Lorsque plusieurs meurtres frappent Anvers, Agrippa est contraint de mener l’enquête. La mission est ambiguë, presque perfide : découvrir la vérité ou risquer de devenir lui-même un coupable idéal. L'Inquisition se sert de notre "héros", qui lui-même est persuadé que se mettre à son service, temporairement, sera le meilleur moyen de comprendre ce qui se trame vraiment. Morrison construit alors un récit intelligent et angoissant, où chaque avancée se heurte aux intérêts d’un système fondé sur l’ignorance entretenue et la peur savamment cultivée. L’enquête révèle peu à peu la violence d’un ordre social où la religion ne sert plus Dieu, mais la domination des corps et des esprits. La souffrance des victimes, notamment celle d’une femme juive livrée à l’Inquisition (puis de son père), expose sans détour le cynisme d’un pouvoir prêt à tout pour préserver ses privilèges. L'antisémitisme (le vrai, pas celui dont on éclabousse aujourd'hui plus ou moins n'importe qui) est une plaie qui suinte dans cet album, par ailleurs. Le dessin de Charlie Adlard sublime cette sortie très élégante. Son noir et blanc dense et texturé est remarquable et fera taire tous les détracteurs qui se contentent de le juger sur les pages les plus rapidement expédiées, dans la longue saga de The Walking Dead. Tout ici est axé sur la lisibilité, la composition et la force expressive des visages. De rares éclats de couleur surgissent comme des coups de scalpel, on y est, on ressent, on admire. C'est vraiment beau. Alors certes, la filiation avec Le Nom de la rose s’impose naturellement. Comme chez Umberto Eco, un esprit rebelle et versatile transmet son savoir à un jeune disciple, dans un monde où la connaissance est perçue comme une menace. Morrison décrit des institutions qui excitent la peur, désignent des boucs émissaires et prétendent défendre l’ordre et la pureté. À la croisée du thriller, du récit historique et de la critique politique, Hérétique s’impose comme un roman graphique puissant, qui réalise un sans faute d'un bout à l'autre. Jetez-vous dessus.
HÉRÉTIQUE : ROBBIE MORRISON ET CHARLIE ADLARD FACE À L'INQUISITION
C'est peut-être grâce aux dialogues de l'avant-dernière page qu'il est possible de résumer en une formule Hérétique, lorsque le personnage principal déclare : peut-être que tous les démons sont notre propre création. Les dieux aussi. Et peut-être qu'au final, il n'y a que nous. Avant même que le récit ne démarre, Hérétique prend de toute manière soin de poser son cadre. Robbie Morrison inscrit d’emblée Johann Weyer dans la postérité, rappelle l’influence durable que cet esprit du XVIᵉ siècle exercera bien au-delà de son époque. En 1529 pourtant, Weyer n’est encore qu’un adolescent de quatorze ans lorsqu’il arrive à Anvers pour devenir l’apprenti de Cornelius Agrippa, savant protéiforme, théologien, médecin, juriste et occultiste réputé. Dans une Europe écrasée par l’autorité morale et politique de l’Église catholique, une telle proximité avec un esprit aussi libre relève déjà de la provocation. Et forcément, ça ne peut que mal tourner. L’époque est dominée par la peur. La religion, instrumentalisée par le pouvoir, s’appuie sur la superstition pour maintenir le peuple sous contrôle. La moindre déviance devient une hérésie potentielle, passible de l’Inquisition, dont les excès transforment la foi en machine de répression. La chasse aux sorcières, plus politique que spirituelle, sert d’alibi à l’élimination des indésirables. La menace qui plane en permanence, incarnée par le grand inquisiteur Bernard Eymerich, figure d’un pouvoir absolu et arbitraire, écrase tout sur son passage. Face à lui, Agrippa ne peut s’empêcher de défier l’autorité, de dénonçant le mensonge d’une Église qui prêche la morale tout en organisant la terreur (sans négliger la luxure).
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