GOTLIB : OEUVRE COMPLÈTE 1968 (GAI-LURON ET LA RUBRIQUE-À-BRAC)


 Les œuvres complètes de Gotlib arrivent donc au rendez-vous du deuxième volume, qui couvre toute l’année 1968. Les planches ont été nettoyées, certaines pages sont inédites et, fidèle au principe de cette réédition, l’ensemble est publié dans un ordre chronologique rigoureux, de manière à mettre en évidence les ponts qui existent entre les différentes séries de l’artiste. Pour ce tome, elles sont au nombre de deux et se croisent régulièrement : les aventures de Gai-Luron et la Rubrique-à-Brac, lancée quelques semaines avant le début de ce volume. On retrouve ici ce chien aussi placide qu’un éditorial sans opinion, mais à qui il arrive désormais de vivre des aventures structurées par un véritable fil rouge. On pense par exemple à la création d’un robot à son image, censé résoudre bien des problèmes, notamment les tâches fastidieuses. Évidemment, chaque mise en marche tourne court : la créature n’en fait qu’à sa tête, ou ne fonctionne pas du tout comme prévu. À ses côtés, Jujube, le faire-valoir, est désormais devenu un animal esthétiquement irréprochable (une transformation amorcée dans le volume 1967) avant de peu à peu s’effacer pour laisser davantage de place à Belle Lurette, que l’on pourrait présenter comme la fiancée potentielle de Gai-Luron. Ce dernier l’a rencontrée alors qu’il cherchait un modèle pour une campagne de publicité. Belle Lurette, particulièrement autocentrée et exaspérante au plus haut point, se révèle pourtant immédiatement séduite par la beauté (disons… discrète) de celui qui l’a engagée. Les deux personnages se rapprochent progressivement au fil des gags, où le pauvre protagoniste ne parvient jamais à ses fins. Même lorsque, un jour de l’an, il reçoit enfin une invitation à pénétrer dans la chambre de sa promise, c’est pour déplacer un meuble, et non pour ce que le lecteur malicieux aurait pu imaginer. D’ailleurs, lors d’une crise de somnambulisme, Gai-Luron était déjà parvenu à se glisser dans le lit de la belle sans que rien ne se passe. Une constante, en somme. Gai-Luron, c’est aussi un concours organisé auprès des lecteurs pour élire son plus beau costume, mais également une période mystico-identitaire durant laquelle le personnage admet sa nature canine et décide de renouer avec ses instincts animaliers. D’abord pour défendre son habitation contre d’éventuels cambrioleurs, ensuite dans le cadre d’un échange particulièrement savoureux avec Jujube.



Et bien évidemment, parler de Gotlib, c’est évoquer la Rubrique-à-Brac, où les sujets les plus divers sont traités de manière absurde, pour le plus grand plaisir des lecteurs en quête d’érudition décalée. Il s’agit souvent d’un regard porté sur le monde animal, avec la présentation des caractéristiques et modes de vie d’espèces variées (comme le paresseux, le pélican…) commentées par l’inénarrable professeur Burp. Mais Gotlib ne s’arrête pas là. Il propose également des rubriques plus artistiques : comment réaliser un poster de star de cinéma, comment concevoir une bande dessinée, ou encore comment cadrer une scène lorsqu’on est réalisateur. Sans oublier le running gag de la pomme et d'Isaac Newton, une marque de fabrique légendaire. À travers ces pages, on perçoit aussi la manière dont les plus jeunes voient le monde, et combien le passage à l’âge adulte peut s’avérer d’un prosaïsme redoutable. On suit également les exploits (façon de parler) de l’élève Chaprot, cancre absolu, qui, dans ses rêveries les plus folles, imagine une sorte d’entreprise où ses camarades deviennent des cobayes à son service, le tout durant une interminable heure de retenue. Ce sont peut-être ces pages qui se révèlent les plus touchantes : derrière l’humour corrosif, on découvre un auteur sensible, dont les idées semblent inépuisables et teintées de nostalgie. Inépuisables… pas tout à fait. En 1968, Gotlib abandonna brièvement la Rubrique-à-Brac, convaincu qu’il ne pourrait pas tenir le rythme et craignant la panne sèche. Heureusement, il reprit rapidement le travail avec le talent et la réussite que l’on sait. Raison pour laquelle, lorsqu’on referme ce volume de ses œuvres complètes, une seule pensée s’impose : vivement le prochain. Il devrait arriver pour les fêtes de fin d’année. C'est in-con-tour-na-ble.



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GOTLIB : OEUVRE COMPLÈTE 1968 (GAI-LURON ET LA RUBRIQUE-À-BRAC)

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