DAREDEVIL BORN AGAIN : NOTRE AVIS SUR LA SAISON 2


 On va essayer de se parler franchement, et ce sera la meilleure nouvelle de cette critique : cette saison 2 de Daredevil : Born Again ne cherche pas à rassurer le pékin moyen. Elle avance parfois de manière hésitante, souvent avec une brutalité assumée, mais toujours avec une idée claire : transformer l'opposition entre les principaux antagonistes en conflit total. Pas seulement entre deux hommes, mais entre une ville et ce qu’elle accepte de devenir. Et ça devrait vous rappeler quelque chose, sauf si vous habitez sur la Lune. La première saison prenait son temps, quitte à frustrer les impatients. En se concentrant presque exclusivement sur Matt Murdock et Wilson Fisk, elle ressemblait à une longue mise en place, une étude de caractère qui laissait parfois de côté l’essence même du personnage. Cette nouvelle saison ne renie pas cette approche, mais elle change progressivement de braquet. Ce qui était en gestation finit (enfin) par éclater. Six mois ont passé, et tout s’est délité. Fisk est désormais maire, et il exerce un pouvoir qui déborde largement du cadre politique. Son escouade anti-justiciers agit sans retenue, arrête, enferme, intimide, sans la moindre légitimité ou mesure. La série insiste sur la dimension politique de cette dérive, parfois de manière un peu appuyée (coucou, ICE), mais elle installe surtout un climat de tension permanent. New York n’est plus un décor, c’est une ville sous pression. Une cocotte minute qui va inévitablement exploser. En face, Matt Murdock se débrouille avec des moyens dérisoires. Pas de coalition de super-héros, pas de renforts spectaculaires. Juste Karen, quelques alliés, et une lutte menée dans l’ombre. Le choix est clair : rester au plus près des personnages. Cela donne une guerre plus discrète, plus fragile aussi, où on aurait vite fait de se décourager, à la place de la bande à DD. C’est là que la série trouve sa vraie force. Elle ne raconte pas simplement un combat entre un héros et un adversaire, mais un tiraillement moral constant. Matt refuse de tuer, même lorsque tout semble justifier le contraire. Ce refus n’est pas présenté comme une évidence morale, mais comme un fardeau. Karen, en particulier, incarne cette tension : sa colère, son désir de réponses plus radicales donnent au récit une intensité supplémentaire. Elle a croisé la route de Frank Castle, elle s'en est presque inspirée ! 



Et au centre du ring (dans tous les sens du terme, vous verrez), Fisk. Vincent D’Onofrio compose une nouvelle fois un personnage impressionnant de maîtrise. Il ne force jamais le trait. Son Fisk reste persuadé d’agir pour le bien commun, et c’est précisément cette conviction qui le rend si inquiétant. Son pouvoir peut sembler excessif, mais il est porté par une logique interne qui tient, avec son épouse comme centre de gravité émotionnel. Mais bon, comme la réalité semble dépasser la fiction, ces derniers mois… La série élargit aussi son regard. La ville réagit, les habitants prennent position, les médias influencent les perceptions (le podcast de BB Urich est une incarnation moderne et intelligente). L’affrontement dépasse largement le cadre personnel : il devient une lutte pour imposer une vision du monde. Qui mérite d’être soutenu ? Qui doit être arrêté ? Rien n’est tranché de manière simple. Tout n’est pas non plus parfaitement maîtrisé, dans cette seconde saison. Certaines incohérences liées à l’univers Marvel subsistent, notamment dans la gestion des événements passés ou des capacités/pouvoirs des personnages. Certains détours narratifs auraient gagné à être resserrés, on se perd parfois dans des détails qui peuvent faire bailler. Mais ces limites n’effacent pas la cohérence d’ensemble, qui reste assez louable. Car cette suite fonctionne comme une conséquence directe de ce qui a précédé. Ce qui a été amorcé trouve ici son prolongement, souvent de manière violente. Les affrontements sont plus présents, mais surtout plus significatifs. Ils ne sont jamais gratuits, et ça tape sans pitié. Sans oublier une tension sourde et un climat de menace terrifiant, quand les poings se taisent. La scène en voiture, entre Buck (l'homme de confiance de Fisk) et Daniel (le directeur de communication, joué par un excellent Michael Gandolfini) est un pur joyau du genre, digne de Breaking Bad. Malgré une tonalité sombre, la série laisse entrevoir une forme d’espoir. Discrète, fragile, mais réelle. Matt Murdock continue de croire qu’il est possible d’agir sans céder à la facilité/fascination de la violence absolue. Une position difficile à tenir, mais qui donne tout son sens à son combat, comme dans les comics, par ailleurs. Dans un univers cinématographique souvent tenté par la neutralité ou la pusillanimité, Daredevil : Born Again préfère s’engager. Certes, dans la direction convenue et prévisible, pour qui connaît les idées de Marvel, le progressisme des comics et du personnage. Mais ce choix, même imparfait, même maladroit, lui donne une vraie identité, et un parfum de vérité évident.



UniversComics, la communauté sur Facebook :

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vous nous lisez? Nous aussi on va vous lire!

DAREDEVIL BORN AGAIN : NOTRE AVIS SUR LA SAISON 2

 On va essayer de se parler franchement, et ce sera la meilleure nouvelle de cette critique : cette saison 2 de Daredevil : Born Again ne c...