’un des pères fondateurs de la bande dessinée humoristique moderne. Son humour, son sens du décalage, sa manière unique de faire exploser les codes ont hypnotisé toute une génération de lecteurs bien avant que l’on prenne conscience de l’ampleur de son influence. J'ai personnellement le souvenir de longues crampes à la mâchoire, sur les bancs du collège, avec les éditions en albums de ses dingueries érudites. Revenir aujourd’hui à l’année 1967, à travers ce premier volume de son Œuvre Complète qui n'entend pas respecter scrupuleusement la chronologie, c'est comme faire le saumon, remonter à la source, là où tout commence à se mettre en place, quand Gotlib est devenu Gotlib, la consécration, l'émancipation. Bref, l'explosion. Car en 1967 Gotlib n’est pas encore une figure iconique, mais il travaille depuis deux ans à Pilote, épaulé par René Goscinny sur Les Dingodossiers, et bénéficie d’une liberté de ton et de forme encore rare dans la bande dessinée de chez nous. Ce premier tome, concentré sur une seule année, agit comme une loupe : il permet de suivre presque en temps réel l’émergence d’un auteur qui va très vite dépasser le simple cadre du gag pour inventer un langage graphique et narratif profondément personnel. L’album ne se contente pas d’aligner des planches anciennes déjà maintes fois publiées ailleurs. Un véritable travail éditorial a été mené pour restituer au mieux les pages publiées dans Pilote et Vaillant (ancêtre de Pif), parfois desservies à l’époque par des conditions d’impression perfectibles. Les choix chromatiques ont été repensés, certaines pages retravaillées, et l’ensemble est bien plus cohérent et soigné. Avec de surcroit, car ça ne gâche rien, une partie éditoriale en introduction qui permet de resituer le contexte et le vent de fraicheur que représenta Gotlib.



Puisqu'il faut faire des choix, Les Dingodossiers vont donner le ton. Destinées à un lectorat adolescent, ces planches prennent la forme de faux manuels pédagogiques où les meilleures intentions débouchent systématiquement sur le chaos. Comment cuisiner les restes en l'absence de vos parents, tout en transformant la cuisine en un champ de bataille ? Comment présenter le Caméléon, ou tout savoir de l'autruche, sans vraiment rien savoir ? Comment charger le coffre de sa voiture avant de prendre la route des vacances, sans jamais y parvenir ? Sans oublier un discours méta, déjà, avec la manière de faire vivre le héros sur papier, dans une bande dessinée, ou des pages qui convoquent d'autres personnages de collègues complices, comme Achille Talon qui vient ici se plaindre directement à un Greg tyran savamment parodié. Le tout est drôle rien que par le trait, avec des visages hyper expressifs, déformés par le doute ou l’angoisse, qui racontent souvent autant que les gags eux-mêmes (la conversation muette de l'élève Chaprot et son voisin est une leçon du genre, pour l'éternité). Le dessin est nerveux, expressif, capable de condenser dans une posture ou un regard toute la mécanique du rire. Quel génie ! En parallèle, Gai-Luron monte en gamme. Ici, Gotlib est à la fois scénariste et dessinateur, et cela se ressent immédiatement. Le rythme et la stase deviennent des outils comiques à part entière, et l’immobilité placide du héros contraste délicieusement avec l’agitation du monde qui l’entoure. Traversé par des émotions violentes dont il ne laisse jamais rien paraître, Gai-Luron joue la carte du décalage stylistique et émotif avec brio. Son complice Jujube, subit bien des avanies et lui sert de souffre-douleur, au point d'être "rhabillé" en Muzo (de Placid et Muzo) ou d'encaisser coups et vexations gratuites. Ce volume rassemble également une série de dessins annexes : couvertures de Pilote, publicités, jeux, caricatures, poissons d’avril, et les petites planches de Gai-Luron Poche, où les gags sont resserrés et parfois remontés en quatre petites cases. Si vous êtes de ma génération, ces petites publications qui alternent page de jeu et page de gag ont fait vos délices. Et vous savez quoi, quand on atteint le terme des 240 pages de ce premier tome ? Les gags n’ont pas vieilli, l’absurde fonctionne immédiatement, les dialogues témoignent d’un soin extrême apporté à la langue, à ses détours, à ses répétitions, même dans les fotes d'ortograffe de l'élève Chaprot qui prend parfois la plume. L'univers de Gotlib reste indémodable et intouchable, dans le fond et sur la forme. On attend vite la suite, tant cette Œuvre Complète risque de s'avérer comme un des piliers de nos étagères, dans les années à venir.

Chez Dargaud / Fluide Glacial 



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FAR SECTOR DANS LA COLLECTION URBAN COMICS NOMAD


 Far Sector est déjà de retour, cette fois au format de poche proposé par Urban Comics (Nomad). Il s'agit de l'une des lectures les plus novatrices consacrées à l'univers des Green Lantern. L'occasion pour nous de vous en (re)parler en long, en large, et en travers :

Une des meilleures séries consacrées à l'univers des Green Lantern met en scène un personnage que l'on pourrait qualifier de "pas tout à fait canonique" à ce petit monde. Far Sector est un album publié aux States dans l'étiquette Young Animals, autrement dit des récits qui s'affranchissent des personnages traditionnels pour tenter d'écrire autre chose, sans s'embarrasser d'une continuité pesante, le regard tourné vers l'avenir. L'écriture est confiée à N.K. Jemisin, une romancière de science-fiction lauréate du prix Hugo, recrutée intelligemment par Gerard Way. Et cela se devine tout de suite avec la création d'un microcosme foisonnant et parfaitement structuré, qui comprend notamment une planète sur laquelle doivent cohabiter trois races différentes, qui ensemble unissent le végétal, l'organique et la technologie. Un conflit a autrefois ravagé les terres de ces populations, et aujourd'hui elles doivent vivre ensemble pour survivre.  Le meilleur moyen qu'elles ont trouvé pour assainir leurs nombreuses divergences est de se couper de toute forme d'émotion, quitte à opérer des modifications génétiques dès la naissance. Et ceux qui refusent de suivre ce précepte peuvent toujours prendre une substance comparable à de la drogue, le Proxy, pour ressentir quelque chose et se placer en conséquence sous le coup de la loi. Bienvenue donc dans la Cité Eternelle, une métropole de 20 milliards d'habitants où le corps du Green Lantern a envoyé sa dernière recrue terrienne en date, Sojourner “Jo” Mullein, pour une enquête des plus délicates. Là-bas, si loin de tout que nous sommes aux confins du dernier secteur recensé de l'univers, un meurtre a été commis pour la première fois en cinq siècles et personne ne semble en mesure d'en expliquer les motifs. Le premier impact avec cette histoire est très positif. Un travail de world building riche et cohérent, et une héroïne au look d'enfer, une parfaite Lantern des temps modernes, aussi bien dans son identité personnelle (Sojourner est noire, elle apprécie également les femmes, elle a connu le racisme, la pauvreté, les coups bas de la vie et des institutions, sa silhouette n'est pas exactement longiligne…) que dans son look de super héroïne. Une coiffe délicieusement moderne et rétro dans le même temps, des lunettes virtuelles grand format qui ornent son joli minois, un uniforme seyant et rigoureux qui expriment parfaitement son rôle, sa mission. Et la Cité dans laquelle elle évolue a bien besoin d'ordre et de décision, car les enjeux politiques vont vite prendre le dessus, au risque que couve une véritable implosion. La Révolution ! 



Le point fort de cette aventure est donc l'incroyable représentation de ce monde étrange et futuriste, qui est faite par la  scénariste N.K.Jemisin. Trois espèces différentes qui doivent cohabiter sur une même planète, après s'être entretuées durant des années. La palme revenant à des symbiotes cybernétiques capables de se matérialiser dans le monde réel, et qui dans l'espace virtuel qu'ils occupent normalement, se nourrissent de mème, avec une préférence pour ceux venant de la Terre et qui mettent en scène des petits chats. Les Keh-Topli sont aussi particulièrement gratinés : ce sont des plantes sociales carnivores qui aiment dévorer leurs victimes, non sans auparavant leur demander leur consentement. Le Protocole émotionnel lui n'est pas du goût de tout le monde, et la population commence à protester et à se soulever. Là où le lecteur est surpris, c'est devant la féroce réaction du gouvernement, qui décide de tirer dans la foule, ce qui a le don de faire sortir notre "Jo" de ses gonds. Elle va devoir composer avec un élément politique et diplomatique qu'elle ne maîtrise pas, ainsi qu'avec une culture très différente de la sienne. Seule, abandonnée dans un secteur du cosmos où personne ne va jamais, prise entre l'enclume et le marteau, son enquête tourne également à la recherche personnelle d'un Moi profond, les raisons pour lesquelles on en vient à endosser ce genre de responsabilité, quand on en a pas encore tout à fait l'expérience. Notre Lantern bénéficie d'un anneau qui ne nécessite pas d'être rechargé régulièrement (il le fait tout seul) mais qui est moins spectaculaire en terme de puissance. L'ensemble est bien entendu magnifié par le travail de Jamal Campbell, qui s'il peut sembler un peu froid et artificiel par moment, est d'une grande beauté et d'une grande efficacité quand il s'agit de représenter le fantastique et le cosmique. Il est l'instigateur d'une partie de la réussite de Far Sector, c'est évident.  Un album qu'on recommandera toutefois à ceux qui savent bien ce qu'ils vont acheter et qui aiment ce type d'aventure sociopolitique, capable d'échafauder tout un univers complexe, à base de races et de castes différentes, voire antagonistes. Même au fin fond du cosmos, certaines dynamiques sont si proches de nos tares si terriennes… Si c'est votre délire, cet album est même carrément indispensable !



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ABSOLUTE BATMAN TOME 2 : ABOMINATION

 Dans ce deuxième tome d’ Absolute Batman , Scott Snyder poursuit sa relecture radicale du mythe et affole les compteurs de vente. Le premie...