SUPERMAN : LE DERNIER FILS (DC COMICS LE MEILLEUR DES SUPER-HEROS TOME 3 CHEZ EAGLEMOSS)

Avec le troisième volume de la collection proposée par Eaglesmoss, c'est au tour de Superman d'entrer dans la danse...
Un des postulats de base du mythe de Superman est son statut de réfugié, le seul survivant d'une catastrophe planétaire qui a provoqué la disparition de Krypton. Arrivé sur Terre à bord d'une fusée, le voyageur de l'espace est élevé dans l'anonymat, par la famille Kent, des fermiers du Kansas. Superman a aussi une cousine, qui a un vécu semblable au sien (Supergirl), et avec cette aventure qui nous occupe aujourd'hui, le cast des personnages en provenance de krypton s'agrandit d'une unité. Par un beau matin routinier (la vie au Daily Planet est la même que d'habitude, Clark Kent commet des gaffes, Jimmy Olsen cherche à vendre ses photos et Perry aboie ses ordres) l'ouïe surdéveloppée de notre héros capte un appel de détresse assez singulier. Une capsule spatiale est sur le point de s'écraser dans Metropolis, avec à son bord un jeune garçon qui communique d'emblée dans une langue extra-terrestre, du kryptonien. La découverte est d'importance, et soulève nombre de questions qui restent dans un premier temps sans réponses. Superman a des doutes mais finit rapidement par accepter les origines du rescapé, qu'il accompagne à l'hôpital et prend sous son aile, le temps qu'il s'habitue à son nouveau monde. Les militaires eux ne l'entendent pas de cette oreille et voient dans cette arrivée une opportunité à saisir. Ils s'emparent donc du garçon pour l'étudier sous toutes les coutures. Superman comprend dès lors que le seul endroit où il pourra emmener et isoler ce cobaye malgré lui, c'est la ferme où il a grandi, ce petit coin tranquille du Kansas, chez Pa' et Ma' Kent, les mêmes qui l'ont fait grandir et lui ont inculqué les valeurs d'altruisme et d'aspiration à la liberté qui en ont fait le plus grand super-héros de la Terre. Mais l'époque n'est plus la même, et la réalité est différente de l'idyle d'autrefois. Alors à qui confier celui que Lois Lane baptisera Christopher? Pourquoi ne pas tenter de l'adopter, quitte à en faire le fils de facto de Superman? 

Bien sur, et c'était prévisible, rien ne se passe vraiment comme prévu. Tout d'abord, en raison des convoitises suscitées par un enfant doté d'un tel pouvoir. L'armée est sur le coup, et Lex Luthor également, qui n'hésite pas à sortir Bizarro de la naphtaline pour mettre les mains sur ce qu'il considère comme une proie de choix. Et puis la véritable menace qui se dessine, c'est celle du Général Zod, autrefois emprisonné dans la zone fantôme, et qui a une dent contre la famille de Superman. Pour bien se resituer dans l'époque, nous sommes à la sortie du crossover Infinite Crisis, qui avait marqué un nouveau statut quo pour l'Homme d'acier. C'est donc la première apparition de Zod dans cette nouvelle incarnation, la première rencontre entre Superman et cet ennemi atavique, qui provient lui aussi de Krypton. L'arc narratif le dernier fils a connu des problèmes et un retard coupable lors de sa réalisation, et il s'est terminé quelques mois après la date prévue, ce qui provoqua quelques complications aux lecteurs Vo d'alors, qui suivaient aussi le mensuel Superman (outre Action Comics, ici publié). Il est intéressant de voir Geoff Johns  (et Richard Donner) ébaucher l'idée d'un Superman qui se retrouve avec une progéniture improvisée, dans un rôle inattendu de père, ou plus simplement, je pense, de grand frère. Loïs Lane elle se contente de placer quelques bonnes remarques spirituelles et assez drôles, et (au départ) d'exposer ses doutes pour ce qui est de sa capacité à adopter un enfant. La reporter toujours sur le terrain, active et sans peur, n'a pas de place dans sa vie pour le pouponnage, et son rôle de working girl indépendante finirait pas entrer en conflit avec celui de la mère au foyer, surtout avec un enfant venu de Krypton... Les dessins de Adam Kubert sont plutôt plaisants, avec une construction des planches qui privilégie l'action et le spectaculaire, et contribuent à faire de ce récit une bonne petite surprise fort recommandable pour ceux qui souhaitent découvrir le monde de Superman, sans pour autant potasser les milliers de parutions précédentes...


A lire aussi : 

SPIDER-MAN : RETOUR AU NOIR (BACK IN BLACK)

Back in black : Retour au noir (je parle ici de la période en soi, pas seulement de l'album sorti en Deluxe, puis en Select, chez Panini). Le noir du costume, que Spiderman avait déjà porté à la suite de la grande saga des années 80, les « Guerres secrètes », et qui avait ensuite fini sa course sur les épaules du plus grand ennemi moderne du monte en l’air, son « double maléfique », Venom. Retour au noir, également pour ce qui est de la thématique. Une période bien sombre pour Peter Parker s’amorce, puisque le voici désormais démasqué publiquement, poursuivi par la loi pour avoir trahi le camp pro gouvernemental (suite à Civil War) et que sa Tante May est à l’hôpital dans un coma profond, après avoir essuyé les balles qui lui étaient destinées. Il n’en faut pas plus pour que le gentil Parker se renfrogne et décide de changer de modus operandi. Exit la raison et la retenue, place à une version plus violente et impitoyable du super héros par excellence, qui à cette occasion renoue donc avec son habit de ténèbres. Ambiance urbaine et glauque, Spidey sombre dans la dépression et donne la chasse à celui qui a voulu assassiner sa tante. Nous sommes bien loin du héros gentillet qui blague continuellement, même face à la mort, et exorcise ses démons à coups de calembours bien pourris, tout droit sortis d'un sachet de Carambars goût fraise; les pires, cela dit en passant. Cette période noire de Spidey est due à J.M.Straczynski, qui lorsqu'il a reçu entre ses mains expertes le destin du tisseur, a choisi justement d'aller de l'avant, d'en modifier jusqu'aux caractéristiques séculaires (la toile organique, exit les lanceurs de vieille facture) au point d'amener le titre à un stade avancé de non-retour. On pourra discuter longuement du bien fondé de cette opération de radicalisation du personnage, mais elle a porté dans le même temps à une maturation rapide et longtemps attendue de Peter Parker, et à la fin d'un esprit, d'une culture de l'insouciance, qui avait bien souvent caractérisé les aventures de Spidey auparavant.

Du numéro 471 au 545 du titre mensuel, il a accompli un travail minutieux, provocateur, décrié, par moments très discutable. Comment accepter les larmes de crocodile du Docteur Fatalis après l'attentat aux Twin Towers de 2001, lui qui a si souvent mis mis la planète en danger, et se soucie comme d'une guigne du bien être de nous autres occidentaux? Doom est un terroriste, un des plus dangereux, et des plus complexes certes, mais le voir pleurer sur les décombres new-yorkais est plutôt absurde. De même, attribuer des relations sexuelles et une progéniture cachée à la belle Gwen Stacy, avec le Bouffon Vert, qui plus est, n'est pas seulement osé, c'est carrément douteux et maladroit. Pour ceux qui souhaitent lire l'intégralité de ce retour au noir, qui s'inspire du titre de l'album du même nom du groupe AC/DC, il existe aux States et sur Amazon deux gros pavés, deux TPB qui reprennent les épisodes liés à «Back in black». C’est un moment sombre et solennel dans l’histoire de Parker, où les dessins de Ron Garney sont souvent limpides et propres, mais sans cette profondeur que l’on pourrait attendre d’une telle saga. Il en ressort un certain académisme propret mais loin d'être génial. La recherche du criminel et la soif de vengeance de Spidey devient vite lassante, et se joue sur un faux rythme qui peine à vraiment motiver le lecteur d'un bout à l'autre. Heureusement qu’il il y a aussi de très bonnes perles, de ci de là, dans ces deux volumes, comme le face à face final entre l’éditeur du Bugle, Jameson, et Parker, son employé aimé/détesté, qui reste un des meilleurs moments de ces dernières années, les intuitions de Peter David, où encore les épisodes de Aguirre/Saccasa qui sont rythmés, frais, et surtout dessinés de bien belle manière par Angel Medina. Très réjouissant également le face à face final entre Wilson Fisk et Peter Parker (sans le masque, visage découvert) qui ne sait pas malheureusement aller au bout de son audace, et ne bénéficie pas de dessins travaillés (les fonds de case sont totalement monochrome et indigents). Le problème avec «back in black», c’est qu’en bouleversant de manière si inattendue le statut quo du tisseur (identité connue de tous, le voici hors la loi avec sa famille entre la vie et la mort), la rédaction Marvel s’est mise dans un cul de sac : impossible d’aller de l’avant sans devoir à jamais modifier radicalement les caractéristiques du personnage, trop de risques de tuer la poule aux œufs d’or… ce qui a entraîné une frilosité réactionnaire dictée par l'impératif des ventes (Spiderman est un comics mainstream, en ce sens il ne peut déroger à un tableau des charges qui lui sert de code ADN, certaines révolutions ne sauraient être définitives) : d'où le regrettable One more Day/Brand new Day et les longs mois qui ont suivi pour regagner le coeur de beaucoup de lecteurs. Retour au noir est disponible (le principal s'y trouve) en Vf et pour pas trop cher chez Panini, dans la collection Marvel Select, un album couverture souple, sorti au printemps 2014, qui ne propose malheureusement pas les épisodes principaux, ceux sortis dans la série Amazing Spider-Man. Du coup, coitus interuptus...


A lire aussi : 

THE ART OF FAREL DALRYMPLE (L'UNIVERS DU SANDMAN)

Si vous êtes fans du travail de Neil Gaiman, vous allez forcément trouver très sympathiques ces versions des personnages de la série Sandman, les Infinis. C'est Farel Dalrymple qui s'y colle, et le résultat est particulièrement réussi. Cet artiste américain, spécialisé dans le comic-book indépendant (vous ne le voyez pas chez Marvel...) a un trait capable d'allier classicisme, élégance, et décalage. Voici donc Sandman et les siens, une belle galerie. 













FLASH TOME 3 : GUERRE AU GORILLE

Les temps sont durs, décidément, pour Barry Allen. Déjà, il a du feindre sa mort suite aux événements du tome précédent. Il a été trahi par le docteur Elias, qu'il croyait son allié. Irsi West (et d'autres) sont toujours bloqués au sein de la Force Véloce et luttent pour s'en échapper. Il a du combattre les lascars, qui s'en prennent à lui juste lorsque ... Grodd le roi gorille décide d'envahir Central City, de s'emparer de tous les humains qui s'y trouvent et de faire un saut aux labos Star Labs pour posséder également la Force Véloce. Bref c'est la panade la plus complète pour Flash, qui se retrouve à devoir faire équipe avec ses ennemis et assaillants (les Lascars, donc) afin de repousser la menace la plus périlleuse, celles de ces gros animaux poilus et parlants qui saccagent et mettent la ville à feu et à sang. Avec de surcroît une force et des réflexes augmentés qui font que le héros a bien du mal à en venir à bout, même avec ses super pouvoirs en action. Du coup Central City est le terrain de jeux de ces créatures pas sympathiques du tout, qui utilisent leurs prisonniers pour créer une illusion mentale isolant la ville du reste du monde. Ce qui n'est pas crédible le moins du monde, avec des militaires qui restent aux portes de la cité en devisant tranquillement sur le fait quelle soit en apparence devenue radioactive et qu'il ne reste qu'un cratère. Pendant ce temps-là, le frère d'Iris est sorti de prison et cherche sa soeur pour lui montrer qu'un peu de détention, ça change un homme, et que le voici animé des meilleures intentions. Pourquoi pas... mais pendant ce temps là le combat entre Flash et le Roi Grodd ne tourne pas à l'avantage du bolide, qui se heurte à un roc surgonflé, bien décidé à éliminer le justicier, quitte à lui perforer le coeur. Radical, mais efficace. 

La menace du Roi Grodd et de ses gorilles est probablement aussi effrayante que trop vite expédiée, ou tout du moins mal gérée. Certes, voilà un ennemi de taille, mais cette invasion a de quoi faire sourire. Ils arrivent en un clin d'oeil, la ville est à sac et souffre de lourds dégâts matériels et humains, et dès que le souverain simiesque est vaincu, hop, tout le monde repart dans son gentil petit "pod" et la ville se réveille comme avant. C'est tout de même assez peu crédible, comme lorsque le Charlatan se fait arracher un bras par Grodd. Deux épisodes plus tard le voici avec une prothèse, pas traumatisé du tout, reprenant le cours de ses larcins habituels. Francis Manapul et Steve Buccelatto restent bien sur capables de faire grandir la série avec cohérence, puisque c'est eux qui en assument la destinée depuis longtemps, mais parfois on a l'impression que le chemin choisi est celui d'une narration old school, qui demande à suspendre l'analyse du réel au maximum, pour en apprécier le contenu. Et inversement, les dessins eux sont modernes, tout d'abord avec une colorisation que j'adore, et qui donne tout de suite une empreinte identifiable au titre The Flash, mais aussi dans la construction de certaines doubles planches, comme le sont celles qui abritent le titre de chaque épisode, et les crédits. C'est toujours instructif de voir comment Manapul va découper son récit, organiser les cases, qui ressemblent davantage aux fragments d'un instantané qu'à une suite linéaire de vignettes. Cet album est bien emblématique de cette contradiction, entre aventures fort basiques dans le contenu, et exigence artistique dans la manière de les mettre en scène. A ce sujet, nous avons dans ce troisième tome deux épisodes signés Marcio Takara, qui souffrent bien sur de la comparaison avec Manapul. Le trait est bien plus sommaire et l'ensemble n'a que peu de caractère, finalement. Qu'à cela ne tienne, Barry Allen vous attend, faites vite car il n'est pas du genre à patienter trop longtemps...


A lire aussi : 


MARVEL ICONS : CAPTAIN AMERICA PAR ED BRUBAKER ET STEVE EPTING TOME 1

Ils sont bien rares, ces personnages marquants, dans les comic-books, qui passent l'arme à gauche et restent morts pour de bon. Le Captain Marvel des origines, le père et la fille Stacy (pourtant revenue par le biais d'une autre dimension, sous l'avatar de Spider-Gwen), une poignée d'autres. Dont faisait partie, jusqu'il y a peu encore, un certain Bucky Barnes, alias le side-kick de Captain America durant la seconde guerre mondiale. Il trouva son trépas suite à l'explosion en plein vol d'un avion allemand, alors qu'il était accroché à la carlingue. Intrépide, mais malchanceux. Ce drame faisait partie des éléments fondateurs de la tragédie de Steve Rogers, et personne n'avait osé ramener véritablement Bucky, sous peine de lynchage sur la place publique. Quand Ed Brubaker arrive sur la nouvelle mouture de Captain America, en 2002, il brise le tabou et ose l'impensable. 41 ans plus tard, Bucky lives again. Mais ce retour n'est pas forcé, ou juste destiné à relancer des ventes en berne, il s'insère dans une trame délicieuse, un véritable mécanisme de précision diabolique. Lentement, Brubaker tisse sa toile. Crâne Rouge est abattu dès le premier épisode. Un cube cosmique semble en jeu. D'anciens ressortissants du Kgb complotent dans l'ombre. Des proches de Steve Rogers (Jack Monroe, qui fut aussi son partenaire pour un temps asez bref) sont assassinés. Le S.h.i.e.l.d est aussi de la partie, avec Nick Fury et ses lourds secrets, à peine partagés avec Sharon Carter, ancienne petite amie de Cap', elle aussi prise comme une mouche sur les fils poisseux du destin. Et derrière tout cela, la silhouette inquiétante d'un ancien agent soviétique, le Winter Soldier, le Soldat de l'Hiver, qui n'est autre que celui que vous avez deviné! C'est du très grand art, une fresque géo-politique et super héroïque convaincante, dessinée avec talent par un Steve Epting plus automnal que jamais, avec ce trait légèrement désuet, rétro, qui colle si bien au propos de cet album. Un tel succès artistique et populaire que le soldat de l'Hiver est devenu la star du second film dédié au Vengeur étoilé, et qu'il est depuis un des personnages les plus solides, sur lequel Marvel semble pouvoir s'appuyer. Il est mort à nouveau (une feinte, dans Fear Itself, par exemple) mais en réalité toujours sur le pont, prêt à relever les défis du XXI° siècle qui se dresseront devant lui. 

Evoquer le Winter Soldier, c'est aussi toucher un mot de la retcon. Il faut entendre par là la contraction des termes anglais retroactive continuity, à savoir l'intervention sur la continuity (l'histoire et ses effets logiques, communément acceptés) propre à une série ou un personnage, pour introduire de nouveaux éléments qui vont apporter une lumière inédite sur des moments clés du passé, et en changer le sens ou les conséquences. Par exemple, ici, Bucky n'est pas mort lors de sa dernière mission, mais il a été récupéré par les communistes du Kgb qui en ont fait une arme reprogrammée. Mais même cette mort imaginée par Lee et Kirby était déjà un peu de la retcon en soi. Au départ, Bucky est gravement blessé et doit tout simplement prendre sa retraite, dans un très vieil épisode de 1948. C'est Betsy Ross, la petite amie de Captain America, qui le remplace sous l'identité de Golden Girl. Dans les années 50 pourtant, on voit revenir Bucky aux cotés d'un Captain très anti-communiste, jusqu'à la disparition naturelle du titre, sans autre drame, en 1954. La dernière mission de Captain America et Bucky est en fait une idée du duo Lee et Kirby, qui construisent cet artifice pour ajouter pathos et héroïsme à leur série, et présenter un Vengeur étoilé miné par le remords et hanté par cette tragédie. Steve Rogers s'est réveillé dans un monde qu'il ne reconnaît plus, auquel il est contraint de s'adapter, pour en devenir le plus noble des paladins, mais le sort funeste de son side-kick, réduit en charpie par l'explosion de la bombe du Baron Zemo, et ce maudit avion auquel il était accroché, est un des éléments fondateurs des motivations et de la personnalité de ce Captain America "moderne". Ed Brubaker réalise donc avec talent et sagacité un tour de force inouï, nous raconter avec conviction que ces 40 dernières années d'histoire étaient fondées sur une croyance biaisée, et que Bucky Barnes est bien en vie, sous l'identité du Soldat de l'Hiver. Fascinant, et à (re)lire dès ce mois dans la collection Marvel Icons. 


A lire aussi : 

SECRET WARS : SPIDER-VERSE #1

Si vous êtes un lecteur habituel des mensuels édités par Panini pour le kiosque, vous le savez, Spider-Verse c'est en ce moment. Pour faire (très) court, toutes les versions de toutes les réalités possibles de Spider-Man sont pourchassées et anéanties par une menace terrible, et il faut unir les forces pour en venir à bout. Voilà. Et bien à peine le temps de souffler que si vous jetez un oeil à la VO cette fois, vous vous apercevrez que dans le cadre de Secret Wars, un second titre Spider-Verse a été lancé. L'héroïne de l'histoire semble être une Gwen Stacy amnésique, qui a parfois quelques vagues souvenirs de son existence précédente (je ne parle pas de la Gwen petite amie de Peter, mais de celle qui joue dans un groupe de rock et endosse le costume de Spider-Gwen) mais rien de plus. Du coup elle se balade dans son justaucorps et s'en va donner la raclée à quelques méchants malheureux, comme le Chacal et ses hommes qui ont la mauvaise idée d'aller piller des tombes juste sous le nez de la jolie blonde. Mike Costa a accepté ce qui ressemble d'emblée à une mission impossible. Spider-Verse fonctionnait comme une gigantesque course à travers les dimensions, un chassé croisé très divertissant entre tous ces mondes, tous ces Spider-Men, où les surprises n'en finissaient plus, pour le plaisir du lecteur. Avec les Secret Wars et le Battleword apparu ex nihilo aux ordres de Fatalis, il ne reste plus qu'un seul monde, une seule dimension, même si ce monde est divisé en une multitude de territoires ou peuvent cohabiter plusieurs versions d'un même personnage. Cela dit, et c'est à mettre au mérite du scénariste, il semblerait qu'un lien mystérieux unisse plusieurs avatars arachnéens, ce qui explique qu'ils finissent par se retrouver, et s'associer. C'est ainsi que Billy Braddock (Spider UK), le Spider-Man de l'Inde, ou encore notre Spider-Gwen peuvent interagir sans que cela paraisse impossible à accepter. Une Gwen qui de surcroît accepte un emploi chez le maire de la ville, Norman Osborn, dont les entreprises sont le fleuron industriel du pays. Le but secret est de s'introduire dans les fichiers secrets d'Osborn, et d'en savoir plus sur son propre passé. Elle devrait en effet être morte, précipitée d'un pont (comme vous le savez tous) et se sentir bien vivante à l'insu de tous, voilà qui la perturbe quelque peu.... Au dessin, Andre Araujo qui continue de sortir des planches académiques, pas désagréables mais pas non plus d'une beauté stupéfiante. C'est essentiel, juvénile dans le trait, la colorisation accompagne gentillement son travail, pourquoi pas. Et en bonus vous lirez en fin d'épisode les aventures de Spider-Ham, la version "cochon" qui a aussi son rôle à jouer dans cette série, et que je préfère taire ici même pour ne pas vous spoiler le premier coup de théâtre du numéro un. Reste à voir ce que deviendra ce titre sur le long terme. Juste un appendice momentané à Secret Wars, où la volonté de prolonger l'expérience suite au succès de Spider-Verse, premier du nom? Dans ce cas, il faudra bien sur passer la vitesse supérieure. 


A lire aussi : 

JUST A PILGRIM : GARTH ENNIS EVANGELISE SES LECTEURS

Garth Ennis a-t-il un problème avec la religion, ou est-ce son âme de protestant contestataire, en bon irlandais, qui ressurgit à chaque fois qu’il s’attèle à la rédaction des scénarios de ses œuvres ? Toute sa carrière est truffée de références irrévérencieuses, dont la plus ouvertement caustique est le célèbre « Preacher » en cours de republication luxueuse chez Urban. Toutefois, je souhaiterais toucher un mot d’une autre de ses créatures, le Pèlerin impitoyable de la série Just a pilgrim. Cette dernière nous plonge dans un monde post apocalyptique qui n’est pas sans rappeler Mad Max. Après la grande « brûlure » du XXI° siècle, l’eau des océans s’est évaporée et la planète toute entière est plongée dans un chaos indescriptible, où la lutte pour la survie suit la règle du plus fort. Le Pèlerin est à son aise dans cet élément : armé de son fusil, mais aussi de sa Bible, il évangélise, réconforte, et trucide par la même occasion, et porte au fond de ses cicatrices et de son regard courroucé tous les secrets du pécheur repenti, héritage d'un lourd passé qui le tourmente et le pousse sur la voix du salut, arrosé du sang frais des infidèles qui lui tombent sous les mains. Ennis irrigue son travail avec la même sève vénéneuse dont il se sert en règle générale : du cannibalisme aux relations zoophiles (ici un pauvre colon est fécondé bien malgré lui par une créature répugnante) tout est prétexte à de cinglantes incursions sur le territoire de la provocation, et le plus étonnant est qu’elle est quasi toujours juste, fait mouche et obtient l’absolution du lecteur qui pourra aller à en rire à s’en décrocher la mâchoire. La couverture du volume 1 (collection Semic Books) nous offre un premier plan du personnage qui révèle de faux airs de Clint Eastwood inspiré par une dévotion déviante, qui justifie ses pires délires. Les dessins de Carlos Ezquerra servent parfaitement le scénario d’Ennis, entre planches bien dégueulasses et élucubrations post apocalypse en plein désert peuplé de monstres difformes et d’êtres au-delà du rachat. Billy Shepherd, 10 ans et demi, est le prétexte idéal pour nous compter ce récit qui transcende les limites; la lueur de l’innocence qui parvient à atteindre le Pèlerin derrière sa carapace au vitriol. Protégé, probablement choyé, à sa façon, par ce solitaire désabusé, il apporte, nonobstant les mésaventures et les tragédies qui vont lui arriver, une mince flammèche d’espérance, que l’univers noir foncé d’Ennis n’oublie pas de souffler avant de refermer la porte.

Le second volume, toujours dans la collection Semic Books – les deux étaient bradés à trois euros dans nombre de Carrefours il y a trois quatre ans, et souvent disponible dans les bonnes brocantes du dimanche matin soit dit en passant – est un peu plus bienveillant à l’égard du Pèlerin, puisque cette fois Ennis semble tenté par la volonté de permettre à son personnage de se racheter pour tous ses crimes passés, qui sont fort nombreux et assez insoutenables pour le bon chrétien bien pensant. Mais la cruauté suprême n’est-elle pas de laisser entrevoir le bonheur quand de toutes manières celui-ci n’a plus le droit de citer, ni même de raison d’être, sur un monde désolé et destiné à l’extinction ? Le Pèlerin pénètre dans une sorte de refuge/oasis peuplé de survivants qui s'attellent à la création d'un nouvel Eden, mais tel le classique ver dans la pomme, le mal ne va pas tarder à ronger les belles illusions de ces nouveaux pionniers. Ennis continue son grand bonhomme de chemin sur l’autoroute vers le succès qu’il a su bâtir de ses propres mains : le gore – provocateur – irrévérencieux mais toujours juste et ironique, qui a défaut de réviser les canons du bon goût, permet de tisser des récits adultes, intelligents, explosifs et jubilatoires, sans se soucier des barrières étriquées de la morale et de la vraisemblance. Une œuvre magistrale et profonde camouflée sous l’écorce d’une bonne grosse série B à fort taux d’hémoglobine, que les amateurs de l’irlandais, qui a réanimé le Punisher après un coma dépassé, se doivent de posséder.



A lire aussi : 



ESCAPE TOME 1 : LA GUERRE ANTROPOMORPHE DE REMENDER ET ACUNA

 Avec Escape , Rick Remender ne signe pas simplement un récit de guerre progressiste et bourré de bons sentiments comme bien d'autres. I...