THE ROCKETFELLERS : CHRONIQUE FAMILIALE FUTURISTE AVEC TOMASI ET MANAPUL


Proposer une saga familiale venue du futur, c’est finalement tenter un exercice d'équilibrisme plombé par un cahier des charges imposé : il faut à la fois susciter l’émerveillement et préserver une forme d’intimité. Si vous êtes un familier des Quatre Fantastiques, vous devez avoir une idée de ce que je veux dire. Avec The Rocketfellers, Peter J. Tomasi et Francis Manapul relèvent le défi avec un vrai savoir-faire… mais sans toujours parvenir à en exploiter tout le potentiel. Dès le premier épisode, le lecteur est happé sans détour. Pas de longue mise en place : une famille du XXVe siècle surgit dans notre présent, contrainte de fuir son époque pour survivre grâce à un programme de protection temporelle. L’idée est simple, efficace, et immédiatement accrocheuse. Tomasi distille les informations avec justesse, esquisse ses personnages sans les noyer sous les détails, tandis que Manapul leur insuffle une présence presque instinctive, tant son trait capte les émotions avec naturel. Au passage, on en perd un assez vite, avec le sacrifice de la grand-mère pour que le reste de la joyeuse troupe puis prendre la poudre d'escampette dans le passé. Et il faut bien le dire : graphiquement, la série impressionne. Manapul confirme tout le talent déjà hautement apprécié sur The Flash. Son découpage est fluide, son sens du mouvement évident, et sa manière de jouer avec le rythme de lecture (notamment dans les transitions entre les cases) apporte une vraie richesse à l’ensemble. Les scènes d’action sont dynamiques, lisibles, mais ce sont peut-être les instants plus calmes qui marquent le plus, tant ils sont traités avec finesse. Sur le principe, tout fonctionne. Une famille en exil, des poursuivants venus du futur, des mystères en suspens, et une technologie avancée (un chien robot bon à tout faire) qui vient perturber le quotidien le plus banal. Pourtant, une fois l’élan initial passé, la série semble hésiter sur la direction à suivre. Et on finit par (presque) s'ennuyer.



Le récit s’attarde en effet longuement sur des scènes de vie domestique. L’idée n’est pas mauvaise en soi : montrer comment des réfugiés temporels s’adaptent à notre monde pouvait donner lieu à des moments touchants ou décalés. Mais ici, ces passages prennent une place disproportionnée. Choisir un sapin de Noël qui finit par devenir "envahissant", gérer les interactions avec le voisinage ou observer les petites manies de chacun (Rodney, le papy en grande forme pour son âge, que toutes les dames âgées du quartier convoitent), voilà qui finit par ralentir considérablement le récit, sans toujours apporter de réelle profondeur. Pendant ce temps, l’intrigue principale avance à petits pas. Les éléments les plus intrigants (une menace venue du futur, liée à un œil conservé avec soin par le père de famille) ou les secrets encore enfouis restent en retrait, et on se demande si on va finir par avoir toutes les clés avant le fin du tome 1 (spoiler : non, on nous les promet pour le tome 2). Le merveilleux est là, en filigrane, mais il peine à s’imposer. Certains personnages secondaires, comme la chasseuse cybernétique lancée à la poursuite de la famille, laissent entrevoir des développements ambitieux mais noyés dans un océan de possibilités et pas assez explicités. Richi, le fils, vole quant à lui de la cryptomonnaie à deux milliardaires psychopathes, qui envoient ses hommes pour le punir, le tout dans un épisode foutraque mais sympathique. Là encore, on a l'impression que le récit choisit d'avancer masqué, qu'on explore surtout les marges, plutôt que d'aborder le sujet de fond. Soyons positifs, The Rocketfellers demeure une lecture agréable, portée par une équipe créative solide et un univers qui ne manque pas d’idées. Mais là où l’on espérait une grande aventure de science-fiction, riche et dépaysante, on se retrouve souvent face à une chronique familiale légèrement décalée, sympathique mais trop sage. Dans un marché déjà saturé où les nouveautés perdent leur attrait dès la seconde ou troisième semaine de mise en place, il va vraiment falloir croiser les doigts pour cette parution, qui a un vrai capital attachant mais tarde à s'en servir.


Sortie ce vendredi chez Urban (Indies)

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