HUCK : LE BON SAMARITAIN DE MARK MILLAR ET RAFAEL ALBUQUERQUE

Mark Millar n'est pas un réel inventeur de concepts, son vrai grand talent est celui de savoir faire la synthèse de ce qui existe déjà, pour en présenter une version moderne et attachante, avec un regard clairement porté sur une possible adaptation au cinéma, ou à la télévision (Netflix venant d'acquérir l'étiquette MillarWorld, attendez-vous à certaines séries inévitables). Ce nouveau personnage en librairie chez Panini, Huck, est ainsi un hommage appuyé à Superman, né (selon les dires de Millar) quand le scénariste a vu, dans le film Man of Steel, le héros tordre le cou à son adversaire, brisant ainsi la règle tacite du justicier qui ne franchit pas certaines limites déontologiques. Du coup, le véritable Superman bon et naïf, c'est du coté de Huck qu'il va se trouver.
Orphelin et adopté par tout un village dont il est devenu le bon samaritain attitré, le jeune homme (34 ans tout de même) travaille dans une station service, et met son physique appréciable au service de toutes tâches qu'on lui confie. Huck est simple, voire même simpliste, de premier abord. A la différence d'un Superman qui combat les aliens et assume la posture d'un demi Dieu, ici le gaillard intervient pour descendre le chat qui s'est égaré trop haut dans un arbre, et accomplit une bonne action chaque jour Mais Huck peut aussi intervenir dans des situations bien plus tragiques, comme le sauvetage d'innocentes en Afrique, prises en otages par les terroristes de Boko Haram. D'ailleurs il s'agit du point de départ d'une nouvelle existence, celle de la révélation au grand jour, par les médias. Rien ne sera plus comme avant pour celui dont les pouvoirs fabuleux s'accordent avec un sens du bien et de la générosité dont certains tentent de tirer profit, et dont l'outing est la conséquence de la langue trop pendue d'une certaine Diane Davis, nouvelle arrivante au village, qui rabat les cartes sans imaginer la suite...

Huck a un talent incroyable, celui de retrouver ce et ceux qui manque, qui ont disparu. Et Millar a le talent de nous faire retrouver les sensations d'antan, celles d'une Amérique désuète, peut-être fantasmée, mais qui est ici mise à l'honneur avec style et mélancolie. Certains ont fait la fine bouche devant cette american way of life dégoulinante de bons sentiments, face à ce Huck toujours souriant, cette masse de muscles positive, qui inspire la confiance jusque dans le moindre trait. En opposition, le méchant de l'histoire, le Professeur Orlov, a droit à une stigmatisation évidente, tout devant être compréhensible et flagrant au premier coup d'oeil. Alors oui, ce n'est pas le comic-book le plus subtil et moderne du genre, mais c'est également pour cela que ça fonctionne, le contraste avec ce qu'on découvre en temps normal, l'hémoglobine et l'ironie omniprésentes. D'ailleurs Huck est une antithèse parfaite au Nemesis de Millar, cette oeuvre paroxystique et probablement surévaluée, où le sang coule sans raison, où le cahos est erigé en forme artistique.
Rafael Albuquerque au dessin est absolument bluffant. Un talent invraisemblable, au service d'une coolitude et d'une simplicité formelle qui flirte avec celle de Tim Sale, baignée d'une lumière claire et pastelle, qui contribue fortement à l'ambiance feel good de ce récit qui irritera forcément ceux qui voudront y trouver un poil de sarcasme. Parfois les fonds de case sont vite expédiées, mais cela reste un défaut mineur, qui n'entache pas réellement la qualité de cette parution. 
Huck se lit assez vite, le sourire aux lèvres. Au coeur de l'été, c'est une bouffée de fraîcheur sans violence ostentatoire, où le colosse de l'histoire cache un coeur en or et un capital sympathie inné. Pour peu qu'on désire s'en tenir à ces qualités, sans trop fouiller derrière le décor, Huck peut faire passer un fort agréable moment. 



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SECRET WARS – LE GANT DE L'INFINI (LA VERSION DE GERRY DUGGAN ET DUSTIN WEAVER)

Infinity Gauntlet. Voilà deux mots qui ne laissent pas insensibles les amateurs d'histoires cosmiques à la sauce Marvel. Durant les récentes Secret Wars, une version inédite de cette saga a été proposée par Gerry Duggan, au risque même de s'égarer fortement du propos initial. Mais l'album a de la qualité et de la ressource, et on vous le conseille aujourd'hui.
Est-il possible d'être emballé par un comic-book et dans le même temps de remarquer qu'on nous a vendu un produit pour un autre? Oui, c'est ce qui se passe à la lecture de ce volume nouvelle mouture de Infinity Gauntlet. Tout le monde (ou presque) se souvient de l'histoire d'origine, avec un Thanos qui accède à un rang semi-divin grâce au gant du pouvoir, orné des six gemmes de l'infini, ce qui lui permet de dominer tous les grands principes de la création. Tout ceci par amour pour la mort, et face à une coalition universelle des héros Marvel. Et bien de Thanos il n'est point question au tout début (même si le vilain est également de la partie), ni même de l'association de ces joyaux. Par contre, ceux qui ont aimé la plus récente saga Annihilation vont être en terrain connu, puisque nous avons affaire à un monde ravagé par les hordes insectoïdes au service d'Annihilus, qui chassent les humains résistants, et ne laissent derrière eux qu'un sillage de mort et destruction. Au centre du récit se trouve Anwen, une jeune fille qui tente de survivre avec le reste de sa famille, moins la mère qui s'est sacrifiée pour repousser l'invasion des insectes, et qui a (en apparence) péri au front dans cette lutte sans merci. Détail d'importance, elle s'est enrôlée au sein du Corps des Nova, ces policiers patrouilleurs de l'espace. Point positif pour l'intrigue, la fillette est bien caractérisée, touchante, et parvient à trouver sa place d'emblée dans ce nouveau monde targué Secret Wars. Autre gros point positif, celui d'avoir l'intention de mettre au coeur du récit un vrai noyau familial, qui apprend peu à peu à se servir de ses pouvoirs, pour sa propre survie.

Car oui, la mère absente est de retour, et le reste de la famille va aussi découvrir les joies des avantages d'appartenir au Nova Corps. Duggan s'amuse avant tout, tout en développant son récit sur une toile de fond sinistre et apocalyptique. Thanos lui, gagne en intérêt au fil des pages. En possession de la gemme du temps qui lui permet de changer la donne au terme de chacune de ses défaites (try again), il décide de partir à la recherche des cinq autres joyaux manquants, tout en tentant une approche différente de l'habituelle "destroy and murder" qui le caractérise. 
Dustin Weaver accomplit quand à lui un travail remarquable au dessin. Son découpage est tout sauf banal, son sens du dynamisme fait mouche à tous les coups, et il dégaine un vrai soin du détail qui ravit le lecteur, séduit par cette application et cette conviction infusées dans ce titre. Gerry Duggan avait une mission presque impossible à réaliser, en faisant revenir sur la scène cette mémorable saga des années 90, et conscient qu'il n'aurait pas été possible de l'égaler, même de loin, il a choisi de raconter quelque chose de complètement différent, voire de déroutant vu le titre (en fait ça ressemble tout autant à Annihilation). En axant l'ensemble sur l'humain, avant même le surhumain. Bref, le contrepied complet de ce que laissait supposer l'annonce de cette série. Un comic-book hautement recommandable, chez Panini Comics, à condition de ne pas vous attendre à la suite des aventures concoctées par Jim Starlin. 


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ALPHA FLIGHT #1 (LA DIVISION ALPHA) EN 1983 - COVER STORY RELOADED

L'histoire de la division Alpha commence par un échec. Dès le premier numéro, on assiste... à la dissolution du groupe de super-héros au service du gouvernement canadien, à qui les politiciens ont décidé de couper les vivres. Le leader de la formation, James McDonald Hudson, essaie de positiver, et de trouver un sens au mois à venir, quitte à devoir se serrer la ceinture, pour régler les dettes et le loyer, en bon époux modèle (Heather, sa femme, jouera un grand rôle par la suite). Tant pis pour les équipes "en devenir" comme Beta Flight, les remplaçants, et les rêves de gloire, justifiés depuis notamment une lutte acharnée face au Wendigo, en présence des X-Men. 
D'aileurs il a été demandé à John Byrne de reproduire le schéma gagnant des mutants. Les membres de Alpha Flight sont assez conflictuels, peu enclins à travailler ensemble, ce sont des losers, à leur façons, avec des bases culturelles ou sociales fort différentes. Snowbird (Harfang en Vf) est une sorte de déesse nordique, Shaman est un indien dont il conserve les traditions, les jumeux Beaubier sont des bourgeois disfonctionnels, tout particulièrement la soeur qui est schizophrène et possède deux personnalités. A coté de cela le chef (Vindicator) est un parangon d'équilibre. Le scientifique Walter Langowski, pour sa part, devient un monstre orange et poilu. Chouette équipe, hein.
Pour ce premier épisode mémorable, l'opposition est assez rapidement présentée et évacuée (mais elle reviendra). Une histoire d'individu anonyme qui invoque des forces primordiales de la nature, qui se réveillent et donnent naissance à une bête géante du nom de Tundra. Pour en venir à bout, la femme de James, Heather, a la bonne idée d'appeler en renfort tous les membres de l'équipe fraîchement dissoute, pour prêter main forte à son mari. Même ceux qui sont jusque là sur la banc de touche, comme le nain Puck, ou l'amphibienne Marrina.
Coté dessin, Byrne fait dans la rapide et l'essentiel. Les fonds de case sont à peine suggérés, les personnages sont cependant crédibles et bien campés, avec une souplesse évidente dans le trait. Mention spéciale aux grandes bêtes que sont Tundra et Sasquatch, que l'artiste parvient à rendre impressionnants et puissants. Même chose pour les deux Jeanne-Marie Beaubier. La grenouille de bénitier, coincée et névrosée, et la très libérée et sans retenue Aurora, qui est son contraire absolue, sont campée avec maestria. 
En raison du succès de la première mission sans l'aide du gouvernement, et en guise de "représailles" Vindicator envisage aussi de changer de nom au team, ce qui est un comble pour un premier numéro! Mais Puck, à peine débarqué, entend bien profiter de sa promotion au sein des Alphans, et défend l'idée de la dénomination originale. Il a bien raison! Sinon, pour lire tout ceci, que faut-il faire? Replonger dans votre collection de Strange des années 80 (au diable le papier toilette poreux sur lequel cette histoire a été imprimée). Ou la déguster en Vo, dans la premier volume de Alpha Flight Classic (devenu assez dur et cher à trouver) ou un gros Omnibus AF disponible chez Marvel Comics, et chez Panini ... Italia. Panini France a pour l'instant toujours repoussé l'idée de la vf, estimant qu'il n'y aurait pas assez de lecteurs pour ce titre. On parie? 


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STARBRAND : LES AVENTURES DE KENNETH CONNELL ET DU NEW UNIVERSE

Régulièrement, on tente chez Marvel de créer un nouvel univers narratif, pour toucher un plus vaste lectorat et rompre la monotonie (et la stagnation des ventes). Dans les années 80, le très jeune Jim Shooter profite de son statut de grand patron pour proposer le New Universe, qui sort des sentiers battus traditionnels, et dont la série fer de lance est Starbrand. Kenneth Connell, le protagoniste de cette saga, est un jeune minet qui fait tomber les filles, mais n'avance pas dans sa vie professionnelle. Il n'est que simple garagiste de fortune, et partage ses jours entre une jolie mère célibataire avec qui il a peur de s'engager, et une brune aussi pétillante que naïve (pour ne pas dire légèrement stupide) qui est clairement sous sa coupe et accepte l'inacceptable pour continuer à le fréquenter. Rien d'un héros, donc, plutôt le profil d'un perdant. Jusqu'au jour où Ken rencontre dans les bois un étrange vieillard qui lui transmet un tatouage étoilé, lui conférant des pouvoirs incommensurables. Il s'avère que le vieil homme est en fait un alien, et que le symbole transmis (le Starbrand) est particulièrement convoité. La nuit suivante, un autre extra-terrestre débarque sur Terre et engage le combat pour s'en emparer, et Ken ne s'en sort qu'en libérant une énergie impensable, semblable à une explosion nucléaire. Ses ennuis ne son pas finis pour autant car le vieillard est de retour (il était supposé mort), et si dans un premier temps il parait inoffensif, c'est pour mieux exiger de reprendre ensuite le Starbrand, en prétextant un conflit cosmique qui menace l'équilibre de l'univers. Encore une fois, Ken terrasse son opposant sans vraiment comprendre l'origine et l'étendue de ses dons, trop occupé qu'il est à jouer sur deux tableaux en même temps, dans sa vie sentimentale, et à épancher ses problèmes avec Myron, un ami psychologue, qu'il a la fâcheuse tendance à considérer à son service. Un pauvre type, notre héros!

Voilà une série originale, trop peut être, qui aurait du connaître meilleur sort que le succès d'estime qui fut le sien, dans les années 80. Jim Shooter avait donné la parole et le beau rôle à un américain (très) moyen, loser, plutôt égocentrique, qui utilise ses proches à des fins personnels et ne semble pas animer par la fibre intérieure du super-héros potentiel. La série évolue ultérieurement après une dizaine de numéros, et c'est John Byrne qui lui donne un second élan en radicalisant le discours : le pouvoir du Starbrand va être à l'origine d'une catastrophe d'ampleur phénoménale : la ville de Pittsburgh est totalement rasée au sol, et la série devient bien plus ambitieuse et complexe. Ce titre évite les canons standards du comic-book Marvel mainstream pour plonger dans les affres et les doutes d'un quidam moyen et pas forcément au dessus de la moyenne (logique...) humainement parlant, et privilégie l'introspection psychologique aux costumes moulants et aux combats testostéronés. Aux dessins, nous avons, pour les débuts, un très inspiré John Romita Jr, qui soigne ses planches et donne une crédibilité évidente aux premiers pas de Kenneth et de son tatouage. D'autres vont ensuite prendre le relais, comme Alex Saviuk, ou un tout jeune Mark Bagley, pour un seul numéro. Byrne, habitué à tout faire par lui même, dessine ensuite le titre jusqu'à la dernière salve, le 19. Il y a quelques années, Warren Ellis a tenté de faire revivre les aventures du Starbrand et de Kenneth Connel, dans une version révisée du New Universe, mais là encore le public n'a pas massivement adhéré, et le projet n'a fait que vivoter, sans décoller véritablement. Aussi étrange que cela puisse être, Starbrand première mouture est inédit en Vf à ce jour. A l'époque, Lug puis Semic ne publiaient pas la totalité des comics Marvel, comme aujourd'hui, et souvent ce genre de publications plus confidentielles passaient à la trappe faute de place dans les revues en kiosque. Si vous lisez la Vo et que vous ne connaissez pas ce dont je viens de vous parler, vous pourriez tenter votre chance, car l'ensemble est assez plaisant.
Quand au Starbrand, Jonathan Hickman a relancé le concept, avec un nouveau jeune porteur inédit, lors de son run sur les Avengers. Là encore du potentiel, mais un succès assez modeste.


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MARVEL GENERATIONS : JEAN GREY & THE PHOENIX

Il est assez rare qu'un personnage iconique des comics américains disparaisse, sans qu'il soit ressuscité rapidement, dans les mois ou les années qui suivent. Pourtant la belle Jean Grey semble morte pour de bon. Mais les scénaristes ont trouvé un moyen de continuer à la mettre en scène, tout en refusant de revenir sur le fait établi de son décès. Le Fauve a ainsi joué avec les couloirs du temps et il a amené à notre époque les premiers X-Men, encore adolescents, dans l'espoir de montrer à Scott Summers qu'il se trompait, sur la manière de gérer les relations entre mutants et humains, par trop radicale.
Les mois ont passé et les jeunots sont toujours là... force est d'admettre que Jean -la jeune Jean- doit en avoir marre de s'entendre répéter à longueur de journée qu'elle est destinée à devenir le Phénix, à détruire la vie de millions d'innocents, à incarner cette force primordiale vouée à la destruction. Elle va enfin pouvoir se rendre compte de ce qu'il en est vraiment, ceci par le biais du subterfuge classique du voyage dans le temps, ou vers une autre dimension, pour laquelle aucune raison valable ou crédible ne nous est donnée, tout comme le numéro consacré à Hulk. Ici la jeune Jean Grey et l'ancienne, possédée par le pouvoir du Phénix, se retrouvent face à face sans que le lecteur puisse avoir les clés en main et comprendre ce qu'il s'est passé. Cullen Bunn, qui n'a jamais été mon scénariste préféré, tente alors une tentative d'introspection, où c'est la cadette qui est mise au centre de la scène. C'est d'ailleurs elle qui semble plus cynique que son aînée. Phénix + Phénix, avec aussi une apparition de Galactus, qui se fait botter les fesses. De jolies scènes dans l'espace vous attendent (sur la plage aussi...), avec un RB Silva, qui à défaut de produire des planches d'une grande originalité, a le mérite d'essayer de soigner l'ensemble, tout en calant son trait sur celui des grands artistes de la Maison des idées, Stuart Immonen et Terry Dodson en tête. Il est aidé en cela par Di Benedetto et Beredo, qui encrent et colorient l'ensemble de manière judicieuse.
Du coup voici un numéro agréable à l'oeil, qui permet de rapprocher la jeune Jean Grey de son héritage maudit, et de faire avancer les choses en terme de compréhension du phénomène. Pour le reste il n'y a absolument rien d'autre à digérer. Générations continue d'être un projet très hermétique et il faut le dire, pour le moment (peut-être changerai-je d'avis) tout aussi stérile. Cela peut-être sympathique à lire en quelques minutes, mais c'est très loin d'être indispensable. Bref, bien malin qui comprendra où veut en venir Marvel, avec ces one shot que nous aurions finalement préféré découvrir dans le cadre d'un free comic book day : au moins ça aurait été gratuit!



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SOUVENIRS : CAPTAIN AMERICA OPERATION REBIRTH

Alors que le monde entier rend hommage à Captain America, Bill Clinton en tête (on le voit conduire le cercueil vers la fosse), le corps de Steve Rogers est dérobé. Comment ça, vous ne comprenez plus rien? Retour en arrière. En 1996, le Super Soldat connait une triste fin (provisoire). Empoisonné par la dégénérescence du sérum qui circule dans son sang, et le dote de pouvoirs hors du commun, Captain America survit tant bien que mal grâce à un exosquelette conçu par Tony Stark. Un palliatif, qui ne dure qu'un temps, la mort étant inévitable. Sauf que notre héros est sauvé par un individu qui lui fait une transfusion de sang complète, et qui possède lui aussi le sérum en question dans ses globules. Le bienfaiteur se nomme ... Crâne Rouge, alors en fait le clone de Rogers, donc possédant ses atouts incroyables. Si l'enemi historique de Cap est si bienveillant, ce n'est pas par pur altruisme, mais bien pour solliciter son aide contre l'émergence du nouveau Reich, guidé par l'esprit d'Adolph Hitler, enfermé dans un Cube Cosmique. Le Crâne a trahi le dictateur nazi, par le passé, et il sait que si cela se produit, la vengeance du sinistre moustachu sera terrible. Aidé par Sharon Carter, ancienne flamme de Captain America, qu'il croyait erronément morte, le vilain va convaincre sa némésis de collaborer, pour sauver le monde, une fois de plus. Un team-up totalement improbable sur le papier, qui prouve que par moments, l'ami de mon ennemi peut devenir supportable, en se se pinçant bien le nez.


Inutile que je vous dresse un topo. Vous feriez confiance au Skull, vous? Steve Rogers va vite se rendre compte qu'il ne vaut mieux pas, car il a toujours des idées sombres derrière la tête. Waid est loin de signer là une histoire inoubliable, mais sur le moment, ce fut un petit shoot d'adrénaline pour les lecteurs de Captain America, qui s'étaient résignés à voir leur héros de papier favori au bord du gouffre, engoncé dans une armure étoilée pour compenser un physique défaillant. On en revient au discours de fond qui sous-tend la série : Steve est-il un junkie? Certes il est courageux, droit, motivé, mais sans cette injection miraculeuse, sa carrière de héros n'aurait pas duré longtemps. Emblématique la scène où il lance son bouclier, après son réveil et la transfusion, lorsque celle-ci n'a pas encore fait effet. L'objet ne lui revient pas dans la main, et il semble totalement inoffensif, quand il n'est pas manié par un type hors du commun. La question est d'importance car dans ce cas le super-héros apparait comme un fake, comme un de ces sportifs couverts de médailles mais qui a subi trop d'entrainements en pharmacie pour qu'on ne lui reproche pas le mensonge éventé. 
Les dessins sont de Ron Garney. Sans être mauvais, loin de là, on regrettera deux choses : l'action et le mouvement sont parfois dépeints de manière un peu grossière, sous haute influence de la décennie (90's), et ça parait too-much sur pas mal de planches. De plus Garney a été encré par plusieurs artistes différents, sur ces quatre épisodes, et le résultat final en pâti car la minutie dans la finition est inégale. Ron Garney est bien meilleur, il est meme sublime par moments, dans la série Daredevil du moment. Ces pages ont été publié en Vf sur les numéros de Avengers 2 à 5, la première revue du nom, à l'arrivée de Panini/Marvel France dans nos contrées, en 1997. Le tpb est disponible sur Amazon pour quelques euros à peine. 



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LES COMICS SUR INTERNET : CRITIQUES, SITES, COMMUNAUTES ET PUBLICITES

Lorsqu'on est rédacteur d'un blog consacré aux comics, ou bien lorsque nous sommes lecteurs de ce type de média, la question de la pertinence de la critique finit toujours par être d'actualité. Les sites que vous parcourez, que vous lisez, sont-ils fiables, intéressants, pertinents, proposent-ils un contenu adapté à ce que vous cherchez et en accord avec la vérité, ou tout du moins une idée assez crédible de la qualité de ce qu'on vous propose? En fait, il est évident que les différentes review qui apparaissent et fleurissent quotidiennement sur le net n'influencent qu'en très petite mesure l'acheteur potentiel. La grande majorité du lectorat ne se renseigne pas sur Internet (ou juste en survolant) et ceux qui le font sont en général peu enclin à modifier un jugement à la lecture d'une critique, bonne ou mauvaise, mais cherchent au contraire à conforter leur propre opinion ou la compléter. Il faut dire que la plupart des grands sites comics nationaux et internationaux fonctionnent aujourd'hui sur un modèle qui leur permet d'obtenir une rémunération parfois même conséquente. En soi ce n'est pas forcément une tare, la passion, le temps et l'énergie, méritent bien d'être récompensés. Le problème c'est lorsqu'arrive le moment de chroniquer un album dont est faite la publicité sur le site, sous forme de fenêtres pop-up ou de bandeaux récurrents. Idem, comment promouvoir correctement une publication, alors qu'un concours est lancé en parallèle avec la maison d'édition, qui met à disposition des exemplaires gratuits? Difficile dans ce cas exprimer ensuite une critique, même fondée et argumentée, sous peine de froisser le généreux donateur. Le problème est réel, nous avons nous-mêmes rencontrés par le passé, en proposant des petites cadeaux à gagner, sans pour autant donner en retour de gages aveugles à ceux qui nous avaient matériellement aidé. Résultat, depuis un an, le silence s'est établi avec une célèbre maison d'édition, que nous ne nommerons pas. C'est ainsi que ça marche, on obtient rien sans rien, et le vecteur critique est souvent amené à devenir un simple message publicitaire ou promotionnel.

Plus encore, il est délicat écrire une chronique mettant en doute le travail d'un artiste, scénariste ou dessinateur, quand celui-ci est un ami ou une connaissance. La tendance est toujours à tenter de noyer le poisson; en tous les cas ne pas être trop sévère. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi la politique suivante :  parler avant tout des sorties qui nous ont plu, il y en a finalement tellement, que cela évite d'aborder de plein fouet celles qui ne méritent même pas qu'on s'y attarde. Bien sûr parfois certains d'albums sont tellement surestimés qu'il est nécessaire de le répéter, afin de mettre en garde le lecteur sur la pauvreté de contenu de ce qu'on lui fait miroiter.



Il serait vraiment intéressant de savoir ce que le lecteur viens chercher sur les sites spécialisés, jour après jour. Ils sont désormais si nombreux, sans compter les pages Facebook, les chaînes Youtube... Je suis parfois effaré par les commentaires que je peux lire sur Internet, pages ou groupes spécialisés, ou la méchanceté, l'agressivité et l'ignorance sont de mise. Là encore, nous avons une grande chance sur UniversComics, celle de rassembler une communauté qui a toujours fonctionné dans le respect des personnes, que nous avons appris à connaître jour après jour, parfois juste sous forme de pseudonymes, et qui sont venus faire vivre notre passion commune avec un amour du média remarquable. Pour cela nous ne vous remercierons jamais assez. Vous êtes formidables et vous le démontrez chaque jour. Oui, ou peut parler comics et exprimer les opinions les plus contradictoires, sans que cela se termine en litige permanent, et qu'on atteigne le fameux point Goodwin en trois commentaires. Pour autant le problème d'internet, c'est finalement peut-être celui de donner l'illusion de créer de la discussion, mais trop souvent plutôt qu'un échange ou une volonté de savoir et découvrir, il s'agit juste d'une tentative d'imposer ses propres opinions, ses propres goûts aux autres, en les estimant totalement supérieurs et donc en justifiant le mépris de la différence. Si vous aviez cette impression en lisant ces lignes ou notre blog, n'hésitez pas à nous le faire remarquer car il s'agit de la direction que nous souhaiterions éviter plus que toute autre. Lisez, partagez, garder un esprit critique, et soutenez autant que vous le pouvez tous ces sites qui sont au service des comics sans pour autant vous demander autre chose en retour qu'un peu de saines réactions. A bientôt à Fréjus (9 et 10 septembre) pour celles et ceux qui souhaiteront passer nous saluer à l'occasion, lors du Mangame Show.


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