THE GOON : RETOUR À LONELY STREET AVEC ERIC POWELL


Attention, cet album n'est pas vraiment aussi unique qu'on pourrait le croire sur la couverture. L’édition française de la série The Goon publiée en 2019 sera normalement (à vous de jouer, les lecteurs) articulée en deux volumes. The Goon, Retour à Lonely Street, c'est toutefois une manière parfaite pour découvrir un univers, un humour, un style, des personnages qui semblent être des caricatures grossières mais s'avèrent très attachantes dès qu'on apprend à les connaître. Et surtout, cette sortie s’impose d’abord comme une grande réussite visuelle. En revenant à un style plus caricatural, moins photoréaliste (vous avez lu la biographie sur Fredric Wertham ?), Eric Powell peut évoluer dans un territoire graphique qu’il maîtrise parfaitement. Des monstres gluants mais finalement si idiots qu'il ne sont pas très dangereux, des individus abjectes mais si barrés qu'on peut en rire plutôt que d'en avoir peur, le menu répond au cahier des charges avec brio. Ce nouvel titre marque d’ailleurs le retour du personnage après plusieurs années d’absence. À l’occasion du vingtième anniversaire de la série, Powell a relancé son héros sous la bannière de son propre label, Albatross Funny Books, avec la volonté affichée de revenir aux racines de sa série. L’objectif était simple : retrouver cet humour étrange, tordu et souvent excessif qui a fait le succès de son Goon. Le résultat est à la hauteur de la promesse. Dès les premières pages, The Goon revient dans sa ville (un retour au bercail dans la ville sans nom) et découvre que ses efforts passés pour nettoyer les rues n’ont pas suffi. Truands, monstres et autres nuisibles ont rapidement repris leurs habitudes. Frankie, son fidèle acolyte, entreprend alors de dresser la liste des individus qu’il faudra corriger. Autant dire que les occasions de bagarres spectaculaires et de gags violents ne vont pas manquer !



L’un des grands talents de Powell réside dans sa capacité à équilibrer tous les éléments qui composent l'univers de The Goon. Les dialogues pétillent d’esprit et de malice (souvent avec des sous entendus explicites), les situations absurdes s’enchaînent à un rythme soutenu, et l’humour surgit aussi bien dans les répliques que dans les gags visuels. Powell possède un sens du timing comique redoutable : il sait exactement quand placer une punchline ou un détail graphique capable de déclencher le rire. Les gamins sont de petits adultes coquins et bagarreurs, les ennemis sont aussi menaçants que finalement ridicules et défaits à coups de bourre-pif bien sentis. Ils apparaissent d'ailleurs à la fin des épisodes, avant d'être présenté au début du suivant, sous forme de flashback qui explicite leurs jeunesses et leurs traumas, censé expliquer ce qu'ils sont devenus et pourquoi ils sont aussi méchants (ou pathétiques). Baby Galaad, la goule au cerveau pois chiche, Vinnie le vampire qui se venge de toute la frustration engrangée dans son enfance, Sethi la momie qui s'avère être une malédiction pour qui croise sa route, ou encore Bedon Baffreur. The Goon remonte la chaîne alimentaire et ça cogne dur, à chaque étape. Côté artistique, Powell démontre une maîtrise impressionnante de son trait et des noirs qu’il pose avec une précision instinctive. Les contrastes sculptent les visages, épaississent les ombres et donnent à chaque planche une densité particulière. Au fil des épisodes, l’artiste s’autorise également quelques libertés : il change d’outils, modifie ses textures, expérimente différentes ambiances. Le plaisir de dessiner est palpable, et on en prend plein des mirettes. La mise en couleur, réalisée avec Rachel Cohen et Brett Parson, achève de transformer l'album en bijou. Les teintes installent une atmosphère macabre et légèrement poisseuse, sans jamais alourdir les planches. Le grotesque inhérent au dessin de Powell demeure intact, mais la couleur renforce encore cette impression d’étrangeté inquiétante qui flotte sur l’ensemble. C'est beau, divertissant et flippant. Au fait, réduire The Goon à ses bagarres grotesques et à ses plaisanteries, c'est passer à côté de l’essentiel. Sous son apparence de comédie monstrueuse, la série possède également un véritable cœur. Powell a déjà prouvé par le passé qu’il pouvait transformer cet univers burlesque en récit profondément émouvant lorsque l’histoire l’exige. The Goon est vraiment une œuvre difficile à classer. C’est à la fois du polar, de l’horreur, de la comédie… et en fait c'est unique, inclassable, violent, tordant. Vous devriez essayer, son petit monde est ici accessible et jubilatoire.



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