YOUNG HELLBOY LE PAYS CACHÉ : MIGNOLA ET LE JEUNE HELLBOY


 Avec Young Hellboy, publié chez Delcourt, l’univers imaginé par Mike Mignola s’offre une escapade juvénile, un récit d’aventure préhistorique, quelque part entre l’île mystérieuse et le terrain de jeu géant pour monstres de toutes tailles. Oui, Hellboy croise des dinosaures. Et non, ce n’est pas si étrange que ça, car on est chez Mignola, après tout. Dès les premières pages, le ton est donné. À la suite d’un accident (tentative d'assassinat, même…) en route vers un site de fouilles en Amérique du Sud, le jeune Hellboy et son père adoptif, le professeur Bruttenholm, échouent sur une île pour le moins hostile. Au programme : crabes géants, créatures improbables, singes peu commodes et mystères enfouis qui n’attendent qu’une chose : se réveiller au pire moment. Une journée presque ordinaire, en somme. Le charme de la série tient d’abord à son décalage. Hellboy n’est pas encore le démon taciturne que l’on connaît, mais un gamin curieux, enthousiaste et (légèrement) envahissant. Il pose des questions, beaucoup de questions, parfois au pire moment, ce qui, face à un dinosaure, n'est pas la meilleure des démarches à adopter. Ce regard neuf insuffle une fraîcheur bienvenue à un univers souvent marqué par la mélancolie et le poids du destin. Le duo formé avec Bruttenholm fonctionne à merveille. Là où les récits classiques les montraient souvent à distance, cette aventure resserre les liens. Le professeur joue les guides érudits et tente tant bien que mal de canaliser l’énergie de son protégé, tout en exposant (et en subissant) les dangers de cette île sortie d’un roman d’aventure du début du XXe siècle. Car c’est bien là l’une des clés du projet : Young Hellboy rend un hommage appuyé aux récits d’exploration d’antan, ceux où l’on découvrait des terres oubliées peuplées de créatures impossibles.



Le scénario, coécrit par Mignola et Thomas Sniegoski, va droit au but. Pas de détour inutile ni de prétention excessive : l’objectif est clair, proposer une aventure rythmée, généreuse et accessible, qui lorgne vers un jeune public novice en Hellboyologie. Et sur ce point, le contrat est rempli. Certes, l’intrigue reste simple, presque scolaire dans son déroulement, mais elle avance avec suffisamment d’énergie pour donner envie de s'enfiler les quatre épisodes. Disons que l’on ne vient pas ici chercher une révolution narrative, mais plutôt un plaisir de lecture immédiat, sans rougir. Graphiquement, Craig Rousseau relève un défi délicat : s’inscrire dans l’héritage visuel de Mignola tout en apportant une identité propre. Son trait reprend les ombres marquées et les silhouettes expressives caractéristiques de la série, mais y injecte une légèreté inhabituelle. Les créatures ont du caractère, l’action est lisible, et l’ensemble dégage une énergie communicative. Oui, c'est réussi, enthousiasmant, et ce n'était pas gagné d'avance ! Cette impression est renforcée par les couleurs de Dave Stewart, qui troque les ambiances sombres habituelles pour une palette étonnamment lumineuse. L’île baigne dans une clarté presque insolente, comme si l’insouciance du jeune Hellboy contaminait littéralement le monde qui l’entoure. Le contraste avec les récits plus sombres de la série principale est frappant, et ça nous change avec plaisir. Vous l'aurez compris, Young Hellboy ne cherche pas à réinventer la roue. L'album préfère raconter une bonne vieille histoire d’aventure, avec ses codes, ses créatures et son sens du spectacle. Une parenthèse légère dans une mythologie souvent plus grave, qui rappelle qu’avant de devenir une icône tragique, Hellboy fut aussi un gamin curieux et très vivace. Vous avez dit lecture sympatoche ?


 

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