La construction du mystère pose également problème. Le scénario multiplie les suspects et les conspirateurs, mais sans toujours nous expliquer leurs motivations ni leurs rôles respectifs. Là où Un long Halloween proposait une intrigue complexe mais finalement lisible, cette nouvelle enquête finit par devenir confuse, et surtout moins captivante. Les révélations manquent d’impact, et certains rebondissements apparaissent presque prévisibles. Les rappels et les clins d’œil au passé se multiplient : situations familières, personnages réutilisés, motifs narratifs recyclés (Enrico Marini s'en sort avec brio)… À petites doses, ce genre d’écho peut renforcer la cohérence d’un univers. Mais à force de répéter certaines idées, le récit donne parfois l’impression de ressasser ses propres souvenirs plutôt que de raconter une histoire véritablement nouvelle. Le traitement de certains personnages illustre bien cette difficulté à renouveler la formule. Harvey Dent, par exemple, occupait une place centrale dans Un long Halloween. Ici, son rôle paraît étonnamment réduit, presque passif, alors que son évolution criminelle semblait promettre une implication bien plus importante dans les affaires de Gotham. À l’inverse, d’autres figures surgissent, participent brièvement à l’action, puis disparaissent sans laisser de trace. On sera aussi triste pour le commissaire Gordon, dont le fils James Jr; est enlevé très rapidement et sert de premier étage à la fusée narrative, et dont la femme a décidé de le quitter, fatiguée de passer la dernière soirée de l'année à attendre que son mari daigne rentrer à la maison, sans parler de Solomon Grundy ou de justiciers encapés. Reste la partie graphique, qui constitue probablement l’aspect le plus intéressant du projet. La disparition de Tim Sale en 2022 a profondément marqué les lecteurs et le processus de fabrication de la série. Plutôt que de chercher un remplaçant unique, Loeb a choisi de confier chaque épisode à un dessinateur différent : la série devient alors un hommage collectif à Sale. Le résultat est forcément hétérogène, mais rarement décevant. Certains artistes livrent des pages particulièrement marquantes, et chacun apporte sa sensibilité propre, de Marini à Scalera, de Samnee à Sienkiewicz, en passant par Risso, Cloonan, que du bon ! Bref, Batman : Le dernier Halloween laisse une impression mitigée. L’album n’est jamais franchement mauvais, et il contient même quelques moments réussis, mais il peine à retrouver la magie des récits qui l’ont précédé. Par contre, Urban Comics nous gâte vraiment, avec une très belle édition, papier au grammage richissime, et plusieurs dizaines de pages de bonus pour s'immerger dans la réalisation de ces onze numéros. Les 36 euros ne sont pas dépensés en vain et l'objet mérite qu'on l'applaudisse.
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