LA CROISADE DE L'INFINI : UN OMNIBUS DIVIN ?


 Sortie la semaine prochaine du dernier omnibus de la trilogie historique de Jim Starlin. Après le Gant et la Guerre, on passe à la Croisade (Cosmique, ou de l'Infini), toujours avec Adam Warlock, sa contrepartie féminine, et Thanos. Un peu comme ce qui se passe trop souvent dans la réalité, le fait religieux, chez Marvel, est l'affaire de fanatiques. Comme si le la croyance n'était pas seulement une force, mais une faiblesse intrinsèque, amenant à vouloir exercer un pouvoir répressif sur tous ceux qui pourraient la partager. Et parfois, le bien est encore moins désirable que le mal. Prenez par exemple le cas d'Adam Warlock, lorsqu'il s'efforça de chasser ces deux notions antithétiques de son âme, pour endosser brièvement le manteau de l'omnipotence cosmique, à la fin d'Infinity Gauntlet. Sa partie négative s'est réincarnée sous la forme du Mage, et a bien failli causer la perte de l'univers tout entier. Mais son coté positif n'est pas en reste. Voilà qu'il se matérialise sous l'apparence d'une femme, une version féminine d'Adam Warlock, particulièrement portée sur la spiritualité et le divin, au point de se baptiser elle même la Déesse. Et pour être à la hauteur de son titre, elle aura besoin, c'est évident, de faire œuvre de prosélytisme, de recruter des âmes crédules, qui croiront en elle et en l'illumination prochaine, censée venir ravir le cosmos et apporter un nouvel âge de paix universelle. Miss Richards, des Fantastiques, Hercule, Tornade, le Silver Surfer, Jean Grey, ne sont que quelques uns de ces fidèles recrutés à leur insu, pour participer à cette vaste opération de salut. Sauf que dans l'esprit retors de la Déesse, sauver l'univers et le détruire, c'est un peu la même chose. La paix universelle, on l'obtient, selon elle, lorsque la création cesse d'être, ce qui est le meilleur moyen de faire disparaître le mal, certes, mais à quel prix ! En attendant, elle rassemble son armée sainte sur une planète crée artificiellement (Paradis Omega), grâce au pouvoir combiné de toute une série de cubes cosmiques, et se prépare à recevoir tous les autres héros de la Terre, bien décidés à ramener les brebis égarées et à sauver l'univers, une fois de plus. Cela va sans dire : parmi la légion des intervenants, une place de choix est réservée à Adam Warlock, mais aussi à Thanos (toujours dans son rôle ambigu de vilain presque repenti, plein de sagesse et de duperie) et aux membres de la Infinity Watch, les amis et alliés d'Adam, pour le meilleur et pour le pire.


Certains objecteront que cette saga, qui constitue la troisième et dernière partie d'une trilogie, commence sérieusement à manquer de souffle. Ils n'auront pas tout à fait tort. Inutile de préciser que c'est le volet le moins indispensable, et d'ailleurs les dessins aussi ressentent une certaine lassitude. Ron Lim avait du augmenter la cadence de son travail d'une manière conséquente, et il n'avait plus trop le temps de faire œuvre de précision chirurgicale. Son encreur, Al Milgrom, n'est de toute évidence pas non plus à la hauteur, et cela finit par se voir. Semic avait opté en son temps pour une publication Vf sous formes de trois albums hors-série, qui existent également en version reliée, facilement trouvable sur les sites de ventes aux enchères, tout comme les différentes versions en librairie depuis l'arrivée de Panini. Mais l'intérêt de l'omnibus, c'est bien entendu la publication d'une énorme fournée de tie-in, ces épisodes annexes qui rythment les événements narrés dans les séries régulières des héros Marvel. La Division Alpha, Spider-Man, le Docteur Strange, Deathlok, Darkhawk, Moon Knight… ils sont nombreux, ils sont parfois inédits, ce sont des moments d'histoire oubliés de chez Marvel, à déguster sans modération. Du bon gros comic-book mainstream, qui correspondait bien à l'idée que le lecteur des nineties avait d'un "event" ces années là. Je reste d'avis qu'il y avait dans ce genre d'aventure un parfum de naïveté et une volonté de raconter qui n'est pas toujours évidente aujourd'hui, à une ère sombre et chirurgicale, où le comic-book se doit se singer les travers de la réalité et de se perdre dans une narration décompressée, qui rebute forcément les nouveaux lecteurs occasionnels. Ou bien qui ne prend plus rien au sérieux, et use et abuse de la dérision pour faire chuter les héros de leurs piédestaux. Point de raton laveur dans l'espace ou de Guerres Secrètes à l'horizon, voici venir un bain de jouvence recommandé pour ceux qui à l'époque étaient de fidèles clients de Semic, ancêtre toujours choyé (avec Lug) parmi les plus anciens d'entre nous. Qui trouvent chez Panini l'archivage ultime, définitif, qui devrait finir sur vos étagères ? 



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