LE LIVRE SANS NOM (CHEZ SONATINE COMIX) TOMES 1 ET 2


 Je réside à Nice, alors je peux vous le garantir : il existe des villes qui attirent les touristes. Et puis il y a celles qui attirent les ennuis. Santa Mondega appartient sans conteste à la seconde catégorie. Dans ce trou perdu où la morale a la même importance qu'on lui attribue généralement dans la famille Sarkozy, les cadavres s’accumulent avec une régularité presque industrielle, et commander un verre peut s’avérer être la pire décision de votre vie. Avec l’adaptation en bande dessinée du Livre sans nom, publiée chez Sonatine Comix, l’univers culte du Bourbon Kid change de médium sans perdre son ADN. Et c’était loin d’être gagné. Car transposer en images ce cocktail explosif de polar, de fantastique, de violence outrancière et d’humour noir relevait du numéro d’équilibriste sans filet. Bonne nouvelle : les deux premiers tomes s’en sortent avec les honneurs, et quelques éclaboussures de sang au passage. Ouf, la transposition n'a pas connu le funeste destin des parents de Dick Grayson ! Tout commence donc, comme il se doit, dans un bar mal famé (interlope, pour les fans de lexique). Le Tapioca, établissement où l’on sert des verres aussi dangereux que les clients qui les commandent, devient le théâtre d’une entrée en matière particulièrement musclée. En quelques pages, le ton est donné : ici, la mort est expéditive, brutale, et presque banale. Au cœur de ce chaos, on découvre une figure devenue mythique : le Bourbon Kid, tueur insaisissable dont la réputation tient autant de la légende urbaine que du cauchemar éveillé. Le récit ne tarde pas à élargir son horizon. Une relique mystérieuse, des moines pas franchement pacifistes, des enquêteurs obstinés (avec une pointe de X-Files) et toute une galerie de personnages plus ou moins recommandables (un sosie d'Elvis Presley complétement foutraque) viennent enrichir une intrigue qui assume pleinement son goût pour la démesure et le grotesque. Le scénario avance à vive allure, multiplie les points de vue et les situations improbables, sans jamais perdre de vue son objectif principal : divertir et sortir du lourd.



Ce qui frappe surtout, c’est la capacité de l’adaptation (signée Koe') à conserver la sensation de chaos maîtrisé qui faisait le sel des romans. L’ensemble fonctionne comme une sorte de film d’action halluciné, où les références pop et les clins d’œil s’entrechoquent dans un joyeux désordre. On passe d’une fusillade à une discussion absurde, d’un mystère ésotérique à une scène de pure brutalité, avec une fluidité qui confine à l’évidence. Du coup, Tarantino ou pas Tarantino ? Le mystère demeure sur l'auteur de l'histoire de base (qu'on nomme Anonyme) qui reste une chimère de la pop culture mondiale, une des dernières (Banksy vient de se faire griller, probablement). Côté dessins, le choix d’un noir et blanc très contrasté peut surprendre dans un premier temps. Le trait, nerveux, parfois presque rugueux, demande un léger temps d’adaptation. Mais rapidement, ça finit par le faire. Le parti pris esthétique renforce l’atmosphère poisseuse de Santa Mondega, accentue le carnage et donne aux scènes d’action une intensité presque suffocante. Je vous le dis en passant, je suis loin d'être un fans des mangas et des codes graphiques inhérents. Du coup, juger autrement le boulot de Yello qu'avec ces quelques lignes serait malhonnête. Ce n'est pas ma tasse de thé, mais ce n'est pas pour autant un thé désagréable, promis.  Les deux premiers tomes posent ainsi des bases solides. Ils installent un univers, présentent une galerie de personnages hauts en couleur (et souvent en hémoglobine), et lancent une aventure suffisamment intrigante pour donner envie de poursuivre la lecture. Et ça fuse de partout, c'est drôle, grinçant, dérangé, impossible de s'ennuyer. Voilà un univers aussi excessif que jubilatoire où le grotesque flirte en permanence avec le tragique. Une coolitude qui fait des envieux et s'adresse, à priori, à tous les publics possibles. 

Sortie aujourd'hui du tome 2 !



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LE LIVRE SANS NOM (CHEZ SONATINE COMIX) TOMES 1 ET 2

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