L’un des grands talents de Powell réside dans sa capacité à équilibrer tous les éléments qui composent l'univers de The Goon. Les dialogues pétillent d’esprit et de malice (souvent avec des sous entendus explicites), les situations absurdes s’enchaînent à un rythme soutenu, et l’humour surgit aussi bien dans les répliques que dans les gags visuels. Powell possède un sens du timing comique redoutable : il sait exactement quand placer une punchline ou un détail graphique capable de déclencher le rire. Les gamins sont de petits adultes coquins et bagarreurs, les ennemis sont aussi menaçants que finalement ridicules et défaits à coups de bourre-pif bien sentis. Ils apparaissent d'ailleurs à la fin des épisodes, avant d'être présenté au début du suivant, sous forme de flashback qui explicite leurs jeunesses et leurs traumas, censé expliquer ce qu'ils sont devenus et pourquoi ils sont aussi méchants (ou pathétiques). Baby Galaad, la goule au cerveau pois chiche, Vinnie le vampire qui se venge de toute la frustration engrangée dans son enfance, Sethi la momie qui s'avère être une malédiction pour qui croise sa route, ou encore Bedon Baffreur. The Goon remonte la chaîne alimentaire et ça cogne dur, à chaque étape. Côté artistique, Powell démontre une maîtrise impressionnante de son trait et des noirs qu’il pose avec une précision instinctive. Les contrastes sculptent les visages, épaississent les ombres et donnent à chaque planche une densité particulière. Au fil des épisodes, l’artiste s’autorise également quelques libertés : il change d’outils, modifie ses textures, expérimente différentes ambiances. Le plaisir de dessiner est palpable, et on en prend plein des mirettes. La mise en couleur, réalisée avec Rachel Cohen et Brett Parson, achève de transformer l'album en bijou. Les teintes installent une atmosphère macabre et légèrement poisseuse, sans jamais alourdir les planches. Le grotesque inhérent au dessin de Powell demeure intact, mais la couleur renforce encore cette impression d’étrangeté inquiétante qui flotte sur l’ensemble. C'est beau, divertissant et flippant. Au fait, réduire The Goon à ses bagarres grotesques et à ses plaisanteries, c'est passer à côté de l’essentiel. Sous son apparence de comédie monstrueuse, la série possède également un véritable cœur. Powell a déjà prouvé par le passé qu’il pouvait transformer cet univers burlesque en récit profondément émouvant lorsque l’histoire l’exige. The Goon est vraiment une œuvre difficile à classer. C’est à la fois du polar, de l’horreur, de la comédie… et en fait c'est unique, inclassable, violent, tordant. Vous devriez essayer, son petit monde est ici accessible et jubilatoire.
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