GENERATIONS UNWORTHY THOR & MIGHTY THOR : DEUX THOR SINON RIEN

Pour le moment, on ne peut certes pas dire que le projet Generations nous a régalé de grands moments de lecture. Place cette semaine au combiné nordique, je veux dire la rencontre entre Jane Foster et Odinson. Qui en soi est assez banale, car les deux personnages se connaissent très bien, comme vous le savez. Sauf qu'ici, Jason Aaron nous ramène dans le passé, à une époque où le fils d'Odin n'avait jamais soulevé Mjolnir, n'en étant pas encore digne, mais ne pouvant s'empêcher de tenter l'exploit pour autant. En vain. Plusieurs siècles en arrière, notre héros est encore un jeune aventurier impétueux qui s'ennuie à la cour de son père, et n'attend que le moindre prétexte pour descendre sur Midgard prêter main forte à ceux qui le vénèrent, les vikings. C'est d'autant plus le cas qu'une armée de ces derniers a débarqué en Egypte, pour y rencontrer une opposition de choix : Apocalypse en personne, et le clan Akkaba, qui n'entend pas se laisser marcher sur les pieds par une horde de barbares avinés, fanatiques du pillage et de la conquête (oui, les vikings n'étaient pas des poètes dispensateurs de culture raffinée).
Jane Foster, la nouvelle Thor, débarque au milieu de la bataille, sans crier garde. Comment et pourquoi, circulez, il n'y a rien à savoir. Elle réalise vite qu'elle a affaire à une version bien plus jeune de son ex futur amant, cela doit lui prendre deux ou trois vignettes. Ensuite, ça se limite à une distribution bien sentie de coups de marteau et de combats stériles. Aucune caractérisation historique sérieuse, aucune volonté d'aller creuser dans la psychologie des personnages (deux trois réflexions, sur la mortalité de Jane, ou le manque d'humilité de Thor, mais rien de nouveau sous le soleil, le lecteur de la série régulière de Thor sait déjà tout ceci). Ce numéro Generations est une rencontre (improbable), une de plus. Probablement qu'il y aura un sens à tout cela, au terme de ces duos, mais à ce jour, ce n'est guère passionnant.
Le dessin est l'oeuvre de Mahmud Asrar, donc forcément, c'est plutôt réussi, vous vous en doutez. Ceux qui ont pu lire récemment the Unworthy Thor en VO remarqueront que certaines planches empruntent clairement à la version coipelienne de Thor, notamment sur sa fantastique monture, et son char, quand il part à l'aventure, les cheveux au vent. On trouve aussi l'influence d'Adam Kubert dans son travail, ce qui est tout à fait naturel de la part de celui qui est sorti diplômé de la Kubert's School justement, avec la réputation d'un des tous meilleurs élèves l'ayant fréquenté.
Bon, ce numéro se laisse lire assez rapidement, et il comporte même une idée finale qui risque fort d'être un développement majeur de Marvel Legacy, impliquant Odin, et la force Phoenix. Rien que pour cela, c'est tout sauf un ratage complet, et on pourrait même vous dire que si vous êtes fans du Dieu Tonnerre, ça vaut l'achat. Par contre, ne comptez pas su nous pour affirmer que Generations est un vrai événement Marvel. Pris séparément, les numéros semblent inoffensifs, et calqués sur le même principe stérile. On voudrait comprendre, et vite. 


Edit : Aujourd'hui Mahmud Asrar nous a informé qu'il n'avait pas été élève de la Joe Kubert's School. Et bien voilà donc, nos excuses, pour avoir mal interprété (ou nous souvenir de façon lacunaire) d'une conversation avec le grand Adam Kubert à Naples, l'an passé. 

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MARVEL ZOMBIES SECRET WARS : TROIS MINI SERIES POUR UN DELUXE

On a reproché, à juste titre, aux Secret Wars d'être une sorte de fourre-tout, où se mêlent bonnes idées et séries totalement anecdotiques. Dans cet univers qui récupère des décennies d'histoire Marvel, pour en faire un patchwork inédit et trop hétérogène, les zombies occupent une place de choix. Bien à l'abri d'un mur gigantesque (le Bouclier) qui les protège des morts-vivants infestant les contrées désolées qui se trouvent au-delà, les habitants du Battleword échappent ainsi à un quotidien sauvage et meurtrier. Mais pas Elsa Bloodstone, qui se retrouve téléportée en plein coeur de la zone infestée par la version zombifiée d'Azazel. En tant qu'agent du Shield (bouclier, donc), survivre et se battre est son dada, ce qui tombe bien, car il va falloir du courage et de l'abnégation pour rentrer, et pour sauver un enfant bizarrement abandonné en pleine désolation. Le caractère de l'héroïne, assez trempé et à prendre avec des pincettes, est justifié par des flash-back qui permettent de comprendre ses réactions et son apreté dans la manière d'envisager la survie, notamment les rapports avec son paternel. Cela dit, elle ne décrochera pas la palme d'or de l'orientation, et se tromper de chemin quand on a des hordes de mangeurs de cervelles autour de soi, ça n'aide pas pour rester en vie. Simon Spurrier s'en sort avec les honneurs dans cette première des trois mini séries que contient le Marvel Deluxe évoqué ce jeudi. Elsa Bloodstone n'est pas un personnage qui a fait brèche dans le coeur des lecteurs, et l'utiliser comme protagoniste de la version Marvel Zombies des Guerres Secrètes est culotté. Le lecteur qui souhaiterait retrouver l'aspect frapadingue du titre (surtout les deux trois premières versions) de Kirkman sera placé dans un contexte fort différent, beaucoup plus resserré, et intimiste. Reste que c'est assez sympathique, avec de belles envolés dramatiques pour définir le passé d'Elsa. Kev Walker livre un travail solide et bien en accord avec le ton global, pour ce qui est des dessins. Bien sûr cela est très en marge du discours principal des Secret Wars, mais au moins on a un récit qui se tient et fonctionne.

La suite est moins convaincante. Tout d'abord le Age of Ultron vs Marvel Zombies, qui promettait beaucoup, rien que dans son titre. Et puis nous, on fait confiance à James Robinson, qu'on a tendance à apprécier. Sauf que là, passées les bonnes idées initiales, on débouche sur du n'importe quoi. Au delà du mur, là où sont éjectés celles et ceux qui ont osé commettre un crime de lèse-majesté contre le Dieu et Seigneur Doom, il existe deux factions dangereuses qu'il vaut mieux ne pas rencontrer. Les zombies, vous l'aurez compris, mais aussi les robots Ultron. Au milieu de tout cela, des humains qui survivent, et un Hank Pym qui va devoir trouver le moyen de mettre fin à la menace qui gronde. Sauf que ce Hank là vient d'une autre ère, et que c'est un sacré défi pour lui. Il est clair dès le départ que tout ceci est juste une parenthèse destinée à n'avoir aucune répercussion à l'avenir, et les personnages défilent sans qu'on comprenne bien l'intérêt de ces épisodes, autre que leur aspect mercantile, cela va de soi. Dommage aussi pour Steve Pugh, que j'apprécie beaucoup, mais qui aurait mérité mieux qu'un titre de série Z histoire de faire du remplissage et de gonfler les sorties mensuelles liées à l'événement.
Pour finir le plutôt mauvais Siege de Kieron Gillen (Gillen, bref si ça avait été bon, nous aurions été les premiers surpris). Ici l'histoire repose autour du Bouclier, qui est la grande muraille/protection qui encercle l'essentielle des terres "civilisées" du Battleworld sur lesquelles règne Fatalis. Cette mesure est indispensable, car de l'autre coté de la barrière c'est le chaos et l'horreur au quotidien. On y trouve des zombies, des versions perverties d'Ultron (voire plus haut), et aussi les hordes d'Annihilus. Bref, quand le dictateur latvérien a reformulé le monde, il n' y a pas fait entrer que de gentils personnages, et il doit maintenant vivre à l'abri du dernier rempart entre l'anéantissement et la vie de tous les jours. On retrouve Abigail Brand, autrefois en charge du Sword (une agence qui protège la planète des menaces extra-terrestres depuis l'espace), ici fraîchement nommée à la tête des forces qui ont pour mission d'assurer la protection du Bouclier. Elle est épaulée par une équipe très bizarre et hétéroclite, qui va de Léonard de Vinci à une brigade de clones de Scott Summers. Kieron Gillen a la lourde tâche de dévoiler des pans entiers de l'intrigue gravitant autour de Secret Wars. C'est lui qui nous permet de mieux comprendre la menace venue de l'extérieur, qui donne un peu d'histoire et de généalogie au Battleword, qui met en exergue sa dangerosité et sa cruauté. On se dit que difficilement cette nouvelle réalité pourra perdurer ainsi, quand on voit ce qui vient rôder aux portes de la civilisation. Ce n'est pas sans faire penser par endroits à The Walking Dead, et les clôtures qui séparent les survivants des zombies affamées, mais en pire, en plus technologique et radical. Le trait de Filipe Andrade est très particulier, essentiel, ascétique. Ses figures sont assez cahotiques, tourmentées, et il ne s'embarrasse guère de planches détaillées, préférant miser sur une essentialité évidente. D'autres artistes, comme Jose Ryp, viennent signer de belles splash pages et donner du cachet à un récit qui est ennuyeux et pas très attachant.
Bref, un Marvel Deluxe qui risque de désemparer celles et ceux qui veulent du vrai "zombie made in Marvel", placés devant des récits dispensables et sans aucune conséquences derrière. 




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DARK NIGHTS METAL #1 : LE RETOUR DU DUO SNYDER/CAPULLO

Dark Nights Metal, c'est le retour avec fanfare et trompettes de la doublette Snyder et Capullo. Après avoir imprimé leur marque forte au titre Batman durant les New 52, revoilà les deux compères pour ce qui est annoncé depuis des mois comme un de ces événements incontournables, destiné à bouleverser l'ordre établi dans l'univers Dc. D'ailleurs nous avons déjà eu droit à deux prologues (The Forge et The Casting) et Snyder sort l'artillerie lourde, comme souvent dans son cas, mais là, à la puissance dix. Tout y passe. Des allusions à la continuity la plus reculée, des moments totalement "wtf?" qui flirtent avec le mauvais goût, des apparitions absolument inattendues qui viennent élargir les acteurs sur l'échiquier du Dc-Verse (certes, Watchmen est dans les cartons des mois à venir, mais la dernière page de ce premier numéro présente aussi quelque chose d'imprévu, qui à mon avis aurait tout intérêt à rester préservé de ce type d'orgie mainstream).
Tout y passe donc. Coté récit et pitch, dur de résumer tellement ça part dans tous les sens. La base est fournie par les indices semés ces dernières années, avec le problème et le mystère de métaux comme le dionesium, ou le célèbre Nth qui est le prétexte idéal pour placer Hawkman au coeur des débats. On y trouve une introduction foutraque avec la Justice League, Mongul, et un combat dantesque dans une arène qui tourne au n'importe quoi. On nous annonce une grande conspiration d'ordre cosmique, qui implique des choses remontant à loin, très loin, au Multiverse tel que Morrison l'a récemment encore (re)défini. On nous fait énormément de promesses, déroulant un catalogue de conséquences à venir, justifiées en parties par le fait que Metal s'étalera sur tout un tas de titres mensuels et plusieurs mois, et qu'il va s'y passer moult rebondissements. On regarde amusé (oui c'est souvent drôle et décomplexé) ou interloqué le retour des Challengers of the Unknow, une Justice League en mode "attaque au robot géant" ou l'enquête progresser sur la Blackhawk Island, sans négliger le concept même du Multiverse qui nous est rappelé, via une carte mentionnant les différents univers qui existent (la même que celle de la saga Multiversity, que Urban Comics devrait publier un jour...). Snyder nous la joue "Stranger Things" et nous montre que la réalité des faits pourrait bien être caché au dos de la carte, là où réside le concept de dark universe...
Greg Capullo a connu des heures meilleures. Certes, il permet une interaction évidente avec Snyder, et semble capable de dessiner dans tous les registres, que ce soit celui du grand n'importe quoi déjà décrit, ou des moments intimes plus profonds. Mais le trait est parfois brouillon, grossier (par rapport à ce qu'on a vu faire récemment). Beaucoup disent que Jonathan Glapion convient mieux que Danni Miki, pou encrer son travail, mais honnêtement, cela donne trop souvent un aspect imprécis, mal fini, qui plus est noyé sous une colorisation trop pompière.
En tous les cas Metal commence fort, très fort, et d'emblée il assomme et perd les lecteurs les moins férus, qui auraient suivi avec distraction les récents travaux de Snyder, ou celles et ceux qui ont juste une idée sommaire de l'univers Dc. Pas très "new friendly reader", ce nouvel "event" Dc a l'air surgonflé sous amphétamines. Attention au contrôle anti-dopage, et à la migraine qui guette. Pour les anti-Scott Snyder, vous êtes déjà priés de quitter le navire...



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JESSICA JONES TOME 1 : RETOUR GAGNANT AVEC BENDIS ET GAYDOS

Une décennie s'est écoulée et une série télévisée est passée par là : Brian Bendis reprend donc le personnage de Jessica Jones, et remet le moteur en marche, pour une nouvelle production mensuelle. Le timing est parfait pour cette sortie Vf puisque sur Netflix, la privée désabusée est à l'honneur, au sein des Défenseurs. On ne change pas une équipe qui gagne; le scénariste a donc fait appel à Michael Gaydos pour les dessins, et c'est encore David Mack qui signe les époustouflantes couvertures, qui accompagneront chaque épisode. L'ambiance est extrêmement familière, et dès les toutes premières cases nous comprenons que la fontaine de jouvence fonctionne à merveille. C'est comme si nous avions quitté Jessica hier, et nous la retrouvons tout aussi dans la panade qu'avant, à la recherche d'elle-même, et de solutions pour se sortir de ce bien mauvais pas. Pensez donc, elle est en prison au départ, et bien qu'elle soit rapidement libérée, elle est sans argent et va devoir accepter un cas difficile et étrange pour se relancer, et payer ses dettes. En face d'elle une femme dont le mari s'est un beau jour réveillé à côté d'une épouse qu'il ne reconnaît pas. Selon les dires de cet homme déboussolé, il était autrefois marié avec une jolie blonde répondant au nom de Gwen (Stacy?) avant qu'un beau matin tout devienne différent, sans qu'il comprenne pourquoi. Mais le pire pour Jessica, ce n'est pas cette enquête qui s'amorce, mais le mystère autour de son enfant, qui semble avoir disparu, et dont la conséquence est le délitement de la relation avec Luke Cage, épaulé et soutenu par d'anciens amis et collègues qui  s'empressent de demander des explications. Mais pour ce qui est des premières planches, Bendis ne nous fournit aucune véritable réponse. Et prépare le face à face attendu et redouté entre deux amis/amants/époux qui ne sont plus exactement sur la même longueur d'onde. 


Cet album c'est un peu un condensé de la vie de Jessica. Les ratages et la prison. Les complots et les secrets. Les non dits et les ruptures. Les enquêtes assez absurdes, qui oscillent entre science fiction pure ou un simple cas de mari ayant assassiné son épouse, au choix, comme il vous plaira. Des secrets qui finissent par déteindre sur la vie des proches, des amies, comme Carol Danvers, qui semble particulièrement intéresser une certaine Alison Green, qui fait enlever Jessica, après avoir payé sa caution, pour l'utiliser contre Captain Marvel. Mais qui se joue de qui, là est la question...
En tous les cas cette nouvelle série fonctionne vraiment bien, tout s'agence avec un rythme inné de la science narrative, et c'est du Bendis en grande forme que nous retrouvons, aussi bien dans le storytelling que dans les dialogues naturels. Tant mieux car Civil War II ne nous a pas laissé un souvenir impérissable. Gaydos aussi assure pour ce qui est de la partie graphique, certaines scènes sont des clins d'œil à la vie super héroïque qui anime New-York, et qui peut vous surprendre lorsque vous prenez un café en terrasse, à l'improviste. Les expressions de Jessica, son visage, son physique jeune mais fatigué, tout ceci nous ramène à l'époque bénie de Alias, et des premières enquêtes de cette détective privée pas comme les autres. Bien entendu ça parle beaucoup, ça se lit comme un polar "décompressé", et c'est calibré pour être dégusté sous forme de tpb, donc comme cet album librairie, sorti chez Panini. Nous on aime bien, et on attend la suite. 



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ANIMOSITY : LES ANIMAUX SE REVEILLENT AVEC MARGUERITE BENNETT (SNORGLEUX COMICS)

Nul besoin d'épouser entièrement la cause animale pour comprendre et admettre que le genre humain n'est pas toujours très tendre avec ses amis à cornes, becs ou poils en tout genre. Les animaux ne sont pas des jouets ni une ressource naturelle inépuisable, mais trop souvent nous excusons des comportements et des actes ignobles par notre prétendue supériorité, née d'un pouce opposable et d'un cerveau surdéveloppé par la position debout, et des siècles passés à chercher les moyens de s'auto détruire mutuellement, en faisant sauter la planète. Alors Marguerite Bennett leur donne la parole, tout simplement. Et les dote, en un instant, sans crier garde, de la capacité de comprendre pleinement ce qui leur arrive, et donc de réagir, entre haine féroce, rebellion, ou tendresse. Les animaux s'humanisent, se mettent à parler, deviennent alors nos égaux en terme de communication et de sensibilité, de la vache qui s'apprête à être euthanasiée, aux pandas désespèrés. Nous suivons, lors de ce changement radical et inexpliqué, la vie banale d'un couple, dont la petite fille Jesse possède un gros chien répondant au nom de Sandor. C'est le grand amour entre ces deux-là, et tant mieux, car lorsque les oiseaux passent à l'attaque, et qu'il faut défendre la fillette de la menace d'un grand tigre qui vient de dévorer son geôlier, le toutou fait montre de pas mal de ressources. 
En fait, le monde connaît un tournant radical. Les animaux devenant conscients de leur situation, il faut dorénavant partager la planète, entre des espèces qui n'ont que peu en commun, et se pose le problème épineux de la nourriture. Autrefois celle-ci était en grande partie obtenue en massacrant allégrement, et la viande considérée comme beaucoup comme la pierre angulaire d'un régime alimentaire dépassé. Avec le nouvel ordre qui s'installe, les humains doivent réapprendre la survie, ce qui passe par des actes de violence, des compromissions (ne plus se reproduire pour ne pas rendre la Terre surpeuplée et invivable) et un sentiment d'apocalypse imminent. Du reste au fur et à mesure que le temps passe, l'enfer s'installe...

L'action avance vite, par sauts, par bonds temporels narratifs, et peut-être est-ce là la limite du scénario de Bennett. Par exemple, les réactions du père de Jesse, désireux de protéger sa fille, et finissant par s'en prendre lui-même au fidèle Sandor, sont exagérées, mal explicitées, et on aurait souhaité voir le glissement s'opérer plus lentement, de façon plus crédible et subtil. Par contre ce qui est bien vu, c'est d'évoluer dans des zones de gris en permanence. Il n'y a pas de méchants humains et de gentils animaux qui se font face, mais des traîtres et des nécessiteux dans les deux camps, qui agissent avant tout pour des motifs personnels, et en vue de la survie. Bien entendu, il y a un petit parfum de Walking Dead dans Animosity, ce genre de récit narrant la fin de notre société, son éclatement impromptue, étant une des grandes habitudes de ces dernières années. Mais ici le pitch de départ est si évident et lumineux que l'idée même de feuilleter cet album devrait séduire y compris celles et ceux qui en temps normal sont insensibles à la cause des comic-books. Comme je suis du genre à pinailler et m'interroger, je me demande tout de même comment les animaux peuvent ainsi mettre en échec les humains, juste en prenant conscience de leurs existences? Un tigre ou un loup, voilà des prédateurs dangereux, pour autant, avec quatre pattes et l'incapacité physique de se servir d'armes (et pourtant on voit des animaux se balader avec des grenades ou des fusils), que peuvent-il faire de plus que de mordre ou déchiqueter? 
Rafael De la Torre assure de son coté un travail plaisant, qui donne l'impression de privilégier l'action, le mouvement, avec un trait nerveux, mais élégant. On ne l'envie pas, quand on voit les planches mettant en présence tout un aréopage d'animaux, mais il s'en sort vraiment bien, aussi bien pour ces derniers, que pour les personnages "humains" de son histoire. 
Un fort capital sympathie pour cet Animosity paru chez Snorgleux (qui avait bénéficié d'un splendide preview lors du dernier free comic book day en vf), une histoire fédératrice qui va intéresser pas mal de monde, soyez-en certains, mais qui présente aussi un gros nombre de défauts pratiques et narratifs, dès lors qu'on creuse sous les apparences. 


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SECRET WARS : OLD MAN LOGAN (BRIAN BENDIS/ANDREA SORRENTINO)

Old Man Logan certes, mais ici il est question de l'histoire liée à l'événement Secret Wars. Qui est aussi le prélude à la série régulière qui a suivi, écrite par Jeff Lemire. En tous les cas, du vieux Logan, ça ne se refuse pas, sur le principe. Avec son corollaire indispensable, à savoir une violence crue, un sentiment de fin du monde imminente, de désolation un peu partout. Sur la planète du Battleword, Brian Bendis renoue les fils de l'intrigue là où nous l'avions laissée, plus ou moins, avec Mark Millar. Cette version de Logan là, usé mais toujours tranchant, est d'une classe folle. A la croisée des chemins entre Clint Eastwood et Mad Max, on le voit traîner sa nonchalance meurtrière, qu'il s'agisse d'aller régler leur compte à des truands qui marchandent la vie humaine à coups de partie de poker, ou bien lorsqu'il rencontre une Emma Frost vieillissante et vulnérable, avec laquelle il a un dialogue et une scène qui résument la quintessence du style du scénariste, lorsqu'il est dans ses bons jours. Il ne se passe pourtant pas une multitude de choses dans ces numéros. Nous y trouvons de nombreux clins d'oeil à l'histoire cinquantenaire de Marvel, à la carrière même de Bendis (un des malfrats déguisé en Daredevil, dès le premier épisode, parce que ça fait cool), et nous y découvrons surtout un héros sombre et très bien caractérisé, qui en une vingtaine de pages assume une dimension presque mythologique tant il suinte le charisme et l'assurance. Une tête d'Ultron qui dégringole venue d'on ne sait où, un Logan qui fait le mur (littéralement) et décide d'aller voir de l'autre coté, dans des contrées qui lui sont interdites, et où une version alternative de Thor l'attend... le périple peut commencer.


Disons le clairement, une des raisons de se pencher sur cette parution est que le dessinateur (Andrea Sorrentino) est un artiste talentueux, qui se sublime pour sortir des planches à couper le souffle. On adore le découpage faramineux, la capacité d'isoler des détails pour magnifier la vue d'ensemble, le travail de dingue du coloriste (Marcelo Maiolo) qui a tout compris des intentions de Sorrentino, qui réalise ici son oeuvre la plus aboutie. On avait perçu une évolution décisive et intrigante sur les pages de Green Arrow, mais là, c'est une consécration, une intronisation! Ses détracteurs pointent du doigt l'usage exagéré de photos, qui servent de point de départ à une adaptation dessinée, mais il n'est pas le seul artisan à oeuvrer de la sorte, et ce qui est évident, c'est le produit fini, la manière d'instaurer une ambiance, de créer un univers visuel immédiatement identifiable.
Ce Old Man Logan est donc sympathique à lire. Le héros est l'electron libre, celui qui ne se contente pas de vivre des aventures confinées dans un des territoires du Battleword, mais s'en va se balader là où il ne devrai pas, avec une mission finale à accomplir. Dificile dès lors pour Bendis d'écrire quelque chose de capital, sans à son tour empiéter sur le territoire des autres scénaristes, occupés avec leur propre portion de cet univers à ronger. Ce qui explique que les enjeux restent toujours modestes, de l'ordre de l'intime, de la blessure et de la souffrance personnelle, avec un héros rongé par la culpabilité, plongé dans une solitude inénarrable, qui va traverser ce monde dystopique comme le plus dangereux des outsiders. Vous savez quoi? On l'aime bien ce Vieux Logan, et jusque là l'ancien ne nous manque pas plus que cela. 



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MARVEL UNIVERSE 1 : THANOS (DE JEFF LEMIRE ET MIKE DEODATO)

Thanos est de retour. Tout simplement. Non qu'il soit parti très loin, et que ces temps derniers nous étions restés en manque du Titan Fou. Mais cette nouvelle série, confiée aux bons soins de Jeff Lemire, part du postulat que la nature a horreur du vide, et qu'en l'absence du personnage aux affaires, ce sont ses adjudants qui profitent des restes. Prenez par exemple un certain Corvus Glaive. Un des grands méchants de la saga Infinity, que nous devons à Jonathan Hickman. Autrefois simple laquais de Thanos, il a mis à profit son pouvoir et le trône vacant pour renforcer son influence, et régner sur une portion du cosmos, par la force. Depuis sa base qui est un clin d'oeil à l'Etoile Noire de Star Wars, Corvus rêve de grandeur mais doit accepter l'inévitable : le jour où Thanos revient, dans toute sa fureur tranquille, il ne peut rien faire que de voir ses ambitions se briser en pièces, et observer son propre trépas, la mort pour avoir oser donner corps à ses ambitions, face à un adversaire qui fait trembler l'univers, dès lors qu'on prononce son nom. 
Lemire n'utilise pas que Thanos, dans cette nouvelle série régulière tant attendue. Nous retrouvons aussi un des doyens de l'univers, souvent présenté comme une brute sans cervelle, le Champion (qui portait en son temps une des gemmes du pouvoir, tout de même). Et également Starfox (Eros en vf chez Lug et Semic) qui fut dans les années 80 membre des Avengers, et qui assume pleinement son hédonisme, en s'entourant généralement d'un harem de splendides créatures. Présence cruciale pour finir de Thane, le fils de Thanos, et de la Mort elle -même, qui a une place prépondérante. Après avoir été l'amante/promise assez fuyante et cruelle du père, voilà qu'elle se manifeste au fils, avec des intentions guère louables, ce qui assez logique pour celle qui symbolise la fin de tout et tous. Le "petit jeune" était jusque là loin d'avoir les épaules (et la cruauté) du paternel, qui lui même paraissait boxer dans une catégorie hors de portée du reste du Marvel Universe. Coup de théâtre ici avec une nouvelle génération qui glisse vers la folie (et le pouvoir), et l'ancêtre qui dépérit à vue d'oeil, car malade...


Jeff Lemire récupère donc toute une série de personnages étroitement liés aux vicissitudes de Thanos, voire carrément à l'époque du Gant de l'Infini. Outre les noms déjà cités, nous retrouvons aussi Nebula, et Terrax, ancien héraut de Galactus, qui s'est emparé d'une cargaison bien particulière, et qui risque fort de semer mort et destruction si elle tombe entre de mauvaises mains (et vous pouvez parier...). Thanos lui est envisagé sous un angle inédit. Pas seulement la bête furieuse qui tue tout ce qui se dresse sur son chemin (ici il n'a rien de noble ou de calculateur, c'est un monstre froid et implacable qui va jusquà éventrer Mentor son propre père), mais aussi l'être vivant faillible et miné par la maladie, dont personne ne connaît la cure, et qui se dirige vers une mort peu glorieuse, sans la force nécessaire pour s'opposer à ceux qui lui donnent la chasse, sur le long terme.
C'est Mike Deodato qui s'occupe des dessins sur les six épisodes que compte ce hors-série. Les fans de l'artiste vont en avoir pour leur argent, avec des vignettes très photo réalistes et retouchées, certaines plus réussies que d'autres. Le problème réside dans la mise en page, la superposition de cases et de bandes/constructions géométriques qui perdent parfois le regard mal entraîné, ne sachant si on a affaire à une double page, ou juste à un ensemble mal ficelé. De plus, cet artifice ne sert pas vraiment le récit de Lemire, si ce n'est à faire oublier quelques écarts pompeux, qui trahissent une stagnation, une lenteur de la narration. 
Si l'idée qui traverse ce numéro de Marvel Universe est intéressante, et si l'impression est que Thane (le fils) va enfin gagner une épaisseur inédite et un rôle de premier ordre dans l'univers Marvel, Thanos lui a connu des interprétations plus heureuses et subtiles dans le passé. A moins de six euros pour six épisodes, l'achat est tout de même fort recommandé, mais il est évident que nous attendions beaucoup plus de cette sortie cosmique. 



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ESCAPE TOME 1 : LA GUERRE ANTROPOMORPHE DE REMENDER ET ACUNA

 Avec Escape , Rick Remender ne signe pas simplement un récit de guerre progressiste et bourré de bons sentiments comme bien d'autres. I...