LA GRANDE AVENTURE DE LA FAMILLE CRIMINY (AVENTURIERS D'AILLEURS/BAMBOO)


 La famille Criminy commence dans le bonheur et la paix, mais ça ne dure guère longtemps. Bradley et Lisa Criminy vivent paisiblement sur l’île des Jours-Heureux avec leurs enfants Jimmy, Louis et Louise. Un quotidien sans nuages, jusqu’à l’irruption de pirates aussi brutaux qu’indésirables. En quelques pages (voire quelques cases) à peine, la famille est contrainte de fuir et de prendre la mer, transformée en réfugiés malgré elle, avec un objectif clair en tête : trouver de l’aide, rentrer chez elle et reprendre son existence première. Sur le papier, le point de départ pourrait prêter à une lecture sombre. Mais l’album désamorce immédiatement toute lourdeur grâce à un parti pris graphique irrésistible : un style cartoony qui puise dans l’esthétique des dessins animés des années 1930, avec ce parfum de Disney d’avant l’âge d’or, faussement familier et délicieusement rétro. Les personnages semblent sortis d’un vieux cartoon en noir et blanc passé à la couleur, avec des yeux expressifs, des corps élastiques et un sens du mouvement permanent. Certains clins d’œil sont à peine voilés, comme ce canard évoquant très fortement Donald, hommage assumé mais soigneusement maintenu à bonne distance du plagiat. On trouve aussi Popeye, un peu plus loin dans cette aventure picaresque. Derrière cette façade joyeuse, portée par un narrateur malicieusement envahissant, des situations et un vocabulaire fantaisiste, La Famille Criminy déploie pourtant un discours bien plus fin qu’il n’y paraît. Le voyage des Criminy les entraîne à travers trois lieux extravagants, chacun fonctionnant comme une satire à peine déguisée de différents modèles de société. Tout d'abord une sorte de navire-avion, absurde et oppressant, où l’autorité mécanique et les files d’attente sans fin évoquent une structure autoritaire centrée sur elle-même. Puis une île vivante et carnassière, en forme d'huitre géante, où une minorité profite pendant que la majorité s’épuise dans les entrailles du système, image limpide d’une oligarchie qui profite aux nantis. Enfin, le Récif, paradis clinquant d’abondance et d’insouciance, qui ne fonctionne qu’au prix d’un sacrifice rituel soigneusement occulté, et qui rappelle que même les utopies les plus séduisantes reposent parfois sur des compromis moralement douteux.



À chaque étape, les Criminy ne viennent pas à bout de ces (éco)systèmes par la violence, mais en révélant leurs absurdités et leurs failles, en y injectant un minimum de bon sens, d’empathie et d’équité. Le propos reste limpide sans jamais devenir bourrin dans sa résolution : aucun modèle n’est parfait, chacun contient des idées intéressantes, à condition qu’elles servent réellement ceux qui y vivent. Très rythmé, le scénario de Ryan Ferrier (dont j'avais littéralement adoré le D4ve) s’appuie sur une narration omniprésente mais toujours bien dosée, qui confère à l’ensemble des airs de conte moderne. Les dialogues alternent naturellement entre humour et émotion, et l’attachement aux personnages se fait sans effort. Certaines scènes, notamment celles où les parents tentent de protéger leurs enfants en transformant le danger en jeu, trouvent un équilibre juste entre légèreté et gravité, fidèle à l’ambition tout public de l’ouvrage. J'y ai retrouvé une pointe de La vita è bella de Roberto Benigni, notamment dans la toute première partie. Le dessin de Roger Langridge soutient donc pleinement cette approche. Les déplacements incessants des personnages, qu’ils courent, nagent ou volent, insufflent une énergie constante au récit. Le style graphique, très animé, permet d’aborder des situations parfois inquiétantes sans jamais perdre de vue le public visé. Le découpage en chapitres, enfin, s’avère particulièrement judicieux pour les jeunes lecteurs, qui font se concentrer sur l'aventure sans s'extasier sur leur porté politique et sociale. Ici, le « chez-soi » apparaît comme une notion mouvante et imparfaite, que l’on façonne au fil des épreuves, souvent en se trompant, parfois en grandissant. Une bande dessinée tout public qui peut être à la fois ludique, touchante et étonnamment pertinente, voilà qui nous permet aussi de bien commencer l'année (sortie le 7 janvier), avec le label Aventuriers d'Ailleurs, de Bamboo.



Merci d'avoir choisi UniversComics comme un de vos médias de référence pour suivre l'actualité des sorties comics/BD/fumetti. Promis, on essaiera cette année encore de vous offrir un regard exigeant, neutre, curieux. Et dans le courant de l'année, on vous promet une très grosse surprise.

Bonne année 2026 !

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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : LA NUIT RETROUVÉE


 Dans le 214e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente La nuit retrouvée que l’on doit au scénario conjoint de Lola Lafon et Pénélope Bagieu, cette dernière s’occupant aussi de la partie dessin, un ouvrage édité chez Gallimard. Cette semaine aussi, le podcast revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie du Livre 8 de la série Les aigles de Rome que l’on doit à Enrico Marini et aux éditions Dargaud


- La sortie de l’album Le village, adaptation d’un roman de Frédéric Thilliez que co-scénarise Niko Tackian et que met en dessin Kamil Kochanski pour un album sorti aux éditions Delcourt


- La sortie de l’album On les appelle Junior & Sénior que l’on doit au scénario de Robin Recht, au dessin de Jean-Baptiste Hostache pour un titre paru aux éditions du Lombard


- La sortie de l’album L’incroyable histoire de l’automobile que l’on doit à Jean-Louis Loubet, Laurent-Frédéric Bollée et Christophe Merlin, ce dernier signant aussi le dessin d’un ouvrage paru aux Arènes BD


- La sortie de l’album Gotlib, une vie en bandessinées que l’on doit au scénario d’Arnaud Le Gouëfflec, au dessin de Julien Solé pour un ouvrage sorti chez Fluide glacial


- La sortie du premier tome de l’œuvre complète de Gotlib, ouvrage qui retrace l’année 1967 et qui est sorti en co-édition chez Fluide glacial et Dargaud.



 
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LE SECOND OMNIBUS DES AVENGERS DE JONATHAN HICKMAN


 Avec ce second omnibus consacré aux Avengers de Jonathan Hickman, Panini en termine avec ce projet hors normes, pensé dès l’origine comme un tout vertigineux. On y trouve la conclusion croisée de Avengers et New Avengers, jusqu’à l’arc final Time Runs Out, prélude direct à Secret Wars et, surtout, acte de décès en bonne et due forme de l’univers Marvel (qui depuis a repris du poil de la bête). Hickman n’a jamais caché son goût pour les constructions à tiroirs, les sociétés secrètes et les forces cosmiques à la limite du complotisme. Les Illuminati, chez lui, ne sont pas un simple concept narratif : ils deviennent l’axe moral et politique de son travail. Et plus l’histoire avance, plus cette position devient intenable. Dans la dernière ligne droite, les pièces du puzzle se mettent enfin en place. Les menaces entrevues dans les nombreux épisodes précédents prennent une consistance nouvelle. Certains antagonistes, introduits plus tôt et parfois perçus comme abstraits, gagnent en efficacité précisément parce qu’Hickman les montre peu. La Cabale, par exemple, n’a pas besoin d’être omniprésente : il suffit de savoir qu’elle détruit des Terres à la chaîne pour que l’angoisse s’installe. Le Reed Richards Ultimate (le Créateur) n’est jamais loin, lui non plus. L’un des grands plaisirs de ce second omnibus tient à ce déplacement constant du regard. Tandis que les Avengers se déchirent sur la manière de sauver la Terre, d’autres cherchent à comprendre pourquoi tout s’effondre. Hickman oppose ainsi les réactions immédiates aux tentatives de résolution globale. Comme le répète souvent Tony Stark, certains construisent des machines pour s’occuper des « petits problèmes », afin que d’autres puissent affronter l’impensable. Ici, l’impensable a déjà commencé et rien ne pourra l'empêcher. Les révélations s’enchaînent, à commencer par celle des Cartographes, issus des expériences de l’A.I.M., des androïdes créés à partir d’ADN des Avengers et envoyés cartographier le multivers. Une idée typiquement hickmanienne, à la fois froide, conceptuelle et profondément inquiétante. Mais ce n’est qu’un prélude.



L’entrée en scène des Prêtres Noirs marque un véritable tournant. Apprendre que Stephen Strange a pris leur contrôle, assimilé leurs incantations et atteint un niveau de puissance inédit se révèle aussi fascinant que frustrant. Hickman choisit de rester elliptique : on ne voit presque jamais Strange détruire des mondes, mais on sait qu’il le fait. L’ambiguïté demeure sur la nature même des Prêtres Noirs, silhouettes étrangement familières, comme des reflets possibles du Sorcier Suprême à l’échelle du multivers. Et lorsque l’on comprend qu’ils ne sont ni les maîtres d’œuvre ni les véritables responsables du désastre, mais plutôt un symptôme de la décomposition en cours, le récit gagne encore en gravité. C'est la fin, elle est là, il n'y a plus d'issue ! Et parlons bien sûr des Rois d’Ivoire, ou Beyonders. Hickman déploie tout son talent pour les récits à explosion différée. La mission confiée de longue date à Hank Pym trouve enfin sa justification, dans un épisode qui compte parmi les plus réussis de Time Runs Out. Les Beyonders apparaissent alors pour ce qu’ils sont : des entités omnipotentes, détachées de toute morale, capables d’anéantir des univers sans effort, tel un Pogacar dans l'Alpe d'Huez. La démonstration de leur puissance est sèche, brutale, presque humiliante pour les héros Marvel, et fonctionne d’autant mieux qu’elle ne cherche jamais l’esbroufe. Ce second omnibus impressionne aussi par sa cohérence thématique. Depuis le début, Avengers racontait la construction : celle d’une nouvelle équipe, d'une nouvelle idée des Vengeurs. En parallèle, New Avengers développait un récit de délitement, une lente marche vers l’extinction du multivers. Vie et mort, expansion et effondrement, mises en miroir avec une rigueur remarquable. Le choix du saut temporel qui intervient dans cette longue saga s’avère particulièrement judicieux. En projetant le lecteur huit mois plus tard, Hickman évite l’enlisement et redonne une tension immédiate au récit. Les événements sont déjà en marche, le monde est déjà fissuré, et les retours en arrière viennent combler les vides sans jamais casser le rythme. En lecture omnibus, cette structure se révèle d’une redoutable efficacité. Certains héros acceptent que la bataille ne peut plus être gagnée, seulement retardée. D’autres s’y refusent. Captain America ne pardonne pas aux Illuminati leurs mensonges et leur pragmatisme. Iron Man, fidèle à lui-même, croit encore qu’une invention supplémentaire suffira à sauver au moins la Terre-616. Leur affrontement final, plus idéologique que physique, est l’un des moments les plus forts du run d'Hickman, parce qu’il repose moins sur la violence que sur l’échec du dialogue. Au fond, ce second omnibus confirme ce qui fait la singularité du travail de Hickman sur les Avengers. Il ne s’agit pas d’un récit dominé par les combats, mais d’une fresque intellectuelle, où les grandes batailles tiennent parfois en une seule case, tandis que l’essentiel se joue dans les choix, les compromis et les renoncements. Il construit un mythe moderne, froid, implacable, et va jusqu’au bout de sa logique. L’univers Marvel s’effondre, le lecteur est invité aux funérailles. Hickman parvient à nous faire croire que tout est réellement terminé, alors que nous savons tous comment fonctionnent les comics. C'est de la prestidigitation de haut vol ! Panini n'a pas le choix, on veut maintenant des omnibus Secret Wars, au boulot !



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BONNES FÊTES AVEC UNIVERSCOMICS

 Un petit article qui n'en est pas un, pour vous souhaiter de très bonnes fêtes de Noël.

Un peu de paresse ? Des vacances, surtout ! UniversComics reviendra aux affaires à partir du 29 décembre, pour une fin d'année et un début 2026 truffés de lectures passionnantes (pas toutes, mais assez souvent).

Si vous êtes vraiment en manque, la page est active 24H/24 et 7/7jours, avec le meilleur des comics, les news, les variant covers, et la possibilité de se faire un tas d'amis, voire même des haters (c'est plus rare, on modère).

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Bonnes fêtes ! 



DAREDEVIL (ELEKTRA EN SUPPLÉANTE ) L'ENFER SUR TERRE


 Daredevil – L’Enfer sur Terre s’ouvre sur un décor assez attendu : Hell’s Kitchen, la cuisine de l'enfer plus toxique que jamais. Un petit laboratoire clandestin y fabrique des drogues de synthèse destinées au marché noir, pendant que Matt Murdock, l’avocat aveugle est hors jeu, et son alter ego aussi. Quelqu’un doit donc endosser le costume rouge, cornes comprises (dit comme cela, ce n'est pas si formidable). Ce sera Elektra Natchios, désormais Daredevil par nécessité autant que par choix. Quitte à trouver un nouveau DD, autant que ça reste dans le cercle des initiés. Erica Schultz retrouve un personnage qu’elle connaît parfaitement. Ancienne tueuse, Elektra a promis à Matt de ne plus utiliser la solution ultime pour résoudre ses différents problèmes. Elle respecte à la lettre cet engagement, tout en en contournant l’esprit avec une efficacité redoutable. Elle sait comment faire souffrir, comment frapper juste, comment briser sans forcément achever. Cette tension morale irrigue tout le début de l'album et donne à l’action son caractère expéditif. Cette DD est bien plus violente que son prédécesseur, mieux vaut ne pas lui chercher des noises. Le récit adopte en partie le point de vue d’Elektra, dans une narration à la première personne très ancrée, presque terre-à-terre. Le ton reste pragmatique, parfois sec, mais traversé par un humour discret qui surgit au détour d’une pensée ou d’un coup bien placé. Schultz progresse de manière précise et expéditive, les pages défilent rapidement. Jusqu'à ce qu'on croise  Morgan, une artiste humiliée par son professeur des beaux arts, dont la fragilité devient la porte d’entrée idéale pour Muse. Cette figure démoniaque, à la fois muse créatrice et prédateur, apporte une dimension infernale littérale au récit. La frontière entre la Terre et l’Enfer se fissure, au sens propre comme au figuré, et l’horreur s’invite progressivement dans un décor urbain déjà suffocant. Car oui, Muse (présenté lors du run de Charles Soule que Panini ressortira en omnibus au printemps 2026) n'est plus de ce monde (Blindspot est passé par là) mais il a été une des stars du retour de Daredevil sur Disney+. Et ça méritait bien une résurrection éditoriale !



Visuellement, Valentina Pinti et Jose Luis Soares (qui a sauvé la fin du run pitoyable de Saladin Ahmed) livrent un travail remarquablement chorégraphié. L’action circule avec fluidité, les corps s’entrechoquent avec élégance, et la détermination d’Elektra transparaît même sous le masque. Les compositions guident l’œil avec intelligence et donnent au récit un vrai sens du mouvement. C'est un peu crade, aussi, mais nous sommes dans Hell's Kitchen, baby, et c'est une parution qui a eu droit au label "Red Band", autrement dit pas destinée aux âmes sensibles ou au très jeune lectorat. D'ailleurs, la confrontation entre Elektra et Muse est d’une brutalité rare. Ici, pas de faux-semblants. Elektra n’a ni force surhumaine ni invulnérabilité. Face à un adversaire dopé au démon, l’écart de puissance est évident, et le combat se termine comme il le devrait. Les coups font mal, les erreurs se paient cher, et la défaite a un poids réel. Cette honnêteté dans la mise en scène du rapport de force donne au récit une crédibilité bienvenue. On a mal pour elle, sortez l'antiseptique, le fil à coudre et les bandages. L’Enfer sur Terre se présente clairement comme une série sombre, énergique et viscérale, où l’héroïsme se mesure moins aux victoires qu’à la capacité d’encaisser… et de se relever. Rien de bien nouveau sous le soleil, mais très alléchant pour le lecteur qui aime voir ses justiciers favoris se faire démonter et briser le temps d'un récit. Pour ma part, j'aurais un souhait particulier, adressé à tous les scénaristes : pourrait-on arrêter quelques années avec ces histoires de retour de l'Enfer, ou possessions infernales, un des gimmicks les plus faciles et éculés des comic books américains ? Merci pour nous. 


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ULTIMATE X-MEN DE PEACH MOMOKO EN MARVEL DELUXE


 Avec Ultimate X-Men, Peach Momoko signe sans doute la série la plus clivante du nouvel univers Ultimate (qui en réalité vit ses dernières heures de l'autre côté de l'Atlantique, avec le décalage ce sera en été 2026 chez nous). C'est aussi l’une des plus singulières. Ici, pas de relecture nostalgique ni de clin d’œil appuyé aux grandes sagas du passé. Momoko prend tout le monde à revers et impose d’emblée son propre territoire. Ce pour quoi (en apparence) elle a été (bien) payée par Marvel, il faut l'admettre. La série s’ouvre sur des thèmes lourds. Dépression. Suicide. Culpabilité. Dès le premier épisode, Hisako Ichiki assiste à sa cérémonie de fin de collège. Un moment banal, presque lumineux. Puis tout bascule. Un message mystérieux. Un rendez-vous au sommet d’une colline. Et l’irruption d’une créature sombre qui la harcèle et l’accuse d’être responsable de la mort d’un camarade. L’ambiance est posée : Intime, inquiétante, on est loin des vilains qui veulent détruire le monde ou des sagas cosmiques avec les Broods. Hisako découvre ses pouvoirs presque par accident, au moment d’échapper de justesse à une voiture. Elle n’est pas seule. Numéro après numéro, Momoko introduit d’autres personnages : Nico Minoru, élève gothique aussi mutique qu’énigmatique, Mei Igarashi, qui développe des pouvoirs climatiques après une expérience étrange et choisit le nom de Maystorm en hommage à Storm… Chaque personnage arrive doucement, avec son passé, ses failles et ses peurs. L’ensemble respire la sincérité. Les dialogues sont naturels. Les échanges fonctionnent. Le groupe se construit sans forcer. Oui, mais est-ce suffisant pour convaincre une génération biberonnée aux X-Men de Jim Lee et aux gros calibres de Cable et X-Force, rien n'est moins sûr.



Visuellement, la série est une claque, à condition qu'on soir friand d'un style qui n'a rien à voir, ni de près ni de loin, avec un comic book américain. Peach Momoko livre des pages entièrement peintes à l’aquarelle, d’une beauté presque naïve. Chaque planche est travaillée dans le détail. Son style tranche radicalement avec l'univers traditionnel des X-Men. Elle excelle à mêler la douceur des visages à des visions horrifiques. Fantômes, corps déformés, cauchemars éveillés, certaines séquences évoquent clairement Junji Ito, et on se pince parfois : est-on vraiment dans l'univers Ultimate, comment relier tout cela au Spider-Man de Hickman et Checchetto ? En fait, dans ce nouvel univers Ultimate, les X-Men n’ont jamais existé tels qu’on les connaît. Les actions perverses du Créateur ont empêché leur formation. Résultat : Momoko dispose d’une page blanche totale. Elle s’en sert pour raconter une histoire très personnelle, ancrée au Japon, nourrie de légendes urbaines et de codes du manga scolaire. Parfois l'horreur surgit, sans prévenir. Et Momoko fait finalement ce qu'on attend d'elle et pourquoi on la paie, à savoir proposer une version aseptisée et codifiée d'un manga pour les occidentaux, ou pour être exact la mouture du manga filtré à travers les attentes et le pouvoir économique d'américains qui choisiront toujours le chemin le plus simple. Le pire c'est que le récit est solide. Les thèmes sont forts. L’émotion est là. Mais il y a un quelque chose de factice, de préfabriqué, qui n'échappe pas à l'observateur des tendances actuelles. Ultimate X-Men parle de deuil. D’amitié. De peur. Et de reconstruction. C’est une œuvre à part, qui ne cherche jamais à plaire à tout le monde et qui assume pleinement ses choix. C'est aussi un service commandé qui poursuit le travail de sape de l'hybridation des genres, mais sans tenter de faire fusionner la partie la plus audacieuse et fascinante de chacun. Non, c'est du mangacomics rassurant sur la forme, et qui finalement ronronne un peu sur la distance, comme on le constate avec le format Marvel Deluxe.  


Au sujet de Peach Momoko, lisez cet article

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WONDER MAN : MY FAIR SUPER HERO (AVEC PETER DAVID)


 Il faut être honnête : sans la puissance de frappe de Disney+ et de ses séries télévisées, nous n’aurions sans doute jamais découvert en langue française cette histoire consacrée à Wonder Man. D’autant que le personnage ne rencontre guère de succès chez nous et qu’il est loin d’être une star des comics, y compris aux États-Unis. Simon Williams incarne en effet ce type de héros de « second plan » qui change régulièrement d’équipe au gré des événements, meurt, puis ressuscite, comme c’est le cas ici. L’histoire est néanmoins écrite par le regretté Peter David, qui n’a pas son pareil pour proposer un récit léger, émaillé de nombreux moments drôles, tout en conservant une dose suffisante de pathos et d’éléments scénaristiques intéressants afin de faire légèrement évoluer le héros qu’il met en scène. Wonder Man y est présenté comme un homme de cinéma, ce qui est d’ailleurs souvent le cas : il travaille à Hollywood, ou, en tout cas, aimerait continuer à y travailler. Pour cela, il lui faut des agents efficaces, capables de lui trouver des rôles ou de relancer sa carrière. La discussion va alors tourner autour d’un pari : Simon Williams serait-il capable de réhabiliter la criminelle connue sous le nom de Lady Killer, laquelle se manifeste d’emblée par une violence féroce, au point d’évoquer presque une version féminine de Wolverine mentalement manipulée ? Williams est de ceux qui pensent qu’il y a toujours du bon au fond des gens, prêt à émerger. Le pari consiste donc à amener Lady Killer à s’adoucir, voire à devenir une justicière plutôt qu’une grande méchante.



Spoiler : même si les débuts sont particulièrement difficiles, cela semble fonctionner avec le temps. Un véritable dialogue s’installe entre les deux, avec, en troisième et quatrième larron, Carol Danvers, et Hank McCoy qui viennent jouer les guest stars (très sympathique, le gimmick de la partie d'échecs). Oui, cela paraît possible. Oui, il est envisageable que cette assassine, au passé particulièrement éprouvant et déchirant (un passé qui nous est raconté dès le second épisode), devienne quelqu’un de bien, au service de la justice. Ou alors non, ce n’est pas possible, et, dans un final dramatique, le lecteur comprendra pourquoi. Je vous laisse en tout cas tenter la lecture si vous souhaitez savoir laquelle de ces hypothèses est développée, même si vous devinerez probablement laquelle des deux est la plus intéressante. Je précise au passage que le dessin signé Andrew Currie est très loin d’être conventionnel. Nous avons affaire à un artiste au style très singulier, dont les héros sont tous déformés, caricaturés, comme gonflés à l’hélium, avec des proportions de nature à faire sursauter les amateurs de réalisme. Il en résulte toutefois beaucoup de dynamisme et de peps dans ces pages. Reste enfin la question essentielle : combien d’exemplaires Panini va-t-il pouvoir vendre de cet album, sachant que la sortie demeure pour le moment confidentielle et que l’éditeur distribue peu, voire pas du tout, d’exemplaires en service de presse à ceux "qui savent" ? Cela explique pourquoi vous ne trouverez pas énormément de critiques dithyrambiques, comme c’est souvent le cas lorsque cette pratique est répandue. Bref, bonne chance, Simon Williams. Nous on t'aime, mais on connaît aussi tes limites. 


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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : KENNEDY(S)


 Dans le 213e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente Kennedy[S], album que l’on doit au scénario de Philippe Pelaez et au dessin de Bernard Khattou, un ouvrage édité chez Glénat. Cette semaine aussi, le podcast revient sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de Weekly dans la série Blacksad stories, un titre que l’on doit au scénario de Juan Diaz Canales, au dessin de Giovanni Rigano et le tout est publié chez Dargaud


- La sortie de l’album Le mètre des Caraïbes que ‘son doit au scénario de Wilfrid Lupano, au dessin de Léonard Chemineau et c’est édité chez Dargaud


- La sortie de Signé Coco, compilation de dessin de presse de l’autrice Coco que publient Les arènes BD


- La sortie de l’album Macbeth, adaptation de la pièce de théâtre de Shakespeare que signe les frères Paul et Gaëtan Brizzi pour un album sorti chez Daniel Maghen


- La sortie de l’album Le démon des grands lacs où Alain Ayroles au scénario et Richard Guérineau au dessin concluent le premier cycle de la série L’ombre des lumières, une troisième partie qui, comme les deux autres, est publiée chez Delcourt


- La réédition des tomes 3 et 4 du Château des étoiles dans un album au grand format, une histoire signée Alex Alice pour une série publié chez Rue de Sèvres.



 
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NEW JUSTICE : LA JUSTICE LEAGUE DE SNYDER EN DC PAPERBACK (URBAN COMICS)


 Il faut remonter à 2018 pour assister aux débuts de la Justice League de Scott Snyder. Et si vous connaissez les œuvres du scénariste, vous savez d’emblée que la lecture ne sera pas de tout repos. Avec lui, les concepts les plus nébuleux prennent corps, l’intrigue se déploie en une mécanique à tiroirs, et le lecteur éprouve parfois cette sensation désagréable qu’une fois toutes les portes ouvertes, une part essentielle du propos lui a peut-être échappé en chemin. Ici, l’histoire s’appuie sur les événements qui clôturent l’ensemble de la saga que l’on appelle Metal. Le Mur Source n’existe plus : autrement dit, l’univers a perdu ses limites. L’insondable a pris forme, et une énergie absolue, contenant à la fois toute la puissance de la création et celle de la destruction (la Totalité) est désormais en mouvement. Sa trajectoire la mène vers la Terre, où elle finit inévitablement par s’échouer. Un tel pouvoir, capable aussi bien de réparer le cosmos que de l’anéantir définitivement, ne peut qu’attiser les convoitises. Super-héros et super-vilains entrent alors dans la danse. Les premiers, animés par l’ambition de faire le bien ; les seconds, menés par un Lex Luthor à la tête de sa Légion du Mal, y voient l’occasion rêvée d’asseoir leur nihilisme ou leur volonté de domination. Luthor parvient même à pénétrer la singularité cosmique en se réduisant à l’échelle microscopique, jusque dans l’organisme de Superman. Ce dernier, accompagné du Limier Martien, demeure l’un des rares à pouvoir affronter la force cosmique en personne. Pendant ce temps, Sinestro, le perfide Sinestro, a réussi à accéder aux forces du spectre ultraviolet et entend laisser la haine submerger notre planète. L’ensemble est d’une complexité vertigineuse : les enjeux puisent leurs racines aussi bien dans l’histoire de l’humanité que dans la tapisserie même de la création. Bref, nous sommes face à du Snyder pur jus. Heureusement, des dessinateurs comme Jim Cheung ou Jorge Jiménez livrent un travail quasi irréprochable, offrant une puissance visuelle et une lisibilité parfois salutaires. De quoi, à l’occasion, suppléer un scénariste dont les idées, aussi foisonnantes soient-elles, gagneraient sans doute à s’exprimer avec un peu plus de simplicité et de clarté.



La suite, c'est le crossover Drowned Earth. Très régulièrement, les comics nous confrontent à de véritables cataclysmes planétaires menaçant l’existence même de la Terre. Là où, dans la réalité, nous frémissons au passage d’une tempête, l’imaginaire super-héroïque n’hésite pas à noyer purement et simplement le globe entier. C’est précisément le point de départ de cette histoire qui implique la Justice League et Aquaman, et, dans une moindre mesure, les Titans. Beaucoup de choses ont changé depuis la mort de Poséidon, et les super-héros doivent désormais faire face à une menace aussi inattendue que redoutable. Des créatures cosmiques, sortes de dieux des océans venus d’autres univers, avaient été emprisonnées pendant des millénaires après leur défaite face au seigneur des mers. Libérées à présent, elles n’aspirent qu’à une chose : se venger. Et, bien entendu, elles n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Pour ne rien arranger, l’eau qui submerge progressivement la planète est de nature mystique. Tous les malheureux qui entrent en contact avec cet élément sont immédiatement transformés en monstres aquatiques. Même le commissaire Gordon, à Gotham, n’y échappe pas : la ville a littéralement les pieds dans l’eau, quand ce n’est pas la tête. Metropolis subit le même sort, et, à vrai dire, c’est un peu le cas partout sur le globe. Et les super-héros, dans tout ça ? Au début, ils encaissent. Et durement. Même Superman se révèle impuissant face à l’ennemi, tandis qu’Aquaman traverse une véritable déchéance, subissant une humiliation sans précédent. Clairement, c’est du lourd, du très lourd. Un blockbuster de haut vol qui vous tombe dessus comme une vague géante — et le plus surprenant, c’est que cela fonctionne remarquablement bien. On retrouve un arrière goût du run de Byrne (puis Harrs) et Jae Lee sur Namor, dans les années 1990. Au menu, du Howard Porter, du Francis Manapul, et bien d'autres encore. Ne cherchez pas la petite bête, New Justice, c'est du blockbuster sur très grand écran.



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ULTIMATE INVASION EN MARVEL DELUXE CHEZ PANINI


 Rien ne meurt et ne disparaît vraiment dans les comics books américains. L'histoire n'est qu'un éternel recommencement, y compris pour l'univers Ultimate, qui lors de son apparition au début des années 2000, avait été une bouffée d'air frais salutaire, permettant de réinventer l'ensemble des personnages et des grands récits fondateurs du microcosme Marvel. Mais lorsque vous repartez de zéro et que vous offrez ainsi une multitude de portes d'entrée parfaites pour les nouveaux lecteurs, il faut s'attendre qu'au fil des ans la situation se complexifie une nouvelle fois. L'univers Ultimate a donc fini par mourir, à l'occasion de la grande saga Secret Wars, orchestrée par Jonathan Hickman, le même scénariste qui est aujourd'hui un des principaux démiurges de la Maison des Idées et qui a relancé l'univers Ultimate, à l'occasion de L'Ultime Invasion. Il reste deux personnages issus de ce que l'on appelle désormais la Terre-1610, à savoir Miles Morales, un Spider-Man moderne et apprécié du jeune lectorat, mais aussi le Créateur, la version maléfique de Reed Richards (Mister Fantastic), aussi doué pour faire le mal que la version classique pour inventer des outils formidables. C'est lui qui, malgré le fait qu'il est emprisonné, est à la base du renouveau de ce monde hâtivement jeté à la poubelle. Il trame dans l'ombre depuis des mois et abat enfin ses cartes. Les principaux héros de la planète ne peuvent rien faire si ce n'est constater qu'il les nargue, qu'il ne cache pas même son grand come-back; au contraire, il les incite à se rebeller, tout en sachant qu'il sera impossible de le contrer. Le Créateur ne peut être arrêté et il possède trois coups d'avance sur tout le monde. Et pour ce qui est de sa Terre parfaite, de son monde à façonner, ça commence par empêcher certains héros de devenir tels, par de subtiles interventions qui vont modifier l'histoire, selon son bon vouloir.




Nous sommes bien évidemment dans l'univers de Jonathan Hickman, ce qui signifie qu'il y a certains codes à respecter, à commencer par l'insertion de pages présentant ce que l'on nomme désormais une infographie, qui viennent compléter la compréhension de la lecture (pour une fois, ça n'est pas non plus trop encombrant). Cela veut dire aussi que l'histoire est très décompressée. Il est beaucoup plus intéressant de lire cette Ultime Invasion en une seule fois, dans le Marvel Deluxe que vous propose Panini, que de la suivre chaque mois en version originale, au risque d'oublier une partie de ce qui a été découvert trente jours auparavant. Chez Hickman, il convient toujours d'aller revérifier, reprendre sa lecture, pour comprendre à quel point celui qui a commencé sa carrière en tant qu'architecte aime construire dans la durée et édifier patiemment tout un univers auto-référencié. Bien entendu, il faut également apprécier les comic books avec des personnages qui aiment s'entendre parler : ça soliloque beaucoup, ça ouvre souvent la bouche pour ne pas dire grand-chose, si ce n'est le plaisir infini d'entendre sa propre voix qui résonne. C'est aussi un album qui réjouira les amateurs de massacres organisés; tout le monde est ligué contre le Créateur, non seulement les héros traditionnels, mais aussi (et vous le découvrirez dès le second épisode) ceux d'autres univers, les clones de clones qui s'assemblent pour tenter d'empêcher l'inévitable. L'inévitable, donc : c'est le plan de ce Reed Richards "mauvais", qui va pousser le cynisme à se placer lui-même en situation d'incarner le rôle d'un de ses pires ennemis et qui va compter sur les services du père de Tony Stark pour mettre au point l'arme lui permettant d'accéder à son Graal personnel. Le fait est que vous résumer l'histoire sans entrer dans les détails, tout en vous donnant des informations pertinentes, est extrêmement compliqué. Encore une fois, vous allez devoir vous creuser la cervelle pour bien saisir où veut en venir Hickman, qui est véritablement en train de tout réorganiser là autour d'un nouveau projet, dont l'évolution fonctionnera comme une horlogerie de précision diabolique, mois après mois, en temps réel. Sachez qu'aux States, la conclusion est imminente, avec la mini série Ultimate Endgame. Il est ici épaulé par Bryan Hitch au dessin, qui est toujours égal à lui-même, aussi bien pour les qualités que les défauts. Oui, il donne énormément d'énergie à ses planches et il est capable de présenter des scènes où tout un tas de personnes se tapent dessus, tout en les rendant séduisantes et lisibles. Mais certains cadrages (en contre-plongée), certains visages, laissent toujours des doutes (Black Panther, par exemple). Reste une certitude : lorsqu'on a terminé cet album, celle que nous tenons probablement là un des projets phares de Marvel ces dernières années.



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BATMAN GHOSTS OF GOTHAM TOME 2 : ELIXIR


 C’est finalement assez logique, puisqu’il s’agit tout de même de Detective Comics, que ce deuxième tome du Batman de Tom Taylor s’ouvre sur un épisode indépendant et une enquête : le premier annual de la série depuis l’apparition du nouveau cours DC Comics. On y aborde le meurtre d’un scientifique assassiné dans sa maison-bunker, un véritable cocon entièrement informatisé et robotisé, sans qu’aucune intrusion — ni sortie — n’ait été détectée. Batman se retrouve donc à jouer au détective (je vous l'avais dit) avec, sur les bras, un cadavre « à un milliard de dollars » et une série de révélations qui vont l’amener à affronter… une cuisine et ses couteaux animés, ainsi que des calculs vertigineux laissant entrevoir l’existence d’un monde nouveau. Comme si cela ne suffisait pas, quelques pages montrent aussi le Chevalier Noir qui vient en aide à un gamin dont l’établissement scolaire pourrait bien avoir servi, autrefois, de repaire à l’Épouvantail. Tout cela tient lieu d’apéritif, car ce qui intéresse vraiment le lecteur, c’est évidemment le plat de résistance : la poursuite de l’intrigue amorcée dans le premier tome, celle qui concerne Élixir, un groupe insaisissable qui semble tirer les ficelles dans l’ombre et détenir un pouvoir considérable à Gotham. Le tout possède un petit parfum de Cour des Hiboux : ce n’est pas la première fois qu’on nous présente une menace ancienne, opérant depuis des lustres sans que personne n’ait jamais pu en identifier les membres. L’association cherche en réalité à vaincre la mort, ou, du moins, à la repousser le plus possible. Elle offre une jeunesse perpétuellement renouvelée à ceux qui collaborent. On y croise politiciens et hommes d’affaires, qui, en échange de leurs basses œuvres, se voient gratifiés de quelques années supplémentaires au compteur.



Lorsqu’on tente de remonter aux origines d’Élixir, les informations se font rares. Pourtant, Harvey Bullock, flic incorruptible aligné aux côtés du commissaire Gordon, se souvient d’avoir croisé, au début de sa carrière, quelques membres peu recommandables du groupe. L’affaire s’était d’ailleurs très mal terminée à l’époque, et il avait fallu l’intervention providentielle d’un collègue ripou pour lui sauver la mise. Aujourd’hui, les rôles s’inversent : Harvey aide Batman à remonter la piste… avant de se retrouver kidnappé puis secouru par le Chevalier Noir. Au passage, même le Pingouin se retrouve embarqué malgré lui dans cette sombre affaire. Batman doit donc sauver les meubles dans un récit où se multiplient quiproquos, scènes d’action et révélations, jusqu’à l’identité du véritable maître du jeu. Le final, hélas, se révèle un peu petit bras, presque pathétique, et sans doute pas tout à fait à la hauteur de ce que l’on pouvait espérer. Le volume se conclut sur Detective Comics #1100, un pot-pourri hommage au Chevalier Noir plutôt réussi. On y trouve notamment un épisode muet touchant, où Batman et son chien viennent en aide à un jeune garçon privé de parole dont l’animal a été kidnappé contre rançon. On découvre aussi, à travers une virée aux urgences (là où atterrissent les malfrats que le justicier tabasse régulièrement) à quel point Batman permet, chaque nuit, d’épargner des vies. Côté dessin, c’est Lee Garbett qui officie sur les épisodes réguliers : un trait efficace, une mise en page énergique et très lisible, même si certains fonds de case paraissent parfois expéditifs. Le dernier épisode bénéficie quant à lui d’un florilège d’artistes comme Mikel Janín, Álvaro Martínez Bueno ou Bill Sienkiewicz, pour des planches souvent remarquables. Ghosts of Gotham n’est peut-être pas la publication la plus indispensable de cette fin d’année chez Urban Comics, mais elle demeure une lecture très agréable. Et si vous avez apprécié le premier tome, il y a toutes les chances que ce second volet soit fait pour vous.

Le tome 1 est chroniqué ici



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KINGDOM COME : UNE VERSION LUXUEUSE CHEZ URBAN POUR NOEL


Kingdom Come est une œuvre mûrement pensée, inscrite dans le même filon que des pierres angulaires des comics américain comme Watchmen ou The Dark Knight Returns. Dans ces récits, les héros se montrent désabusés ou franchement cyniques, plutôt qu’héroïques, « sans peur et sans reproches ». Pendant longtemps, beaucoup de personnages DC avaient incarné une idée solaire du superhéros, reflet d’un optimisme typiquement américain. En 1961, Marvel bouscula cet état de fait et les héros créés par Lee, Kirby et Ditko apportèrent une valeur novatrice et transgressive qui éclipsa momentanément les autres éditeurs. Pourtant, à partir des années quatre-vingt, DC publia nombre d’œuvres subversives et révolutionnaires, même si certains continuaient à penser que Flash, Green Lantern et consorts n’étaient plus en phase avec leur époque. En 1996, Mark Waid repartit de cette idée fausse avec Kingdom Come. Il imagina un futur possible où les superhéros traditionnels ont été dépassés, puis remplacés, par une génération plus agressive… et nettement plus amorale. Dans ce monde-là, les justiciers « classiques » ont pris leur retraite pour diverses raisons : Superman vit reclus dans une ferme, triste et mélancolique, et refuse d’affronter son passé ; Wonder Woman a été reniée par les Amazones et peine à donner un sens à sa vie ; Bruce Wayne ne porte plus le costume, mais continue de lutter contre la criminalité à Gotham, avec des méthodes plus que douteuses. Les surhommes existent toujours mais ont changé : jeunes, arrogants, agressifs, ils combattent les méchants avec une brutalité décomplexée. Ils ne connaissent ni limites ni responsabilités. Ils n’hésitent pas à tuer si cela leur semble nécessaire, et si un innocent meurt au passage, cela les touche à peu près autant que le souvenir de leur premier caleçon. C'est ça, les héros modernes ? Est-ce ainsi que l’on doit concevoir l’héroïsme ? Waid ne se contente pas de poser la question : il l’explore en profondeur. L’histoire débute avec Wesley Dodds, alias Sandman, qui met en garde un prêtre vieillissant, Norman McKaye, contre un Armageddon imminent. Norman voit ses cauchemars s’intensifier, jusqu’à recevoir la visite du Spectre lui-même, lequel lui révèle qu’une catastrophe se prépare et l’entraîne à travers des visions terrifiantes impliquant ces nouveaux superhéros dévoyés. Pourquoi Superman, Wonder Woman et les anciennes gloires ne s’en mêlent-ils pas ? Leur retour est-il nécessaire, ou constituent-ils eux-mêmes une partie du problème ?



Le drame éclate lorsque Magog, l’un de ces jeunes surhommes, provoque un accident d’une ampleur inimaginable : un affrontement qui raye littéralement le Kansas de la carte des États-Unis. Face à ce désastre, les « vieilles épaves » n’ont plus le choix. Superman, malgré lui, sort de sa retraite et entreprend de reformer la Justice League afin d’inculquer à cette garde insoumise un peu de vérité et de justice. Mais la route est semée d’embûches : Bruce Wayne refuse de l’aider et, aux côtés d’Oliver Queen, collabore avec Lex Luthor (e pire ennemi de Superman, quoi) pour des raisons qui ne tarderont pas à se révéler. L’alliance improbable du Chevalier Noir et de Luthor constitue d’ailleurs l’un des axes les plus troublants de cette dystopie. Waid nous balance un récit intense et évocateur dont la profondeur captive le lecteur. Il interroge la légitimité même du superhéros : à quel moment son intervention devient-elle oppression ? La paix doit-elle être imposée par la force, comme le suggère une Wonder Woman autoritaire, qui rappelle au passage certaines envolées politiques du monde réel ? Et si tel est le cas, qu’est-ce qui distingue encore un superhéros d’un fasciste ? Pour Waid, la réponse est claire : un héros est avant tout un être humain, puis un surhomme. Dépourvu d’humanité, il cesse d’être un héros. Un super-héros ne tue pas. Personne ne doit prévaloir. Les justiciers hypertrophiés qui dominent le marché n’ont plus grand-chose de noble, et Kingdom Come agit comme un miroir impitoyable tendu aux conventions narratives de la BD américaine. Les véritables superhéros sont de la trempe de Superman, pas de Lobo, pour citer un exemple DC, ni du Punisher chez Marvel. Le récit joue aussi sur un symbolisme quasi religieux : par son écriture comme par ses dessins, il confère à ces figures un statut proche du divin. Impossible enfin de parler de Kingdom Come sans évoquer Alex Ross. Déjà auteur du chef-d’œuvre Marvels, il livre ici un travail d’orfèvre. Chaque planche mérite qu’on s’y attarde longuement, tant elle regorge de détails minutieux. Comparé à Marvels, l’approche est moins statique, plus dynamique, notamment dans les séquences d’action où Ross parvient à insuffler un mouvement rare dans la peinture. Il n’en oublie pas pour autant l’essentiel : capturer visuellement le charisme des mythes vivants que sont les superhéros DC. La collection Urban Limited et son écrin somptueux (à 89 euros, tout de même) est probablement l'édition ultime et luxueuse qui finira dans les hottes des plus fortunés d'entre vous, à l'occasion des fêtes de Noël !


 

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DAREDEVIL : ENFER GLACÉ DE SOULE ET MCNIVEN


Charles Soule et Steve McNiven ont-ils réussi le pari d'écrire l'histoire la plus originale et mieux troussée de Daredevil depuis des années ? Quand on voit le sort actuel réservé au personnage dans ses séries régulières, ce n'est pas si difficile que cela. Enfer Glacé imagine un futur où Matt Murdock traverse les ruines de New York sans pouvoirs, avec pour seule boussole un sens moral encore plus entêté que ses vieux genoux. Le héros est aveugle (vraiment aveugle, on ne triche plus) pour la première fois depuis longtemps, et la mini série exploite cette vulnérabilité avec intelligence. Matt est en réalité bien plus "conscient" de ce qui l'entoure que vous et moi. Mais plus ici. C'est le noir absolu et c'est inédit pour l'ancien avocat. Jusqu'à ce qu'une bombe sale ne vienne lui restituer l'usage de ses hyper sens, pour une durée limitée. Soule connaît Daredevil par cœur, et cela se sent : dès les premières pages, Matt avance dans un monde qui refuse de lui donner la moindre prise. Les héros ont disparu ou survivent dans des états pitoyables ; les détails de leur chute restent volontairement flous, comme si l’apocalypse avait signé une clause de confidentialité avec la Maison des Idées. McNiven accompagne cette errance d’un trait serré, nerveux, où les cicatrices s’empilent comme les condamnations dans le curriculum de Sarkozy. Personne n’a vieilli dans de bonnes conditions, que ce soit Foggy Nelson ou le terrifiant Bullseye, qu'on va retrouver ici en grand méchant toujours avide de vengeance. Voir des super-héros brisés, voûtés, épuisés, c’est déjà perturbant ; les voir dessinés par l’artiste d’Old Man Logan, c’est un plaisir pervers, comme la sensation que l'histoire se rejoue sous nos yeux. Ici, Daredevil est happé par un complot militaro-technologique dont on ne comprend finalement pas grand chose de concret. Une mission simple l'attend sur le papier : sauver une jeune fille irradiée, pourchassée par Bullseye. Simple, c'est un grand mot, car Matt a plus ou moins 90 ans, le squelette d’un marathonien déshydraté, et un costume rafistolé avec du fil à coudre. L’héroïsme, passé un certain âge, devient manifestement un sport de combat.



Ce qui rend Enfer Glacé si fascinant, c’est son mélange de fatalisme et de ténacité. Le mantra « tout fait partie du plan de Dieu » revient comme un gimmick spirituel, quitte à irriter sur les bords. Soule joue sur cette note ambiguë, entre réconfort et ironie tragique. Les héros semblent croire à un dessein supérieur parce que l’alternative (admettre qu’ils sont au bout du rouleau  ?) ferait trop mal, même pour Daredevil. Le sort que Soule réserve à Captain America et Frank Castle, si ça ne vous choque pas, je n'y comprends plus rien… Comme déjà annoncé, McNiven livre une prestation somptueuse et terrifiante. Ses ruelles dévastées, son New York en ruine, ses visages parcheminés, tout respire le malaise. Les planches regorgent de détails minuscules ; chaque ride, chaque sillon, a sa propre histoire à raconter, chaque ombre suinte le cataclysme. Le rouge est en grande partie absent des couleurs (très sombres) hormis pour les lunettes de Matt et sa canne, le bouclier de Captain America, le costume d'Elektra et de DD, et le sang, ça va de soi. En rouge aussi sur fond noir les didascalies qui font progresser la voix intérieure de Matt, et tant pis pour les astigmates dont je fais partie, qui plissent les yeux pour tout lire et comprendre. En tous les cas, plus on tourne les pages, plus Daredevil réalise qu'il n’a peut-être plus le temps, ni la force, ni même l’endurance nécessaires pour accomplir sa mission. Et pourtant il persiste, parce que même dépouillé de ses sens, Matt reste le héros qui se relève toujours,  par principe. Enfer Glacé est sombre, dur, parfois grotesque (Frank Castle vs Bullseye), mais toujours porté par une vision cohérente : montrer Daredevil au bord de la défaite ultime, la mort, pour mieux appréhender ce qui, chez lui, refuse de s’éteindre. La vieillesse aussi est un enfer, même pour le Diable et son justaucorps rouge.

La version classique est à 16 euros pour 104 pages.

La version prestige est à 24 euros pour 136 pages, avec son lot de bonus.

Enfin, une édition exclusive avec une couverture exclusive de Mathieu Bablet est disponible sur le site de Panini (tirage 1000 exemplaires); Une autre variant est réalisée pour Pulp's avec une cover de Gabriele Dell'Otto.



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WOLF-MAN CHEZ DELCOURT : INTEGRALE VOLUME 1


Robert Kirkman, ce n'est pas que le type qui a conquis le monde grâce à des zombies ou aux aventures du jeune et irrésistible Invincible. Il a aussi un penchant pour la lycanthropie super-héroïque. Sur le papier, le concept paraissait étrange : Wolf-Man, un loup-garou qui se rapproche davantage du Tony Stark entrepreneurial que du monstre hurlant à la pleine lune. Et pourtant, contre toute attente, Kirkman tira de cette idée un récit étonnamment solide, oscillant entre drame familial, thriller surnaturel et petites piques satiriques glissées en douce. Chez nous, l’atterrissage fut plus chaotique. La première publication française, proposée par Merluche, accumula fautes d’orthographe, contresens et bévues éditoriales. L’ironie du sort voulut que son promoteur, Thomas Rivière, ait autrefois traîné la série dans la boue avant de l’encenser au moment d’en récupérer les droits. Heureusement, la nouvelle édition relevée et prolongée par Edmond Tourriol pour Glénat remit par la suite les choses à l’endroit, avant que le tout débarque sous la forme d'intégrales chez Delcourt, la maison mère du phénomène Invincible, donc, dont l'univers est la toile de fond de Wolf-Man. Mais venons-en à l’essentiel : Gary Hampton. Kirkman choisit un protagoniste presque banal : un entrepreneur prospère, bon père, bon mari, adepte du respect des règles. En d’autres termes, l’exact opposé de quelqu’un destiné à massacrer un jardinier ou des super-héros lors d’une crise nocturne. Le fait est qu'après une attaque sauvage en pleine nature, Gary se réveille miraculeusement en pleine forme… puis découvre que son corps a décidé d’intégrer un module optionnel : transformation lupine incontrôlée, ça hurle à la pleine Lune ! Et comme chez Kirkman rien ne se passe jamais simplement, c’est un vampire, Zechariah, qui vient jouer les guides spirituels et mentors. 



L’idée est délicieusement absurde mais fonctionne : là où d’autres scénaristes auraient fait sombrer leur héros dans la malédiction, Kirkman choisit la voie du mentorat surnaturel. Zechariah apprend à Gary comment canaliser ses pouvoirs hors cycles lunaires, ce qui est très pratique quand on doit gérer à la fois des réunions de fusion-acquisition et des patrouilles nocturnes. Gary décide alors de devenir super-héros, convaincu qu’un costume et un nom accrocheur (“Wolf-Man”, merci la presse) arrangeront le reste. Sauf que le statut de justicier ne gomme ni les tensions familiales ni les dilemmes moraux qui traversent le récit. L’auteur joue habilement de cette dualité : un héros tiraillé entre ses responsabilités d’homme d’affaires, ses devoirs de père, et un instinct animal que même la meilleure volonté du monde ne suffit pas toujours à contenir. Plusieurs choix s’avèrent lourds de conséquences, l’histoire en rappelle même brutalement le prix dans un crescendo sanglant que Kirkman maîtrise avec son sens habituel du coup de massue émotionnel. Le héros n'en est pas toujours un, et même s'il fait preuve de bonne volonté, il peut aussi tuer, ou passer aux yeux d'un tueur, même quand il n'a rien fait (avec le meurtre de sa femme qui lui est imputé à tort, et l'oblige à prendre le maquis et changer d'identité, pour ensuite comprendre l'origine de ses nouveaux pouvoirs). Graphiquement, Jason Howard soutient ce mélange des genres avec un style clair, vif, très lisible. Ses planches respirent, les scènes d’action trouvent un équilibre entre énergie et lisibilité, et les émotions des personnages passent avec une simplicité trompeuse. Le tout est sublimé par une mise en couleurs sobre mais efficace, qui renforce le ton mi-sombre mi-super-héroïque de la série. Certes, c'est plus du Picasso que du Michel-Ange, mais c'est surtout l'histoire qui prime, en réalité. En gros, Wolf-Man n’est ni un récit d’horreur classique ni une simple variation sur le super-héros. C’est un hybride malin, parfois naïf, souvent généreux, où Kirkman parvient à faire exister un personnage coincé entre deux mondes sans sombrer dans la parodie. La série ne révolutionne pas le genre, mais elle se révèle étonnamment attachante, portée par un duo auteur-dessinateur très en phase. Tout ça se laisse lire plutôt bien. Du comics (presque) mainstream pour le plaisir, baby !



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SUPERMAN Vs WONDER WOMAN CHEZ URBAN COMICS (DC TREASURY)



 En parcourant Superman vs. Wonder Woman, on découvre bien plus qu’un duel spectaculaire entre deux icônes de DC : on tombe sur un récit vintage où les idéologies s’entrechoquent autant que les poings. En 1942, Superman fait confiance au gouvernement américain, persuadé que ses plus hauts responsables sauront faire un usage moralement irréprochable de la bombe atomique (rires). Il lui suffit qu’on lui promette que jamais l’arme ne sera détournée de son noble objectif pour qu’il accorde une confiance totale (quel naïf ce Superman) à l’establishment. Face à lui, Wonder Woman a le regard plus acéré. L’Amazone connaît trop bien les dérives du monde des hommes : une arme aussi fabulée, une fois créée, finira nécessairement par être utilisée pour écraser l’ennemi, quitte à provoquer un désastre planétaire. L’énergie nucléaire devient alors le cœur d’un désaccord fondamental, un schisme moral qui mène les deux alliés de la Ligue de Justice à mettre de côté l'amitié pour régler la question comme seuls deux surhommes le peuvent : à coups de poing magistraux. Et, pour ne blesser personne, autant aller se cogner… sur la Lune. Littéralement. Pendant que l’escapade lunaire fait trembler les cratères, la situation sur Terre vire au chaos : le projet Manhattan est compromis, l’ébauche de la bombe a été dérobée par un mélange aussi explosif que l’arme elle-même : scientifiques nazis, soldats fanatisés et un super-vilain samouraï japonais décidé à tirer son propre profit du vol. Le récit joue avec talent des codes vintage des comics de guerre et d’espionnage de l’époque. Il renoue avec un pan d’histoire américaine tout en proposant une rencontre insolite entre les deux plus grands poids lourds de DC (désolé Bruce, on parle ici de puissance brute, tu ne boxes pas dans la même catégorie).



Ce qui rend cette aventure écrite par Gerry Conway particulièrement savoureuse, c’est aussi le travail de réédition. Urban Comics la repropose dans un grand format luxueux, qui inaugure une collection (DC Treasury) visant à restaurer les grands récits de différentes périodes des comics et à les présenter avec le soin qu’ils méritent. Et dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, nous avons la chance d'avoir du José Luis García-López au menu. Dès la fin des années 1970, son style clair, élégant, fluide, est devenu la référence visuelle de DC, celui que l’éditeur a placé partout (lunch boxes, jouets, papeterie, affiches, vêtements, et comics, ça va de soi). Ce n’est pas un hasard : García-López capture mieux que quiconque la puissance tranquille de Superman et la grâce martiale de Wonder Woman. Si, au fil de sa carrière, il est resté un dessinateur rare, son travail sur Superman vs. Wonder Woman représente l’un des sommets de son art. Les encrages de Dan Adkins révèlent la limpidité du trait, le dynamisme des compositions, et cette façon unique d’équilibrer puissance et élégance. La réédition offre pour la première fois une reproduction haute fidélité de cette confrontation mythique, déjà offerte au public français chez Sagéditions. L’album est une leçon de mise en scène, un plaisir esthétique constant, et un rappel de ce que le dessinateur a apporté au Bronze Age de DC. Et même si ce grand format (souple, c'est important) est une véritable plaie à ranger dans une bibliothèque, il reste difficile de lui résister : pour une quinzaine d’euros, c’est un morceau d’histoire, une vitrine du génie de García-López et l’un des plus beaux affrontements du panthéon DC, truffé de caricatures criminelles (même les noms. Blitzkrieg, Sumo…), telles que les américains les voyaient encore il y a peu de temps de cela. Subtilité, tu n'habites pas ici. Les amateurs de super-héros, de BD patrimoniale, ou tout simplement de beaux livres ont de nouveaux achats à réaliser avant les fêtes, avec cette collection/tentation qui vous propose aussi une double dose de Superman (à venir dans ces colonnes, si vous êtes bien sages).


Traduction de Jean-Marc Lainé. On valide. 


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CRISIS ON INFINITE EARTHS DANS LA COLLECTION DC PAPERBACK (URBAN COMICS)

 La collection DC Paperback d'Urban Comics est le prétexte idéal pour ressortir Crisis on Infinite Earths des cartons. Pour republier t...