JUDGE DREDD FUREUR PRIMITIVE : LE NOUVEAU DREDD EST EXCELLENT


Oubliez la fameuse "zone de confort". Judge Dredd quitte le temps d'un album les tours et l'asphalte de Mega-City One, pour des atmosphères et des paysages beaucoup plus sauvages et naturels, peut-être même encore plus dangereux. Rob Williams nous invite à la visite, mais c'est le dessinateur qui nous frappe la rétine dès la première approche. R.M. Guéra impressionne sans forcer. Son trait rugueux, charbonneux, colle à Dredd comme la poussière radioactive aux bottes du justicier sur la piste d'un perp qui s'enfuit. Il excelle dans la narration, cisèle ses visages, soigne ses décors, orchestre ses pages avec une science implacable du rythme. Chaque case fourmille de détails sans jamais sombrer dans la surcharge gratuite. Et puisque Giulia Brusco pose ses couleurs savantes sur cette matière dense, le lecteur en saisit toutes les aspérités, et vibre sans vergogne. Mais résumer l’album à sa seule beauté visuelle serait injuste. Rob Williams oblige Dredd à quitter Mega-City One pour une mission secrète, dans les étendues glacées des Terres Irradiées du Nord. Il compose son équipe et y inclut au dernier moment un cadet (la jeune Moon, qu'on découvre dans le tout premier épisode), avant que tout dérape. L’appareil qui transporte les juges est abattu, les survivants se retrouvent isolés dans un désert blanc où la technologie ne vaut plus grand-chose. La nature n’a que faire de "La Loi". Elle impose une règle unique, brutale, archaïque : survivre. C'est désormais sa Loi. Bon… titulaire de la série oblige, nous savons que Dredd survivra. L’enjeu consiste donc à instiller le doute, à fissurer l’armure d'un mythe qui se révèle plus sensible au temps qui passe et à la relève que d'habitude. Moon est ici l'avenir, un peu plus qu'une recrue, et c'est sur elle que reposent les enjeux dramatiques véritables. L’irruption d’un ours (gigantesque, implacable, presque une caricature des créatures de films d'horreur, que rien ne peut stopper) déclenche une traque haletante où l’on sent, l’espace de quelques pages, que même l’incarnation de la Loi pourrait finir dévorée dans la neige. D'autant plus que le temps fait son effet. Pas au sens météorologique, mais au sens des années qui s'accumulent, avec un Dredd qui a besoin de récupérer, qui commence à sentir les articulations et les poumons qui flanchent. Un Dredd humain, plus que jamais.



Après ces épisodes au cordeau, Rob Williams transporte Dredd à Ciudad Barrancuilla, pour un récit qui transpose la violence du narcotrafic et de la jungle criminelle sudaméricaine dans l'univers de la série. On y oppose le pragmatisme des autorités locales, prêtes à composer avec la pègre pour maintenir une paix relative, à l’intransigeance absolue de Dredd. Avec au menu un ancien Juge qui est désormais devenu l'instrument d'un groupe de rebelles antifascistes et criminels, et un trafiquant repenti qui vit isolé dans sa villa surprotégée, en échange de bons tuyaux à livrer aux autorités. Sauf que ces petits accords entre amis ne sont valables qu'à condition d'accepter la politique du compromis, ce qui pas exactement la manière dont le Judge Dredd envisage le monde. Là encore, Guéra et Brusco déploient des décors somptueux, d'une moiteur presque tangible. L’ensemble prend parfois des allures de western dans la jungle. Dredd y devient shérif solitaire, figure eastwoodienne arpentant un territoire hostile, accroché à une manière de faire et de voir crépusculaire, face à des rebelles qui s'enhardissent et comprennent que le pouvoir vacille. C'est moderne, pertinent, comme toujours. Et on termine avec une histoire plus brève, où le Judge Dredd vieillissant et fragilisé se retrouve impliqué dans l'arrestation d'un dingue qui précipite des corps dans le vide, depuis une tour de Mega-City One. Lesté d'une bombe, il gaze les Juges qui interviennent avec une mixture mortelle, qui frappe Dredd. Mais même à l'article de la mort, La Loi reste La Loi. Du Dredd décliniste mais solide dans le propos et les convictions. Bref, cette parution nous rappelle à quel point Judge Dredd fonctionne lorsqu’on le confronte à des environnements où son autorité vacille. Dredd n’est plus seulement le symbole d’un système, dans ces conditions. Il redevient un homme sous l’armure. Un homme avec ses limites, destiné à être rattrapé par le temps, hanté par l'idée de transmission, mais au service inflexible et éternel de la loi. Fascinant. Sortie la semaine prochaine (à ne pas manquer !) chez Delirium. 



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JINX DE BRIAN MICHAEL BENDIS : POLAR FONDATEUR CHEZ DELCOURT


 Lorsqu’il publie Jinx en 1996, Brian Michael Bendis est loin d'être la figure incontournable des comics qu’il deviendra au tournant des années 2000 avec Ultimate Spider-Man. Il a déjà signé plusieurs polars chez Caliber, notamment A.K.A. Goldfish, et chaque projet témoigne de son goût pour les intrigues criminelles chargées de dialogues truculents, qui vont devenir sa marque de fabrique. Mais c’est avec Jinx qu’il attire véritablement l’attention, au point que Joe Quesada est séduit et l’engage ensuite chez Marvel Comics. À l’époque, Bendis est un amateur revendiqué de films "noir" aux dialogues affûtés, et on peut difficilement nier que dans son oeuvre initiale plane l’ombre de Quentin Tarantino : conversations à tiroirs, anecdotes qui s’empilent, échanges parfois vulgaires ou populaires, qui servent à brosser des portraits attachants bien plus qu’ils ne font avancer l’intrigue. Car intrigue il y a tout de même dans Jinx : une chasse à de l’argent volé, des informations fragmentaires détenues par deux protagonistes qui ne se font aucune confiance, et au centre du jeu, une anti héroïne un peu paumée. Jinx Alameda, chasseuse de primes, est marquée par un passé tragique ; Columbia, grande gueule imprévisible (physiquement calqué sur Bendis) est capable d’explosions soudaines et ne brille pas par son intelligence ; Goldfish, plus posé, calculateur, est toujours soucieux de ne pas attirer l’attention et il va… tomber amoureux ! La lecture frappe d’abord par son flot de dialogues. À sa sortie, cette façon de restituer la parole avec des hésitations, des détours et un rythme syncopé, donnait l’impression d’entendre de « vraies » voix dans un comic book. La partie de dés, saturée de bulles, donne le temps d'emblée : Bendis installe Columbia en quelques pages et impose un ton. Les entrées successives de Goldfish puis de Jinx elle-même (dans un grand numéro de fausse amante enceinte) relèvent d’un sens aigu de la mise en scène, presque cinématographique. Tant mieux, car le dessin est souvent brut de décoffrage.



Pourtant, avec le recul, l’enthousiasme peut aussi être facilement douché. Le jeune Bendis privilégie souvent la saveur des échanges à la progression du récit. Certaines longues conversations (tentative de rendez-vous galant lorsque Goldfish veut absolument revoir Jinx), ou quelques excursus hors récit principal peuvent aussi dérouter. Graphiquement, Bendis se montre appliqué mais loin d'être capable de révolutionner le médium. Son dessin, fonctionnel, s’appuie sur des ombres épaisses et des cadrages inspirés de Sin City de Frank Miller. Il répète certaines images pour accentuer un effet, insère des éléments photographiques pour contourner des décors complexes, et adopte un langage visuel proche du cinéma. L’ensemble trahit bien des influences mais révèle aussi une intelligence de mise en scène réelle, qui vient compenser une absence de fondamentaux qu'on perçoit à de multiples reprises (pourquoi croyez-vous que Bendis se contentera du scénario, par la suite ?). Avec le temps, Jinx a perdu une part de sa capacité à surprendre. Les procédés qui paraissaient novateurs sont devenus monnaie courante, tant Bendis a ensuite marqué une génération entière de scénaristes. Reste un polar noir sinueux, porté par trois personnages solidement campés et par une voix déjà singulière. Des ratés, qui se sentent, se rapprochent, se détestent, sont emportés dans un tourbillon de rebondissements absurdes, violents, avec l'argent et la solitude en toile de fond, double motivation corrosive qui fait vriller les vies et les destins à chaque instant. Œuvre encore imparfaite, parfois un poil trop verbeuse et convaincue d'être en train d 'inventer la roue, Jinx demeure pourtant l’acte fondateur d’un auteur qui, quelques années plus tard aller refaçonner en profondeur l’univers Marvel. C'est drôle, c'est prenant, et c'est de surcroit l'occasion de tout relire en une seule fois, avec de nombreuses pages de bonus, chez Delcourt. Amateurs de polars et de comics qui sentent le tabac froid, la sueur, les donuts et la poudre (à canon), c'est absolument pour vous !



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X-MEN L'ÈRE D'APOCALYPSE AU FORMAT COMICS POCHE DE PANINI (1/3)


 Petit format signifie aussi petit prix. L'occasion, pour ceux qui (re)découvrent quelques grands classiques de la Maison des Idées, d'investir dans le dernier grand crossover de la grande période des X-Men, l'Ere d'Apocalypse. Ceux qui savent, savent. Mais les autres? Ont-ils conscience de quoi il s'agit véritablement ? La base de ce récit est simple et entend refaire l'histoire. Lorsque Legion, le fils psychotique de Charles Xavier, remonte dans le passé pour assassiner Magneto, il finit par échouer lamentablement, et tuer son propre père. Un évènement imprévu, qui a de lourdes conséquences, puisque la ligne temporelle classique s'en trouve à jamais bouleversée. Le monde tel que nous l'avons connu n'existe plus. Désormais, ce sont les mutants qui ont pris le pouvoir, sous l'égide du tyrannique Apocalypse. Les humains comme vous et moi (je dis cela, mais peut être y a t'il des mutants parmi les lecteurs) sont soumis, torturés, affamés, voire simplement supprimés. C'est un massacre organisé par le dictateur tout puissant, bien aidé il est vrai par des affidés cruels et avides de pouvoir, comme Sinistre (qui complote à son insu), Holocauste, ou encore les prélats Summers (oui, ce sont bien Alex et Scott). Tous les mutants n'ont pas suivi cette voie radicale, et il existe encore des poches de résistance, notamment grâce au travail de l'ombre de Magneto, qui est à la tête de ce qui reste des X-Men. Le maître du magnétisme est marié avec Malicia, et le couple a même eu un petit garçon. Un bonheur familial tout relatif, dans un monde en décomposition. Une fiction atroce, qui commence à se lézarder le jour où un inconnu débarque (en fait, c'est Bishop, alors sur la voie du succès) et tient des propos décousus. Grâce au toucher de Malicia, qui absorbe toujours pouvoirs et psyché, Magneto apprend la vérité, sur ce que le monde aurait du être, mais qu'il n'est plus. Dès lors, son approche de la lutte va changer, tandis que la question se pose : comment et pourquoi Bishop est-il le seul à se rappeler l'univers Marvel classique, tel qu'il était avant le geste fatal de Legion ? 



C'est parti pour la réédition en petit format de l'Ere d'Apocalyspe, un immanquable, on vous dit ! Au menu de ce rendez-vous initial, les premiers épisodes de la longue saga. Rappelons nous bien qu'alors tous les titres mutants avaient changé de nom. C'est ainsi que nous trouvons au sommaire le premier numéro d'Astonishing X-Men, ou encore celui de Gambit and the X-Ternals, qui narre la lutte du cajun aux cotés de Magneto, pour rétablir la réalité de base. Pour ce faire, il lui faudra embarquer son petit groupe de rebelles dans l'espace, à la recherche du cristal M'Kraan, le nexus de toutes les réalités, justement. Ce premier volume est en fait une véritable anthologie de ce que pouvait être un comic-book Marvel dans les années 1990. Aussi bien au niveau des auteurs au travail (Lobdell, Nicieza, Dodson, et la relève très en vogue alors, comme Madureira, Cruz, Tony Daniel) qu'à celui des tics et trucs narratifs et graphiques (personnages stéroïdés aux mâchoires continuellement crispées, langage relâché à tendance argotique rétro), il vaut mieux ne pas être allergique à cette décennie maudite. Les couleurs et les combats explosent de partout, il n'y plus le moindre centimètre carré d'espace pour un peu de blanc, de vide, tout est occupé par le mouvement, les formes extrêmes, la vitesse emphatisée et la douleur exprimée. Et c'est là qu'on se rend compte que finalement, tout cela n'a pas toujours bien vieilli. Gambit and the X-Ternals est presque illisible par moments, tant le scénario manque de finesse et de nuance. Mais bon, c'est un document, un vrai, sur un des derniers grands tournants dans l'existence des X-Men tels que nous les connaissions, avant le chant du cygne de Morrisson (les New X-Men, que j'adore) et le lent et inexorable déclin qui va suivre. Je suis comme tout le monde, j'ai des crises de nostalgie, moi aussi, et en dépit des ans qui passent et des défauts visibles aujourd'hui, ce fut une telle claque de lecture que j'oublierai jamais.  


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IMPERIAL : SUITE ET FIN CHEZ PANINI COMICS


 Si les débuts d’Imperial chez Panini Comics s’étaient révélés plutôt convaincants, voici venu le moment de s’intéresser à la conclusion. On nous avait promis une vaste fresque galactique ; en réalité, c’est presque une enquête policière qui nous est servie, impliquant les grandes races de l’espace. L’assassinat de plusieurs membres du Conseil galactique, une succession de fausses pistes, puis la révélation des véritables coupables (déjà éventés dans les dernières pages du tome 1) sont au menu. Dans ce second volume, le lecteur doit d’abord traverser une série de quatre one-shots avant d’accéder au dernier numéro de la véritable série Imperial. Et il faut bien l’admettre : l’ouverture ne se fait pas sous les meilleurs auspices. On commence avec She-Hulk, puis avec Exilés, centré sur les mésaventures de la fille du professeur Xavier et de Lilandra Neramani, propulsée sur le trône des Shi’ar sans en avoir vraiment les épaules, sous la protection de Deathbird, l’ancienne sœur ennemie de sa mère. L’épisode consacré à Jennifer Walters s’inscrit lui dans la tradition des aventures out of character. Celle qui officie d’ordinaire comme avocate au barreau de New York n’a, a priori, pas grand-chose à faire dans les confins de l’espace. Marvel tente manifestement de capitaliser sur le succès de Planet Hulk pour en rejouer, peu ou prou, la partition au féminin. Inutile de dire que l’ensemble se révèle assez ennuyeux et, surtout, largement dispensable pour la compréhension finale de l’intrigue. Du côté des Shi’ar, ça s'avère un peu plus intéressant, mais aussi passablement confus. Le lecteur qui n’aura pas suivi attentivement les développements récents de l’univers Marvel risque de décrocher. Les enjeux politiques et dynastiques peinent à trouver une véritable clarté dramatique. En revanche, l’intérêt renaît avec l’épisode consacré à Nova. Richard Rider tente d’entrer en contact avec ce qu’il reste du Worldmind afin d’identifier la faction qui tire les ficelles de cette vaste machination. Certes, nous savons déjà,  nous lecteurs omniscients et légèrement plus malins que les protagonistes, qui se cache derrière ce jeu de dupes. Mais l’épisode n’en demeure pas moins stimulant, ne serait-ce qu’en tant que prélude à une nouvelle série consacrée à Nova. Et comme il s’agit d’un personnage que nous apprécions particulièrement, et que c’est Jed MacKay qui orchestre l’ensemble, on se surprend à vouloir y croire.



Pour compléter ce second et dernier volume, place à Imperial Guardians, où il est surtout question de l’impératrice Veranke, ou plutôt de celle qui prétend incarner la défunte Skrull. Nous suivons Gamora et Darkhawk, épaulés un temps par Captain Marvel, dans un épisode, une fois de plus, assez confus, où le plaisir de lecture demeure franchement mitigé. L’impression de dispersion domine, et l’on aborde le quatrième et dernier volet d’Imperial avec une légère déception déjà installée. Il devient alors évident que les Inhumains, et plus particulièrement Maximus le Fou, jouent un rôle prépondérant et discutable. Devenus maîtres du mensonge et de la manipulation, ils œuvrent en coulisses pour restaurer une grandeur passée qui ne demande qu’à renaître. C’est donc dans le chaos, et toujours dans une certaine confusion narrative, que s’achève ce crossover, en laissant un arrière-goût d’amertume. D’abord parce que la redéfinition complète de l’univers cosmique Marvel, orchestrée à la manière de Jonathan Hickman, produit un effet paradoxal : la promesse était immense, mais le résultat évoque davantage la montagne accouchant d’une souris. Ensuite parce que ce que nous venons de lire demeure très éloigné des grandes sagas spatiales des années 1990 et 2000. Marvel peine ici à retrouver ce souffle épique, ce merveilleux un brin naïf mais ô combien exaltant qui faisait tout le sel de ses fresques cosmiques. Les enjeux géopolitiques et stratégiques servent surtout de prétexte à une prolifération de races, de factions et de titres ronflants qui, au final, peinent à produire une véritable ampleur dramatique. Imperial s’achève donc sur un constat mitigé : nous n’avons pas vraiment envie de nous y replonger, et il est probable que, dans quelques années, l’ensemble aura été relégué dans un coin de mémoire déjà encombré. Nous serons passés à autre chose. Espérons-le, à quelque chose de plus marquant. Reste l’aspect graphique, globalement de très bonne facture. Des artistes comme Emilio Laiso, Francesco Manna, Luca Maresca ou Federico Vicentini livrent des planches solides et dynamiques. On retrouve là des noms amis que l’on a souvent le plaisir d’accueillir à Nice. Sur la série principale, Iban Coello confirme qu’il figure parmi les meilleurs artistes dont dispose actuellement Marvel, même si certaines planches, trop chargées en personnages, perdent parfois en lisibilité. Nous avons déjà lu bien mieux. Nous lirons sans doute pire. Disons, pour conclure, que le bilan reste mi-figue, mi-raisin. Dommage.



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ROCKETEER NOUVELLES AVENTURES 2 : JOLI FLORILÈGE CHEZ DELCOURT


 Les nouvelles aventures de Rocketeer, telles qu'elles sont présentées chez Delcourt dans ce second volume, sont absolument parfaites pour découvrir le personnage. Il s'agit en réalité d'un florilège d'histoires courtes d'une dizaine de pages, systématiquement scénarisées et dessinées par des artistes différents. Le point commun de ces derniers, c'est la qualité et la versatilité. On se retrouve donc avec toute une sélection de récits qui permettent de passer de l'action à l'humour, le tout dans un contexte vintage, c'est-à-dire l'amorce de la Seconde Guerre mondiale avec la menace des nazis et la nécessité pour l'Amérique de se préparer à un conflit qui semble inévitable. Parmi les grands noms qui sont au travail dans cet album, vous allez découvrir par exemple Bill Sienkiewicz, qui lui se concentre sur des pages qui mettent en scène une version animée du personnage, à l'occasion d'une projection au cinéma. C'est sympathique mais c'est loin d'être le meilleur moment de cet album. J'adore le trait anguleux, particulièrement inspiré et dynamique d'Eric Canete, qui nous offre une petite leçon d'histoire et nous montre à quel point l'héritage de Rocketeer pourrait être, dans un lointain futur, hissé au rang d'exemple universel. Nous trouvons également le regretté John Paul Leon qui nous replonge dans une des évidences de cette série, à savoir le rapport entre Chris Secord, le héros, et Betty sa fiancée, caricature de la pin-up plantureuse inspirée par la célèbre Betty Page, qui explique que de nombreux récits sont basés sur l'univers du cinéma, les acteurs et les actrices de l'âge d'or d'Hollywood. Ce qui n'est pas sans alimenter la jalousie du fiancé, qui n'est pas très heureux de voir que sa promise côtoie au quotidien des célébrités telles que Clark Gable, ou en tous les cas est attirée par les strass et les paillettes du septième art. Au menu encore dans cet album, Adam Hugues, Walt Simonson ou John Byrne… bref, difficile de s'ennuyer et de ne pas se rincer les yeux avec bien des styles différents, mais à chaque fois des planches de toute beauté.




Parce que si on traite les gentils comme des méchants, au bout d'un moment, plus personne ne voudra être un héros.. voilà ce qu'on peut lire dans la première histoire de cet album, scénarisée par Marc Guggenheim et dessinée par Sandy Plunkett. Les temps sont durs, la guerre approche, mais le Rocketeer est un véritable héros : c'est-à-dire qu'il n'hésite pas à se mettre en danger, pour le bien commun et sans rien attendre en retour. Il suffit d'ailleurs de lire l'histoire écrite par Tom Taylor pour s'en rendre compte. Peu importe la menace et la pluie de balles, si jamais il s'agit d'aller sauver un soldat tombé au front, il ira, sans se préoccuper de savoir si la mission peut-être périlleuse. Mentionnons aussi le petit chapitre qui voit l'association de Paul Dini et de Bill Morrison, pour une histoire très sympathique où c'est Betty qui crève l'écran, comme le dit le titre. Alors qu'elle est occupée à tourner un film, Chris doit absolument contenir de sa jalousie et respecter la promesse de ne pas aller la déranger sur son lieu de travail. Oui mais voilà, le moindre prétexte peut faire l'affaire, et en réalité il va même pouvoir se rendre utile en jouant au héros, sans que personne (et surtout sa fiancée) ne sache qu'il était là. Sauf que bien évidemment, les images sont filmées et vont être insérés dans le film, ce qui risque de provoquer une petite surprise au moment de la projection. Bref, c'est souvent naïf, truffé d'action, assez drôle, et comme je n'arrête pas de vous le dire, dessiné par des artistes de très grand talent. Ce qui fait que même le lecteur complètement novice risque fort de passer un bon moment avec ce personnage beaucoup trop méconnu ici, qu'on se réjouit de retrouver régulièrement ces derniers mois chez Delcourt.



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LEGENDS : LES SUPER-HÉROS AU BAN DE LA SOCIÉTÉ ET EN DC PAPERBACK


 Il existe de multiples façons pour tenter de détruire un super-héros; la plus efficace est probablement aussi la plus subtile. Inutile de rouer de coups un de ces colosses en costume, mieux vaut s'attaquer à sa réputation, sa psychologie, le faire tomber de son piédestal, ruiner la confiance qui peut l'unir au grand public. Pour une fois, Darkseid décide de ne pas foncer bille en tête, mais il recourt à une sorte de prédicateur du nom de Gordon Godfrey, qui passe son temps à tenir des discours haineux à la télévision, et à provoquer la méfiance chez le spectateur moyen. Les super-héros sont présentés comme des engeances, des personnages néfastes, qui finalement attirent plus d'ennuis que les problèmes qu'ils sont censés ensuite résoudre. Du coup les américains embrigadés finissent par prendre en aversion ceux qui sont chargés de les protéger : à Gotham, Batman et Robin sont pris à parti par une foule déchaînée, dans un supermarché, alors qu'ils venaient d'éviter un cambriolage. Le jeune prodige se fait même sérieusement amocher. Pire encore, le présentateur adolescent Billy Batson (alias Shazam) est convaincu d'avoir tué son adversaire, lorsqu'il tente de repousser la menace d'un géant comme MacroMan. La nouvelle Ligue de Justice, conduite par le Limier martien, se fait elle bien malmener par Brimstone, un être de soufre et de feu, apparut de nulle part. Vous l'avez compris, Darkseid tire les ficelles de ce qui se passe depuis Apokolyps : son but est clair, une fois que la confiance, que le lien entre les héros et le public aura été définitivement rompu, il lui sera beaucoup plus facile de débarquer sur Terre, et d'instaurer sa domination et sa tyrannie. Nous sommes là dans l'univers Dc Comics, juste après Crisis on Infinite Earths. Il s'agit de reconstruire, de relancer de nouvelles séries; Légendes a donc une importance particulière, et introduit de nouveaux concepts, de nouvelles parutions, comme la Suicide Squad d'Amanda Waller. Tout ceci nous est conté dans la collection DC Paperback de chez Urban, avec en préambule les origines de Darkseid, orchestrées par John Byrne.



Les démiurges au scénario de cette histoire sont deux. John Ostrander écrit ces six épisodes (les trois premiers sont dans ce tome 1), tandis que Len Wein s'occupe des dialogues, histoire de donner une voix crédible à chacun des personnages, car ils sont fort nombreux dans cette petite épopée. John Byrne est quand à lui fraîchement arrivé chez Dc pour les dessin de cette saga, après un long contrat chez Marvel. Il a le mérite de travailler vite, et bien, tout en fluidité, caractérisant avec aisance tout ce joli monde, qui a certes de bien curieuses manies en terme de tenues vestimentaires. Les années 1980 sont cruelles, comme pour Captain Boomerang et sa tunique bleutée assez improbable, ou l'insupportable Vibe, droit sorti de Deux flics à Miami. Legends, c'est donc le récit d'une humiliation, un maître plan diabolique orchestré par Darkseid, avec la présence de Ronald Reagan lui-même, qui cède à la tension ambiante, et signe un décret obligeant les super-héros à rester sur la touche. Superman s'exécute, Batman n'en a cure, et la police est en ébullition. Un récit qui lorgne donc sur les problèmes sociaux et politiques, et ne se contente pas d'empiler des baffes et des combats, même si la rhétorique et la morale sont parfois lourdes, comme lorsque Ostrander nous rappelle, régulièrement, que les enfants eux ne sont pas affectés par cette violence, et qu'ils ont toujours foi en leurs héros. DC Paperback oblige, vous allez pouvoir vous plonger dans toute la ribambelle de numéros annexes qui étoffent l'événement, avec notamment une mini série consacrée à Cosmic Boy en vacances (quelle idée !) au XX° siècle, ou encore des numéros de Firestorm (je suis toujours preneur), de Batman, de Booster Gold, de la Justice League (à l'époque cantonnée à un roster malingre) du Green Lantern Corps, ou encore un long épisode qui revient sur les origines du Phantom Stranger. Du vintage, c'est toujours bon à prendre, en somme, et c'est avec plaisir que nous constatons que la collection DC Paperback nous permet peu à peu de nos constituer une sorte de monument à la mémoire des grandes aventures DC Comics.



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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : SOEURS DES VAGUES


 Dans le 217e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente Sœurs des vagues, album que l’on doit au scénario de Tristan Roulot et au dessin de Mikaël, un ouvrage édité chez Le Lombard. Cette semaine aussi, le podcast revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de l’album 9 secondes, la civilisation du poisson rouge, adaptation par Morgan Navarro de l’ouvrage de Bruno Patino, un titre publié aux éditions Dupuis


- La sortie de l’album La grande Arcadie, un album que l’on doit à Juanjo Rodriguez J ainsi qu’aux éditions Grand angle


- La sortie de l’album Karl que l’on doit à Cyril Bonin et qui est publié chez Sarbacane


- L’adaptation d’un roman dur de Georges Simenon qui s’intitule Barrio Negro, adaptation signée José-Louis Bocquet au scénario et Javi Rey au dessin pour un album publié aux éditions Dargaud


- La sortie de l’album Woodstock 69, le concert du siècle que signe le duo kid Toussaint au scénario et José-Luis Munuera au dessin, un titre paru aux éditions Le Lombard


- La réédition des quatre premiers tomes de la série Sambre, une réédition baptisée L’œuvre au rouge que l’on doit à Bernard Yslaire et Balac, le second ayant quitté la série en cours de route, un album paru aux éditions Glénat.



 
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ABSOLUTE BATMAN TOME 2 : ABOMINATION


 Dans ce deuxième tome d’Absolute Batman, Scott Snyder poursuit sa relecture radicale du mythe et affole les compteurs de vente. Le premier numéro a déjà dépassé le vingtaine de réimpressions ! Après un premier arc déjà abrasif, ce nouveau tome s’ouvre sur un deuil et envoie du lourd, tout en s'appuyant sur les nouvelles versions de personnages que nous attendions tous, Bane et Catwoman in primis. Bruce Wayne et ses amis d’enfance se réunissent donc pour rendre hommage à Mitchell « Alumette » Malone, camarade fidèle, toujours prêt à relever un défi, parfois incapable de s’arrêter à temps. Quelques jours plus tôt, Bruce, encore marqué par son affrontement contre Black Mask, lui avait demandé de falsifier des papiers afin d’infiltrer Ark-M (Arkham, vous parlez bien anglais ?), une prison flambant neuve aux contours opaques. Malone, poussé par la curiosité, y était entré lui-même. Il y avait découvert que l’établissement accueillait déjà des détenus triés sur le volet : des scientifiques de haut niveau, parmi lesquels Pamela Isley, Strange ou Langstrom. Avant même d’avoir pu aller plus loin, il s’est effondré, victime d’une hémorragie généralisée foudroyante. Cette mort agit comme un électrochoc. Les proches de Bruce, désormais au courant de son identité, refusent de l’aider. Ils ne voient plus en Batman un sauveur, mais un ami lancé dans une spirale qui finira mal. Le pote Waylon le formule clairement : s’il continue ainsi, Bruce ne se bat pas pour vivre, il cherche une manière spectaculaire de mourir. C'est plutôt bien vu, et ça expliquerait bien des choses. L’enquête mène toutefois  Bruce jusqu’à V-Core, entreprise gothamite spécialisée dans la cryo-technologie. À sa tête, Victor Fries Jr., scientifique brillant et inquiétant, qui maintient sous glace animaux rares et malades incurables… y compris ses propres parents. Snyder revisite ici Mr. Freeze comme le produit d’un système obsédé par la maîtrise du vivant et la négation de la mort. Lorsque Bruce découvre des échantillons bactériologiques liés à la disparition de Malone, il comprend que la neige artificielle qui recouvre Gotham n’a rien d’anodin : elle marque les corps, prépare le terrain, sert un projet plus vaste. Fries n’est qu’un rouage. Quelqu’un d’autre orchestre l’ensemble.



La séquence de la chambre cryogénique, où Bruce se retrouve enfermé dans un caisson promis à une lente torture glacée, est un de ces défis impossibles qui régale les lecteurs d'Absolute Batman, où la subtilité cède la place au grand-guignol, et fait chavirer la raison des fans. Batman ça va de soi, s'en sortira pour qu'on puisse passer à l'arc narratif suivant, qui élargit encore la perspective. Dans l’Absolute Universe, rien n’est laissé intact. Les figures classiques sont repensées à l’aune de la corruption institutionnelle et des fractures sociales. Ce Bruce issu d’un milieu modeste ne dispose ni de ressources infinies ni d’une doctrine parfaitement huilée. Il improvise. Du coup, quand il se retrouve nez à nez avec un adversaire en apparence invincible, dont le corps est alimenté par une drogue inconnue et surpuissante, il n'a pas de parade à proposer, et mord la poussière tel un novice. Contre Bane, ce sont des épisodes totalement dingues, avec de la violence décomplexée, un Bruce Wayne torturé, un combat final digne d'un jeu vidéo complètement insane. Côté dessins, l’alternance entre Nick Dragotta et Marcos Martín est de mise dès le début du tome 2. Dragotta privilégie des formes anguleuses, presque rugueuses, qui traduisent la brutalité du propos. Martín adopte une approche plus classique, plus froide, particulièrement efficace dans les séquences liées à Fries. Ce n'est certes pas ma tasse de thé, mais le découpage est efficace, à défaut d'avoir des figures et des visages grâcieux. Dans tout ce second volume, Snyder ne cherche finalement pas qu'à choquer gratuitement. Il interroge la légitimité même de Batman. Peut-on combattre un système corrompu sans devenir une force autoritaire ? Bruce agit, doute, se transforme. En déconstruisant les repères familiers, Absolute Batman propose un héros en mouvement, fragile, en colère, traversé par le doute. Un Batman qui ne se contente plus d’incarner la justice, mais qui questionne sa propre place dans une ville gangrenée. Et qui tabasse, se fait tabasser (y-compris les suprémacistes blancs, qui se font laminer dans un annual avec Daniel Warren Johnson, qui appuie et cogne juste) Et ça explose, et ça hurle, et ça saigne. On ne s'ennuie pas, et le constat est là : le parti Absolute est gagné par DC Comics, haut la main ! 


Tome 1 chroniqué ici

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FREDDIE L'ARRANGEUR : GARTH ENNIS ET MIKE PERKINS CHEZ DELCOURT


 Avec Freddie, publié chez Delcourt, Garth Ennis ouvre le bal d’un nouvel univers horrifique estampillé Ninth Circle. Le point de départ tient en une formule efficace : imaginez un polar totalement déjanté, situé dans un Hollywood où les monstres ne sont pas juste des métaphores… mais des vedettes sous contrat. Freddie, Anglais noir installé à Los Angeles, exerce le métier peu reluisant d' « arrangeur». Il efface les scandales des puissants. À ceci près que ses clients ont des crocs, des tentacules ou des griffes. Loups-garous incapables de maîtriser leurs pulsions, vampires amateurs de soirées très privées, créatures amphibies syndiquées, crabes parlants reconvertis dans le divertissement pour adultes, sans oublier une vallée de dinosaures adeptes du méthodisme : Ennis a mis au point un bestiaire délirant avec un sérieux imperturbable. Lorsque la mort suspecte du Croque-Mitaine menace d’éclabousser un grand studio, Freddie accepte donc d’étouffer l’affaire… et s’enfonce dans une enquête qui respecte scrupuleusement les codes du roman noir. Mais avec la voix de Garth Ennis ! Ne nous y trompons pas : Freddie ne cherche pas à effrayer. L’horreur sert surtout de décor. Le véritable moteur du récit, c’est la comédie grinçante. Le scénariste imagine un monde où le cinéma d’exploitation occupe la place des blockbusters super-héroïques de notre réalité. L’idée est excessive, comme souvent avec lui, mais elle permet une avalanche de gags visuels et de situations absurdes. Lorsque des dinosaures débattent de leurs problèmes de dos après avoir trouvé la foi, ou que des crustacés intelligents discutent des contraintes techniques d’un tournage X en direct, l’auteur excelle dans cet art très particulier : traiter l’absurde comme une évidence.



Graphiquement, Mike Perkins adopte une approche radicalement sérieuse. Son trait réaliste, dense, chargé d’ombres et de textures différentes, confère au récit une matérialité sombre, presque poisseuse. Ce contraste entre la gravité du dessin et la folie du scénario crée un décalage qui fonctionne. Là où un style plus caricatural aurait allégé l’ensemble, Perkins ancre chaque extravagance dans une réalité brutale. Le résultat est visuellement impressionnant, mais accentue aussi la rudesse d'un album qui n'est clairement pas à mettre entre toutes les mains. Car Ennis reste fidèle à lui-même. Son goût pour la provocation, la sexualité outrancière et le grotesque ne surprendra personne. Ceux qui apprécient son humour sans filtre y trouveront leur compte ; les autres risquent de décrocher très vite. L’auteur maîtrise parfaitement cette partition, mais il donne parfois le sentiment de rejouer une gamme familière. Là où certaines de ses œuvres dépassaient la farce pour atteindre une véritable satire, Freddie semble avant tout animé par le plaisir de la surenchère, même si l'idée de faire des monstres de la haute société des monstres au sens littéral du terme est assez pertinente, en ces temps marqués par une actualité sordide comme l'affaire Epstein. L'écho est parfois troublant, vous le verrez. On devine au fil des pages qu’une série au long cours pourrait exploiter toutes les possibilités de ce Freddie. En l’état, ce one-shot ressemble davantage à une mise en bouche qu’à une œuvre pleinement aboutie. Mais c'est super drôle, et ça ne prend jamais de gants. Freddie, c'est en réalité une récréation noire et irrévérencieuse. Ennis et Perkins s’y amusent visiblement, et le lecteur avec eux… à condition d’accepter un humour cru et un goût assumé pour l’excès. Les fidèles ont toutes les raisons d'être encore au rendez-vous. 


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LES DERNIERS JOURS DE LEX LUTHOR : REQUIEM CHEZ URBAN COMICS


 Cela fait partie des éléments constitutifs de la mythologie de Superman : tout le monde (ou presque) le sait, Lex Luthor est l’un de ses ennemis les plus acharnés, sans doute même son adversaire intime le plus dangereux. Tout les oppose. À l’altruisme, au courage et à la noblesse de Superman répondent l’égoïsme, la froideur et l’orgueil démesuré de Luthor, capable des pires exactions sans le moindre état d’âme. Humain face à un extraterrestre tout-puissant, Luthor nourrit une haine que l’on peut en partie expliquer par un profond sentiment d’infériorité, doublé d’une obsession maladive : prouver, encore et toujours, qu’il est supérieur. Mais la sécheresse émotionnelle qui le caractérise fait de lui, paradoxalement, un être de moindre valeur. Dans ces conditions, il est bien difficile d’imaginer Lex Luthor frapper un jour à la porte de Superman pour lui demander de l’aide. Il préfère donc l’attirer autrement, en provoquant une catastrophe, méthode bien plus conforme à sa nature. Le problème, cette fois, est d’une gravité inédite : Luthor va mourir. Une dégénérescence cellulaire fulgurante est en train de le consumer de l’intérieur, et il ne lui reste plus que quelques jours à vivre. Au regard de son lourd passif, on pourrait penser que Superman refuserait d’intervenir, ou qu’il se contenterait du strict minimum. C’est mal connaître le personnage, comme le rappelle Mark Waid. Superman est là pour servir, sans jamais faire de distinction selon l’identité de celui qui a besoin d’aide. Même si, en apparence, rien ne peut sauver Luthor, il va tout tenter. Il mobilise alors ses ressources les plus extraordinaires : la science kryptonienne de la Forteresse de Solitude, un voyage dans le futur au XXXIe siècle auprès de la Légion des Super-Héros, un détour par l’île des Amazones, ou encore une incursion dans la Zone Fantôme. Superman met tout ce qu’il sait, tout ce qu’il est, au service de son pire ennemi, sans que cela ne semble pourtant infléchir le cours des événements.



L’essentiel du récit prend ainsi la forme d’un duel psychologique. Luthor conserve toujours un coup d’avance, car il connaît parfaitement Superman, ses réactions et ses failles, et sait quelles cordes sensibles faire vibrer pour parvenir à ses fins. Mais il est condamné. Aussi brillant soit-il, si Superman échoue à trouver un remède, le parcours de Luthor touche à sa fin. Et Superman, de son côté, ne renonce jamais, d’autant plus que le monde entier est prêt à condamner Lex Luthor sans appel. D’une certaine manière, il devient son unique sauveur possible, lui qui a pourtant toujours cherché à le détruire. L’album réunit les trois chapitres de cette mini-série publiée sous le Black Label. Autant le dire : la dernière partie tranche radicalement avec ce qui précède. Un twist majeur vient remettre en question l’ensemble du récit et faire évoluer de façon inattendue la relation entre Superman et Luthor. La conclusion s’avère ainsi plus surprenante qu’on ne l’aurait imaginé, et offre une véritable récompense aux lecteurs hésitants. La lecture est fluide, agréable, portée par des dialogues finement ciselés, et propose une exploration passionnante de la dynamique complexe qui unit ces deux figures incapables d’exister l’une sans l’autre. Certains éléments tirés du passé du jeune Clark Kent éclairent même, en filigrane, le sentiment de culpabilité qu’il éprouve face à son adversaire. Côté dessin, Bryan Hitch livre une prestation absolument remarquable. Les amateurs de silhouettes sculpturales, d’anatomies volontairement amplifiées et de compositions qui donnent aux personnages une présence presque monumentale seront comblés. Le grand format de l’album permet d’apprécier pleinement chaque planche, chaque mise en scène, et renforce encore l’impact visuel de l’ensemble. Si cette sortie ne figurait pas, de prime abord, parmi les plus attendues de ce début d’année, elle s’impose finalement comme l’une des propositions les plus intelligentes et les mieux construites autour du mythe de Superman et de son plus vieil ennemi.



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INSTANTS D'ANNÉES - 40 ANS DANS L'INTIMITÉ DE LA MAISON DELCOURT


 Avec Instants d’années, Delcourt choisit de célébrer ses quarante ans non pas en dressant un bilan pompeux et ennuyeux de ses quatre premières décennies, mais en ouvrant une boîte à souvenirs. Alfred orchestre cet hommage sous la forme d’un leporello foisonnant, c'est-à-dire un livre-accordéon qui se déploie comme une mémoire vivante, faite d’images, de réminiscences et de fragments. Rien ici d’un récit linéaire ou d’une histoire officielle : le projet revendique d’emblée l’éclatement, la circulation libre, l’émotion avant l’inventaire. Vous pouvez le dévorer comme une boite de chocolats, à votre rythme, suivant ce qui attire le regard. D'ailleurs, le dispositif graphique impressionne. Près de deux cents vignettes carrées plus ou moins grandes se succèdent, au point de composer une immense mosaïque où cohabitent styles, époques et ambiances. Alfred joue sur les textures, les couleurs, les variations de registre, et assume cette hétérogénéité qui rend le tout aussi attachant. À l’image du catalogue Delcourt, le livre revendique la diversité comme moteur, point de hiérarchie ou de panthéon figé, tout y est possible et tout y sera, on le souhaite, encore pour longtemps possible. La figure de Guy Delcourt affleure régulièrement, non comme sujet biographique central, mais comme fil rouge discret. Quelques scènes, quelques lieux, des moments décisifs esquissés en creux qui suffisent à donner chair à une aventure éditoriale profondément humaine dès le départ. On croise des bureaux encombrés, des rencontres déterminantes, des auteurs en dédicaces, des arrivées marquantes, des couvertures devenues mythiques. Chaque image est une descente en rappel dans les profondeurs nostalgiques de notre mémoire, et il est fort probable que beaucoup de lecteurs au long cours se reconnaîtront dans plusieurs de ces souvenirs sur le vif.



Instants d’années ressemble donc à une promenade, presque comme une exposition itinérante que l’on déplie sur une table (à défaut que je puisse aller l'admirer à Angoulême, que j'ai déserté cette année pour cause de non festival). Le plaisir est immédiat et presque ludique. Mais les lecteurs en quête de repères historiques précis, de clés sur les orientations éditoriales ou les grandes mutations de la maison pourront rester légèrement sur leur faim. Les légendes et notes finales éclairent certains passages, mais il faut se cantonner aux dos de couverture et se munir de bonnes lunettes loupes pour aller chercher toutes les informations. Bon, est-ce bien grave, après tout ? Alfred ne documente pas Delcourt, il raconte l'éditeur à hauteur d’homme, nous abreuve d'anecdotes et de moments forts. Instants d’années ressemble moins à des archives (poussiéreuses) qu’à un carnet intime, offert aux lecteurs complices, à ceux qui connaissent déjà cette maison et prennent plaisir à en explorer les coulisses. Une sorte de Les Jardins Suspendus (le formidable et bouleversant ouvrage récent de l'artiste, dont la chronique est disponible ici, car on l'adore, Alfred !) mais dont le sujet serait une aventure éditoriale, à peine masquée par une trajectoire humaine. Objet graphique soigné, sincère, et geste artistique singulier, l’album célèbre avant tout une certaine idée de l’édition : artisanale, passionnée, parfois chaotique, toujours guidée par l’image et le désir de création. Un livre à déplier, à parcourir, à ressentir, histoire de reparcourir un des pans de l'édition française, enviée et imitée à travers le monde. 40 précieuses années à l'ère de la crise et des lecteurs qui (parfois, pas toujours) fichent le camp. Mais racontée par le barde des images, le poète des sentiments au bout des pinceaux, Alfred. On ne peut décemment décliner l'invitation. 



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ABSOLUTE GREEN LANTERN TOME 1 : LA MAIN NOIRE


 Avec Absolute Green Lantern, Urban Comics poursuit la publication française de l’un des projets les plus stimulants des comics américains de ces dernières années, l'Absolute Universe. Al Ewing s’empare de la mythologie de Green Lantern pour en proposer une relecture radicale, bien plus proche de l’horreur cosmique que de la grande aventure spatiale telle que nous la lisons depuis des décennies. Les éléments fondateurs (et les personnages) sont toujours là, mais ils sont volontairement détournés, présentés sous un jour clairement inattendu ! Ce tome 1 s’ouvre sur une image forte : Hal Jordan, épuisé, hagard, errant dans le désert. Très vite, l’étrangeté laisse place à une évidence dérangeante, et l’on comprend que quelque chose a très mal tourné. Ewing installe un climat de malaise durable, fondé sur une narration fragmentée et la certitude que cet Hal Jordan là n'a rien à voir avec le type en costume vert qui ne craint pas la peur et joue les shérifs de l'espace au service des Gardiens d'Oa. La réinvention d’Abin Sur est au cœur de cette nouvelle approche. Ici, il n’a rien d'un mentor bienveillant qui va devoir trouver un héritier pour prolonger sa tâche. Il apparaît comme une intelligence radicalement étrangère, incompréhensible, presque indifférente au sort des humains (on dirait même du Hickman). Son arrivée est accompagnée par la création d’un immense dôme vert au cœur de la ville d'Evergreen, qui transforme l’espace urbain en cauchemar claustrophobe. Abin Sur observe, juge, expérimente, sans que ses critères ou ses intentions soient jamais clairement formulés. Hal Jordan victime d’une force qu’il ne contrôle pas, se révèle aussi dangereux pour les autres que pour lui-même. La puissance qu’il a rencontrée se manifeste sous une forme sombre et létale : le voici dotée d'une main noire (d'où le titre de ce premier tome) qui apporte la mort instantanée, dès qu'il la sort de la poche dans laquelle il tente tant bien que mal de la dissimuler. Une fragilité qui donne au personnage une épaisseur nouvelle, et explique pourquoi l'héroïne du récit, la vraie, sera une autre Lantern. Aperçue dans Far Sector, que nous avions rechroniqué récemment (ici).



C'est donc Jo Mullein qui endosse progressivement le rôle de Green Lantern. Pourtant, elle reste au départ en retrait, principalement chargé de dialoguer avec ses collègues (Hal, John Stewart, Guy Gardner…)  et de comprendre ce qui s’est produit. Un choix narratif qui va peu à peu évoluer, jusqu'à ce qu'elle devienne une bonne fois pour toutes l'héroïne tant attendue, lors d'un affrontement avec Jordan. Le dessin de Jahnoy Lindsay accompagne efficacement l'atmosphère oppressante de ces six épisodes. Son trait fin et anguleux, parfois déroutant au premier abord, devient rapidement expressif. Les visages traduisent la peur et l’incompréhension, tandis que la représentation d’Abin Sur, à la fois réaliste et profondément alien (vous vous souvenez des Bâtisseurs, chez les Avengers ?), rompt nettement avec les codes visuels traditionnels de Green Lantern. La couleur verte, omniprésente, structure le récit et accentue le sentiment d’enfermement. J'admets que son style ne correspond pas à ce que j'aime le plus, mais on ne peut nier que le job est fait. Sans chercher à tout expliquer, Absolute Green Lantern préfère installer une tension durable et poser de nouvelles bases. Al Ewing interroge frontalement l’idée d’un pouvoir forcément vertueux et rappelle que l’inconnu est avant tout (la plupart du temps) terrifiant. Même si les questions trouvent peu à peu des réponses (avec l'apparition aussi d'un Victor Hammond en milliardaire dérangé et tyrannique), cette série est à rapprocher d'Absolute Martian Manhunter, plutôt que d'Absolute Batman. Tout est réinventé, tout est fort différent, et les liens qui unissent le boulot d'Ewing à l'univers DC traditionnel ne sont que des réminiscences obligées pour ne pas confondre le lecteur et lui donner l'impression qu'on lui a menti sur la marchandise. C'est du Green Lantern qui prend une direction radicalement différente de ce que nous savions, avec la certitude que tout, ou presque, est encore à comprendre et à voir après ce tome 1. Normalement, le lectorat devrait être divisé, mais il serait quand même bien malhonnête de reprocher à Ewing de ne pas avoir pris de risques. Absolute Green Lantern réinvente, tout reste à faire. 



Sortie cette semaine chez Urban Comics


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JUSTICE LEAGUE UNLIMITED TOME 3 : SOMBRES LENDEMAINS


 Avec ce troisième tome de Justice League Unlimited, Mark Waid pousse encore un peu plus loin son ambition : raconter une crise temporelle globale qui embrasse toute la démesure de l’univers DC. Le temps est déréglé, fragmenté, se contredit. Héros et vilains se croisent, parfois contraints de collaborer, parfois trop occupés à éviter leurs propres paradoxes pour réellement agir. Même une fusion improbable entre Batman, Superman et Green Lantern semble dépassée par l’ampleur du chaos. Waid choisit clairement la carte de la confusion totale, au risque de perdre une partie de son lectorat en route. J'avoue qu'il faut parfois s'accrocher pour appréhender les subtilités du scénario et tenir compte de tout ce qui se joue et se passe (et il vaut mieux aussi avoir jeté un œil à la série Superman Dark Prophecy chez Urban Comics). Le récit aligne donc un casting tentaculaire, presque excessif. Cette profusion de personnages donne parfois l’impression d’un embouteillage de super-héros tous parfaitement compétents, mais curieusement immobiles, comme retenus par un scénario qui hésite à leur offrir une direction définie. L’intrigue autour d’Air Wave, coincé hors du plan matériel et en quête de rédemption avec s'être fait berné par Grodd, sert de fil rouge aux premières pages, avec Mr Terrific et Blue Beetle qui tentent de le ramener parmi nous. L’enjeu est intéressant, mais c'est vite expédié. Les conséquences du dérèglement temporel restent floues, presque abstraites, et les couches s'empilent, avec de nouvelles menaces et de nouveaux rebondissements qui viennent garnir un mille-feuille un peu trop riche. Visuellement, en revanche, l’album impressionne. Dan Mora déploie une énergie constante, donne une ampleur spectaculaire à des scènes parfois statiques sur le plan narratif. Sa mise en scène est claire, lisible, toujours dynamique. Même Carmine Di Giandomenico, qui n'est pas le premier venu et qu'on apprécie énormément, détonne un peu lors du dernier épisode, desservi par une sorte d'orgie de super pouvoirs en guise de conclusion provisoire hautement exagérée.



Reste que ce tome 3 présente aussi un numéro spécial Dark Tomorrow assez attendu. Tant mieux, car pendant ce temps-là Red Tornado et Mr Terrific forment une équipe d’exploration temporelle menée par le mystérieux Légende. Le groupe, volontairement hétéroclite, aligne Batman version Terry McGinnis, Jonah Hex, Huntress, Plastic Man déplacé dans le temps, Gold Beetle, et bien sûr Air Wave, désormais revenu sur le devant de la scène. Cette fois, l’objectif est clair : remonter à la source des anomalies temporelles et comprendre l’origine des Omega Démons. Waid en profite pour donner à Air Wave une véritable épaisseur narrative. Le personnage gagne en assurance, trouve sa place et devient soudainement plus mature. Le Piégeur Temporel (une forme de Doomsday issu d'un lointain futur) est aussi de la partie, tandis qu'un nouveau péril sorti du sol surgit en Markovie, était fictif dont le souverain n'est autre que Geo-Force. Outre Dan Mora, le spécial Dark Tomorrow permet de voir à l'œuvre Cian Tormey, dont le dessin marque un changement de ton graphique. Plus anguleux, plus géométrique, le style de Tormey fonctionne bien sur l’action et les compositions ambitieuses, notamment une remarquable double page qui joue sur plusieurs époques simultanément. En revanche, la couleur est souvent trop sombre, ce qui nuit à la lisibilité et écrase des planches qui auraient gagné à respirer davantage. En gros, ce troisième tome semble être une transition. Il pose, prépare, annonce, parfois au détriment de la jouissance immédiate. Justice League Unlimited continue de bâtir patiemment la mythologie de l’ère All In, quitte à frustrer ceux qui attendaient un véritable point culminant. Du reste, tout ceci va nous mener à l'événement du moment chez DC, à savoir D.C. K.O et sa fantasmagorie ultra fan service, que vous allez découvrir assez rapidement chez Urban Comics. Au moins, vous voilà prêts et édifiés avant que ça n'explose !



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DEADPOOL BATMAN : LE CROSSOVER EN COFFRET CHEZ URBAN COMICS


 Avec Batman/Deadpool, Marvel et DC ressortent enfin la clé du tiroir à crossover, plus de vingt ans après JLA/Avengers. Une partie chez DC Comics, une autre chez Marvel, et l'ensemble publié en VF par Urban Comics, sous forme de deux formats souples qui intègrent un joli coffret, vendu avec ce premier numéro. L’événement est donc historique, presque cérémoniel. Reste à vérifier si la magie opère au-delà du symbole. Le point de départ tient sur un timbre poste : Deadpool débarque à Gotham pour capturer Batman, sur commande du Joker, avec l’aide plus ou moins discrète du Reverse-Flash. En pratique, Zeb Wells ne cherche jamais à nous vendre une intrigue profonde ou ambitieuse. Le plaisir vient avant tout du choc des extrêmes : la logorrhée incontrôlable du Mercenaire disert face au mutisme granitique du Chevalier noir. Le scénario joue cette carte à fond, parfois avec efficacité, souvent avec des allusions bien senties sur des éléments clés de la continuity de Batman, et bien sûr tout un lot de répliques en dessous de la ceinture qui font quand même sourire. Là où le récit principal peut diviser (quoi, de l'humour chez Batman !), la partie graphique fait nettement l’unanimité. Greg Capullo, parfaitement à l’aise dans l’univers de Batman, livre des planches solides et spectaculaires, superbement mises en valeur par l’encrage de Tim Townsend et les couleurs d’Alex Sinclair. Gotham est sombre, crédible, presque trop sérieuse pour accueillir Deadpool, ce qui renforce encore le décalage recherché. Techniquement, c’est irréprochable, et c'est finalement sympathique de voir comment le héros torturé de DC Comics parvient à se sortir d'un mauvais pas en dressant le Joker contre Deadpool, grâce au levier de leurs folies respectives. C'est malin, Zeb Wells mérite quand même un bont point.



Le plaisir coupable de ce numéro vient aussi des récits annexes, franchement sympathiques. Le duo Daredevil / Green Arrow, signé Kevin Smith et Adam Kubert, est un petit bonheur nostalgique, sincère et généreux, qui donne envie d’un album entier. En plus, c'est assez drôle. Captain America et Wonder Woman fonctionnent étonnamment bien ensemble, même si le récit reste trop court pour exploiter pleinement la noblesse du tandem, magnifié par le dessin élégant de Terry Dodson. Mention spéciale à la parenthèse aussi absurde que charmante qui réunit Jeff le requin et Krypto le super-chien : un moment de pure régression, totalement assumé, qui se passe de dialogues (forcément). Vous allez aussi découvrir Rocket Raccoon doté d'un anneau de Green Lantern, ce qui n'est pas forcément une excellente idée de la part des Gardiens d'Oa. Et on repart aussi vite dans la sinistrose et la testostérone avec la contribution de Frank Miller, qui oppose des versions caricaturales de Batman et d’Old Man Logan, mais qui n'apporte absolument rien aux deux personnages. Respectueuse par principe, mais difficile à défendre sur le plan artistique, cette courte histoire rappelle surtout à quel point certaines légendes n’ont plus besoin de prouver quoi que ce soit, et qu'il serait peut-être de bon ton de les laisser prendre une retraite méritée, histoire de ne pas prendre le risque de les contraindre aux travaux de trop (pour Miller, on y est déjà, clairement). Le numéro se conclut sur une note surprenante et inspirée, avec l’apparition de Logo, fusion de Wolverine et Lobo, clin d’œil évident à l’époque Amalgam Comics. De quoi réveiller chez les lecteurs d’un certain âge une nostalgie très ciblée… et une curiosité sincère pour la suite. Parce que lire du Logo dans un vrai épisode complet, moi je valide ! Au final, ce premier Batman/Deadpool est un objet paradoxal : techniquement solide, historiquement important, mais narrativement en dents de scie. À recommander surtout aux amateurs des deux personnages et aux nostalgiques des grands crossovers intercompagnies. Urban Comics a su se hisser à la hauteur de l'événement, avec un coffret fort soigné, agrémenté de deux superbes posters. L'objet vaut le détour, si vous hésitiez encore. 



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THE ROCKETFELLERS : CHRONIQUE FAMILIALE FUTURISTE AVEC TOMASI ET MANAPUL

Proposer une saga familiale venue du futur, c’est finalement tenter un exercice d'équilibrisme plombé par un cahier des charges imposé :...