IMPERIAL : JONATHAN HICKMAN ET LE NOUVEAU SPACE OPERA MARVEL


 Avec Imperial, Jonathan Hickman signe un retour plein d'ambition au grand space opera Marvel, et Panini en propose aujourd’hui les trois premiers chapitres (avec un épisode consacré à la Panthère Noire, en bonus) dans une revue en deux numéros, dont le premier vient tout juste de paraître. Le décor est planté d’emblée : l’espace, le pouvoir, la mort, les trahisons et, surtout, une guerre qui ne demande qu’à éclater. Autrement dit, Hickman en terrain (presque) conquis. Le point de départ a quand même de faux airs d’un thriller politique. Bruce Banner, Jennifer Walters et Amadeus Cho se rendent sur Sakaar En Nevo, planète jadis libérée par Hulk et dirigée jusqu’à récemment par Hiro-Kala, le fils de Banner. Ils découvrent un monde au bord du chaos et apprennent que le jeune souverain a été assassiné par un poison d’origine inconnue. Dans le même temps, au cœur de la galaxie, J’Son de Spartax fait face à une tragédie similaire : sa fille a subi le même sort. Et d'autres monarques ont vécu une mésaventure du même ordre. L’enquête pour découvrir le ou les responsables se met en place, les soupçons circulent, les alliances se crispent… jusqu’à ce que tous les indices semblent désigner le Wakanda. Car oui, les lecteurs les plus distraits qui sont entrés après avoir vu de la lumière doivent savoir que désormais, il existe un empire intergalactique du Wakanda, qui bénéficie de ressources précieuses en vibranium pour concevoir des portails à travers l'espace et des boucliers de protection fort utiles. Des ressources que tous rêvent de piller ou juste posséder. Sur le plan conceptuel, Imperial fonctionne admirablement. Hickman se lâche complètement côté science-fiction : poisons intelligents, assassinats ciblés, conseils interstellaires, civilisations extraterrestres aux logiques politiques bien distinctes. On est clairement plus proche de la SF “pure et dure” que du récit de super-héros en collant, et cette ambition fait plaisir à voir. Le problème, c'est comment assembler tout cela et coller à ce qui a déjà écrit précédemment. Le récit pioche dans Planet Hulk, Annihilation, Empyre ou encore l’Empire intergalactique du Wakanda dont nous venons de parler, sans toujours donner l’impression d’un ensemble rigoureux et cohérent. Le monde est vaste, riche, mais parfois un peu bricolé. Hickman s'en fout, il est là pour tout repenser à sa façon. Et de toute manière, les vrais responsables, les vrais cerveaux de l'opération, restent dans les coulisses, apparaissent de temps en temps, juste suggérés, avant que tout soit révélé un peu plus loin.



Le deuxième épisode accélère ainsi brutalement le tempo et offre ce que beaucoup attendaient : une guerre spatiale d’ampleur démesurée. Les batailles s’enchaînent, les races s’affrontent et T’Challa s’impose comme l’un des personnages les plus impressionnants jamais écrits par Hickman. Froid, stratège, inébranlable, cette Panthère cosmique rappelle celle de New Avengers et ne s'embarrasse pas de remords ou de petites hésitations. Le revers de la médaille ne tarde pas à arriver, aussi : une multitude de personnages, d’intrigues parallèles et de retournements de perspectives, qui peuvent perturber même quelques lecteurs aguerris, alors pour ce qui est du novice complet, ça risque de coincer. Graphiquement, la série frôle l’irréprochable. Iban Coello et Federico Vicentini livrent des planches spectaculaires, parfois surchargées mais toujours lisibles, magnifiées par les couleurs de Federico Blee. Chaque page respire la démesure et donne à cette guerre cosmique une ampleur rare. J'ai juste plus de mal, à titre personnel, avec ces pages où les vignettes horizontales format cinémascope s'empilent. Un rythme que je ne goûte guère et qui tend à se retrouver trop souvent, ces temps derniers, dans les comic books qui me tombent sous la main. Reste une question essentielle : l'émotion, le plaisir, est-il vraiment au rendez-vous (on parle de Hickman, la question doit être posée) ? Deux personnages perdent leurs enfants, et pourtant l’émotion reste étonnamment distante. Puis l'un des deux tombe à son tour, et un troisième larron (Nova, pour ne pas le nommer) fait son grand retour et décide d'exploiter tout ce qui reste de la mémoire collective du corps des Nova de Xandar, au risque de faire disparaître à jamais cet héritage s'il commet un impair. Hickman privilégie les enjeux politiques et stratégiques au détriment de l’intime, et il faut un peu se forcer pour ressentir, l'artiste étant beaucoup plus doué pour les cathédrales narratives structurées que pour susciter l'empathie directe. Imperial impressionne, fascine même, mais peine parfois à toucher. C'est ce qu'essaie de faire l'épisode consacré à T'Challa, qui vient boucler ce numéro (avec de superbes dessins de Cafu), mais ici le problème est différent : c'est une redite de ce qu'on a lu juste avant, et ça n'apporte qu'une faible valeur ajoutée à l'ensemble. Des objections nécessaires, mais qui ne changent rien à la conclusion finale : oui, vous devriez vraiment miser sur Imperial, parce que l'avenir du cosmique Marvel se joue ici, et maintenant, entre janvier et février, dans deux numéros où le cosmos se déchire et se recompose. 



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