(SAGA OF THE) SWAMP THING PAR ALAN MOORE

Si vous faites partie de ceux qui ont découvert le personnage de Swamp Thing avec l'arrivée des New 52, vous avez probablement entendu à un moment donné de vieux lecteurs grincheux marmonner que "tout ça c'est bien beau, mais ça ne vaut pas le cycle d'Alan Moore". Le fait est que nous parlons là de l'Histoire avec une majuscule, d'épisodes qui sont entrés de plein pied dans la légende. Moore débarqua sur le titre au numéro 20, et se contenta le premier mois de mettre un terme aux trames en cours, avant de se lancer dans son projet personnel. Revenons en arrière. La créature des marais est une invention de Len Wein et Bernie Wrightson, née dans le mensuel House of Secrets durant les années 70. Un monstre différend, avec des histoires qui se déroulaient au début du XXème siècle. Le succès aidant, Dc demanda aux deux auteurs de travailler sur une série moderne, avec un Swamp Thing incarné par le malheureux scientifique Alec Holland, qui à la suite d'un tragique accident devient cet épouvantail végétal banni de tous. Attention, il ne faut pas sous-estimer les épisodes du binôme Wein/Wrightson, qui outre une qualité artistique indéniable, permettent d'apprécier avec plus de force les décisions de Moore, et le coté bouleversant de son récit. Auteur anglais ne bénéficiant pas à ses débuts de l'incroyable popularité qu'il possède aujourd'hui, Alan Moore scotche son public dès Leçons d'anatomie, qui constitue un modèle d'écriture scénaristique et plonge le lecteur dans la psyché déviante du Swamp Thing, transformant par la suite un vilain de série B comme l'Homme Floronique en un être effrayant et crédible. Un épisode après l'autre, Moore parvient à modifier profondément le statut du personnage, en l'entraînant dans un long voyage intérieur qui flirte avec l'horreur et l'hallucination, et une ambiance particulièrement claustrophobe, au service de laquelle nous trouvons des textes lyriques et introspectifs qui lorgnent du coté de la poésie de Whitman, la beat generation, du flux de conscience de Joyce, tout en anticipant la thématique écologiste, bien des années avant que cela devienne la référence assumée de Grant Morrison, dans sa version toute personnelle d'Animal Man. C'est alors qu'est introduit le concept du Parlement des Arbres, et l'idée que la créature des marais est en fait un "avatar" du monde végétal, une force primordiale, plutôt que le scientifique Alec Holland. 

C'est sous la plume d'Alan Moore que nous voyons apparaître John Constantine, le détective de l'occulte, qui sera par la suite la tête d'affiche de la série Hellblazer, et Jamie Delano se servira de ce qui est narré ici même pour son propre travail. Dans American Gothic, Moore entreprend de nous donner sa version déconcertante de ce que sont vraiment les Etats-Unis, à savoir une nation terrifiante, où l'horreur et la corruption ne sont pas l'apanage des monstres ou des vampires, mais bien de phénomènes plus terre à terre comme la pollution de l'environnement (avec le personnage de Nukeface), la violence faite aux femmes (avec un épisode qui suscita beaucoup de polémiques et les foudres de Jim Shooter, chez la concurrence, car Moore relie explicitement le cycle de la lune, les règles mensuelles de la femme et la lycanthropie). Quand Moore utilise des vampires, c'est pour en faire des êtres surprenants, puisque aquatiques, et lorsqu'il décide de faire entrer sur scène un serial killer comme Bogeyman, il nous plonge dans l'esprit du criminel, anticipant les thèmes et le style que développera par exemple Brett Easton Ellis dans American Psycho. Les amateurs de la continuité et de l'univers Dc pourront aussi se réjouir de l'apparition de plusieurs personnages récurrents et bien connus comme le Phantom Stranger, le Docteur Fate, Zatanna et Zatara, ou bien Deadman et le Spectre.  
Le dessin également est de haute facture, avec des artistes du calibre de Rick Veitch, Stephen Bissette, sans oublier Shawn McManus et Ron Randall. Nous avons droit à nombre d'expérimentations sur le lay-out des pages, sur la structure même des planches qui est en perpétuelle mutation. L'encrage aussi contribue à ces atmosphères si particulières, grâce à John Totleben et au regretté Alfred Alcala. Mention spéciale pour un veritable trip sous acides, lorsque le Swamp Thing et Abigail Arcane ont un rapport sexuel des plus lysergiques. On entre de plein pied dans le psychédélisme hérité des sixities, avec un lointain écho des oeuvres de Jim Steranko. Pour couronner le tout, et vous donner une ultérieure caution intellectuelle, sachez que vous trouverez également des citations et allusions à des oeuvres majeures comme la Divine Comédie de Dante, la tradition gothique, à Goya, ou bien les légendes comme Orphée et Eurydice. En Vf le cycle d'Alan Moore est disponible chez Delcourt, qui a publié ces épisodes (du #21 au #45) dans les volumes 2 et 3 de son Intégrale de 2004 et 2005. Panini aussi s'y est mis, avec les épisodes #20 à #34 présentés en 2010. Le grand défi serait maintenant que Urban Comics nous offre une sorte d'omnibus de collection, avec l'intégrale du cycle d'Alan Moore, histoire de pouvoir avoir ce petit bijou dans un écrin à la hauteur, et de convaincre ceux qui l'ignorent encore qu'il y a bien une vie dans les marais, avant l'avènement des New 52.


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SECRET WARS : A-FORCE #1 #2

Je vous avais promis le passage en revue complet de toutes les séries liées à Secret Wars. Alors l'heure est arrivée de commencer à combler le retard avec les titres déjà bien avancés, et dont il n'a pas encore été question ici même. Ce vendredi, ce sera A-Force à l'affiche. Une équipe qui joue sur la référence des Avengers et a une composition toute féminine. She-Hulk est à la tête de cette formation, où nous trouvons également Miss America, la version femme de Loki, Dazzler, Nico Minoru, Medusa, ou bien Captain Marvel. Elles évoluent sur l'île d'Arcadia, qui n'est pas sans rappeler la fameuse contrée qui abrite les Amazones, chez Dc, avec tout de même la présence des hommes, qui ont du accepter et métaboliser la parité voire la suépriorité de leurs compagnes. Tout semble aller plus ou moins bien jusqu'à ce qu'un requin préhistorique n'attaque, rapidement maîtrisé par America Chavez. Qui commet toutefois une erreur en intervenant, et brise les lois de fer dictées par Doom tout puissant, que la patrouille des Thors s'empresse de faire respecter. La punition est exemplaire car il s'agit d'une réclusion à perpétuité, à la barrière avec le monde extérieur, là où règne le danger, l'horreur, et qui est isolé d'Arcadia de manière hermétique. Un confinement qui n'est pas du goût de tout le monde, et suscite des dissensions au sein du team, car certaines des membres reprochent à Miss Hulk son inaction, et sa tendance à plier trop facilement devant les diktats de Fatalis. Pour compliquer les choses, ou les rendre plus intéressantes encore, une créature venue de l'espace (là où il ne devrait rien y avoir, dans le monde du Battleworld) débarque chez les femmes de A-Force et Nico Minoru, très affectée par le départ de Miss America, décide de la prendre sous son aile.
Bonne surprise, G Willow Wilson  (en duo avec Marguerite Bennett) réussit à s'occuper d'un groupe d'héroïnes avec le même talent et le même sens du récit que dans la série Miss Marvel. Ce qui est une chose agréable,  car il est indéniable qu'en dehors du fait que A-Force est entièrement composée de femmes, on ne parvient pas bien à comprendre comment elle a pu être mise sur pieds, et dans quel but, dans le cadre des Secret Wars et de sa multitude de territoires. On peut certes bien se gausser devant les propos délirants tenus dans un grand quotidien new-yorkais, qui comparent les membres du groupe à une assemblée de porno-stars, tant dans les poses que dans les tenues vestimentaires. C'est d'autant plus idiot que Jorge Molina parvient à livrer des planches très réussies, belles, dynamiques, d'une plasticité évidente, avec juste le regret d'une surcharge de didascalies/dialogues sur quelques pages. Trop d'informations tue l'information. Le titre reste quand même une bonne pioche, suffisamment inventif et rétro dans le même temps, pour donner envie de poursuivre l'aventure, tout en acceptant l'idée qu'il n'est là que pour jouer la montre, car les véritables aventures de A-Force, avec de vrais enjeux, seront vraisemblablement réservés à l'après Secret Wars. Marvel s'annonce All-New All-Different, et se fémininise au possible. Le rapport des sexes s'équilibre, mesdemoiselles mettez-vous aussi aux comics!


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ONSLAUGHT ! L'OMNIBUS DE LA GRANDE SAGA DE 1996

En 1996 l'univers des mutants (mais aussi de nombreux autres héros comme les Avengers) est secoué par un seïsme d'ampleur phénoménale. il s'agit là de l'arrivée d'Onslaught, un nouvele ennemi surpuissant, capable de faire mordre la poussière à tous nos héros, et de bouleverser l'ordre établi de l'ensemble du monde Marvel. Vous le savez tous, après presque vingt ans et le récent crossover Axis, Onslaught est en fait un être qui organise la fusion entre les esprits de Charles Xavier (qui a accumulé bien des frustrations au fil des ans) et de Magneto (qui a un certain goût en matière de terrorisme et actions violentes). A l'époque l'arrivée d'Onslaught est préparée dans presque tous les titres mutants, avec des confrontations ou des rencontres qui font froid dans le dos. A chaque fois, que ce soit Jean Grey ou Le Fléau, par exemple, la conclusion est la même : c'est un ennemi invincible et inconnu qui avance inexorablement, qui plus est capable de dissimuler sa véritable identité à ceux qu'il menace. Cain Marko a beau être un gros bras qui se vante d'être intouchable, il n'empêche que sa première réaction est d'aller demander de l'aide aux X-Men, pour contrer celui qui l'effraie autant. Chez les mutants, un mystère est sur le point d'être révélé : dès son arrivée à notre ère temporel, Bishop, soldat appartenant à une milice pro-active venue du futur, avait évoqué un traître au sein du groupe, qui devait normalement provoquer la fin de ses congénères. Après bien des épisodes durant lesquels les lecteurs avaient tenté de comprendre de qui il s'agissait (le pauvre Gambit étant le premier a attirer les soupçons de Bishop), Onslaught est aussi l'occasion de faire tomber les masques. On ne rigole pas beaucoup chez les mutants en 1996. Wolverine a été privé de son adamantium et il a regressé à l'état sauvage, l'Opération Tolérance Zéro de Bastion et Graydon Creed trame contre les porteurs du gène X, le Fauve a été kidnappé et remplacé par son double maléfique venu de l'ère d'Apocalypse... Dans un tel contexte, et face à une telle opposition, les X-Men ont peu de chance de faire face, à moins de s'allier avec d'autres héros prêts à entrer dans la bataille, et d'accepter l'idée que la survie passe par de lourds sacrifices...

Onslaught a beau sembler invincible, il aimerait bien mettre la main sur les personnes pouvant servir sa cause, ou la contrecarrer. C'est le cas par exemple du petit Franklin Richards, le fils de Reed et Susan des Fantastiques, qui va jouer un rôle prépondérant dans la survie de nombre de héros après le combat final. Ou encore de X-Man, à savoir Nathan Grey, version alternative de Cable, venu d'un futur aléatoire (Age of Apocalypse), jeune et impétueux, et consumé par son propre pouvoir. C'est que cette fois la communauté en collants de chez Marvel n'a pas d'autre alternative, si elle veut sauver les meubles et la planète, que de se sacrifier, et lourdement. Onslaught a crée un nouveau soleil et menace d'éteindre toute vie sur Terre, et pour le contrer, il va d'abord falloir porter atteinte à son intégrité physique (et donc recourir aux gros calibres comme Hulk) puis porter le coup fatal à son essence psychique, en la canalisant dans les corps bien matériels de certains des plus nobles justiciers, qui acceptent de disparaître pour que vivent tous les autres. Les mutants ne peuvent participer à ce coup d'éclat tragique, car leurs pouvoirs ne feraient que rendre Onslaught invincible. Du coup, voici le monde changé à jamais : la plupart des grands héros (Iron Man, les Fantastiques, Hulk, Captain America...) sont pleurés par l'humanité, et les X-Men pointés du doigt, comme co-responsables des événements terrifiants qui viennent d'avoir lieu. Certes, les "morts" ne le sont pas (merci Franklin Richards) et nous verrons par la grâce de quel subterfuge dans un prochain article. En Vf Onslaught bénéficie d'une version librairie notable, avec un gros Omnibus chez Panini. Qui possède deux gros défauts toutefois. Le premier, c'est l'ordre aléatoire de certains épisodes (c'est une vaste fresque qui englobe nombre de séries mensuelles) que les lecteurs ont vite déploré. Le second, c'est le tirage assez faible qui explique que l'album est épuisé, et se négocie sur les sites aux enchères de deux à trois fois son prix d'achat. Panini va bientôt offrir aux lecteurs (offir, façon de parler) un autre Omnibus contenant les épisodes précédents à Onslaught, ce qui est une excellente nouvelle pour les amateurs de comics des années 90, mais il aurait été avisé de donner aussi à ces lecteurs la possibilité de se procurer à nouveau le premier Omnibus si cher et introuvable. Les artistes, pour conclure. Évidement, un florilège de grand noms, et une multitude de styles et d'ambitions. Les plus convaincants sont Andy Kubert, Joe Madureira, Adam Kubert, Mike Deodato, Carlos Pacheco, ou Mike Wieringo. Quel tableau de chasse! Les textes sont des spécialistes du genre dans les nineties, à savoir Scott Lobdell (nostalgie...), Mark Waid, Tom De Falco, Jeph Loeb, ou encore Peter David. On aime (ou pas) ce genre de comics ultra bourrin et explosif, mais une chose est certaine, ça a marqué son époque, et ça reste gravé dans l'esprit de ceux qui ont connu ces aventures dans leurs belles années!




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CAPTAIN AMERICA : WHITE DE JEPH LOEB ET TIM SALE

Captain America : White, de Jeph Loeb et Tim Sale, est le genre de parution que beaucoup attendaient, tout en désespérant de ne rien voir venir. Il faut dire que les deux artistes nous ont habitué à des collaborations spectaculaires et merveilleuses, du Long Halloween chez Batman, au Daredevil : Yellow et autres séries liées au cycle des couleurs chez Marvel. Ce White en fait bien sur partie, comme vous l'aurez compris. Il faut remonter en 2006 pour retrouver les origines de ce projet, et un numéro zéro auquel aucune suite concrète n'avait été apporté. Cette fois, 2015 voit enfin White devenir un titre concret et fini, dans une mini série qui vient de démarrer. Je vous présenterai très bientôt une review (quand j'aurai enfin récupéré mon exemplaire du #1) mais je vous invite, pour patienter, à méditer sur ces covers et pages intérieures. Je ne vous cacherai pas que les premiers lecteurs ont été ...déçus. Notamment par Tim Sale. J'ai hâte de me forger ma propre opinion.















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SECRET WARS : HOWARD THE HUMAN #1

Prenons le concept de départ, et inversons-en totalement les effets. Oubliez Howard le canard qui fréquente un monde d'êtres humains comme vous et moi, place à Howard l'humain, qui évolue à New Quack, cité remplie d'animaux anthropomorphes, où ce qui est la norme est une unique exception bizarre. Howard est détective, picole dans les bars miteux tout en se désespérant de ne pouvoir trouver des oeufs comestibles dans le commerce, et se laisse prendre au piège des événements qu'en réalité il manipule. Skottie Young ne cache pas son inspiration, et il faut aller creuser du coté des polars à la Raymond Chandler pour la genèse de ce numéro, qui emprunte aussi aux ambiances des années 80 instaurées par Frank Miller sur le titre Daredevil. D'ailleurs nous avons en cours de route l'apparition de la version animalière de Matt Murdock (Mouse Murdock) qui prolonge notre visite des bas-fonds de la ville, peuplés d'individus au faciès louche et truffés de ruelles infréquentables. Les références au monde Marvel traditionnel sont une sorte de jeu de piste amusant, que les lecteur habituels vont déchiffrer sans aucun mal. Le patron du bar dans lequel est narré le récit se nomme Connors (Le Lézard), on trouve un vautour du nom de Toomes, et également et surtout une jolie chatte noire peu scrupuleuse qu'il est inutile de vous présenter. Là où le bât peut blesser, c'est dans la partie graphique, confiée à Jim Mahfood, un dessinateur plus habitué à s'exprimer dans des oeuvres d'art personnelles et inventives (et dans les comics underground) que dans les pages des parutions Marvel. Du coup le trait est sauvage, anarchique, volontairement approximatif et sale, et la construction des planches également joue sur cet aspect improvisé, cahotique, dans un esprit presque punk et jemenfoutiste. Du coup ce Howard the Human apparaît comme une tentative ultra décalée de projeter l'univers des Secrets Wars sous une lumière arty. On savait que tout peut s'y dérouler, nous avons la confirmation que outre l'action, les événements, c'est aussi le cas pour l'aspect créatif. Ces Guerres Secrètes sont à interpréter comme un laboratoire de projets, d'expérience, la plupart n'étant pas destinés çà connaitre des lendemains qui chantent, mais assurément disposant d'un présent enviable. Howard the human est une synthèse fascinante et intelligente du polar le plus adulte avec le délire visuel le plus (faussement) régressif. Dysney qui se télescope avec l'univers noir à souhait des détectives en gabardine qui se mettent minables à coups de whiskys dans des bars oubliés. Bref, je vous invite à jeter un oeil sur cet ovni qui le mérite pleinement. 


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VENOM : ORIGINES SECRETES ET ... SOMBRES ORIGINES

Un des personnages les plus controversés et appréciés de l'univers de Spider-man est assurément Venom, qui avant d'être cet agent gouvernemental associant symbiote alien et Flash Thompson privé de ses deux jambes, a longtemps et surtout été le fruit de la frustration et du sentiment d'impuissance d'Eddie Brock, journaliste raté et à la carrière ruinée par un faux scoop trop facile. Mais ce que vous ne savez peut être pas tous, c'est qu'au départ, Venom devait être une femme ! C'est David Michelinie, scénariste du Spidey d'alors, qui crache le morceau : C'est un personnage que j'ai d'abord introduit dans la série Web of Spider-man, et qui devait être une femme. J'ai commencé avec le costume alien que Parker avait ramené de la planète du Beyonder (voir : Guerres secrètes) et que Tom De Falco avait utilisé durant son run. Ce qui m'intriguait, c'était l'idée que quelque chose puisse inquiéter Parker sans pour autant déclencher son sens d'araignée. Dans Web of SM 18, on voit ainsi une main pousser Peter sous le métro, sans que le sens de celui ci réagisse. Je voulais que le personnage soit une femme, au départ. Sur le point d'accoucher. Son mari se précipite au dehors pour héler un taxi, mais le chauffeur de ce dernier, absorbé par un combat que livre au même moment le tisseur de toile, ne fait pas attention à l'homme pressé, le renverse, et le tue. Son épouse en perd la raison, et l'enfant, par la même occasion. Par la suite, elle en arrive à blâmer le tisseur et le rend responsable de ce qui est arrivé. Le costume alien est attirée par la haine que ressent cette femme et s'unit à elle pour se venger de Parker, qui l'a rejeté. C'est Jim Salicrup qui fit changer d'avis Michelinie, lorsque celui ci repris les commandes du titre phare, Amazing Spider-man : A l'occasion du numéro 300, Salicrup voulait introduire une nouvelle et terrible menace pour l'Araignée. Je lui exposais mon idée, mais une femme, même si en symbiose avec le costume alien, ne semblait pas assez effrayante et crédible pour notre histoire. C'est alors qu'est apparu le récit impliquant le journaliste Eddie Brock. Comme quoi, dans la vie réelle comme dans nos comic-books, le destin ne tient parfois qu'à un fil. Mais passons maintenant à d'autres origines vénomesques, de sombres origines...

Pour écrire les "Sombres Origines" de Venom, Zeb Wells n'a pas souhaité trop se familiariser avec le personnage. Il n'avait lu auparavant que ce qui fut publié sur Amazing Spider-Man 300, de manière à ne pas se laisser influencer par les versions successives du costume alien, et à produire un récit frais et vivant. L'objectif est en partie atteint. Dark Origin reprend le cours de l'existence d'Eddie Brock, depuis sa tendre enfance, jusqu'à ses premiers amours. Le fil conducteur semble être le mensonge, l'incapacité d'accepter la réalité telle qu'elle se présente à lui, par manque de courage, de vision, ou d'éthique. Brock trouve toujours un subterfuge pour plier les événements à sa volonté, et parfois le destin lui donne un coup de pouce, comme lorsque Spidey intervient et le sauve d'une agression, en compagnie de sa fiancée. Celle ci, assommée, se réveille et imagine que son chevalier galant s'est débarrassé seul des malfrats. Bien sur, Eddie ne la dément pas. On trouve aussi, bien entendu, cette bourde incroyable, quand le jeune journaliste aux dents longues révèle au public du Daily Globe l'identité d'un assassin tueur de flics et de pécheurs en tous genre (un cinglé visionnaire qui se révélera être un gradé de la police lui même. Au passage, il a trucidé la légendaire Jean DeWolf, une des plus émouvantes figures féminines jamais apparues dans le cast de Spider-Man). Eddie se laisse induire en erreur par un mythomane, et sa carrière s'effondre avant même de prendre son essor. Son bouc émissaire sera le tisseur de toile, qui a arrêté le vrai coupable. Dès lors, il ne reste plus que la cerise sur le gâteau, la rencontre fatale entre un costume extra terrestre (un symbiote) rejeté par Peter Parker, et un homme aigri et revanchard, qui va offrir à la créature son enveloppe charnelle pour créer un monstre hybride, qui va marquer indiscutablement les nineties, décennie sombre à souhait, truffée d'anti héros et de récits bien glauques. C'est Angel Medina qui assure la partie graphique. Je l'avais adoré sur Warlock and the Infinity Watch, mais là il exacerbe un tantinet trop les postures et les réactions de Venom, à en devenir irritant. Certes, il fournit tout de même un travail global de qualité, et surtout plein de mouvement et d'expressivité. Par contre, Zeb Wells devra nous expliquer pourquoi Ann Weying, la petite amie de Brock, que nous connaissions blonde, devient ici une afro américaine un peu trop stéréotypée. Une bourde que personne ne corrigea à l'époque chez Marvel, ce qui ne fait pas très sérieux, à bien y repenser! Voilà pour nous rafraîchir la mémoire, et alimenter notre nostalgie d'un Venom qui semble très loin et distant aujourd'hui...


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SPIDER-VERSE : LE FINAL DE LA SAGA EN KIOSQUE CE MOIS-CI

Spider-Verse, le final. Dan Slott se sera vraiment bien amusé - et nous aussi - avec toutes ces versions de Spider-Man, de la plus improbable à la plus excentrique, à travers les plans d'existence pour la lutte et la survie du genre, face aux terribles héritiers qui ne pensant qu'à se nourrir et exterminer les différents arachnides. Ces vampires psychiques sont probablement le plus gros défi que Spider-Man et ses "frères" n'ont jamais eu à affronter, et c'est la race totémique toute entière qui est menacée. Une des têtes d'affiche de cette saga est Morlun, que nous avions vu débuter dans le long run de Straczynski sur The Amazing Spider-Man, en 2001. A lui seul il avait mis notre héros sur la sellette, alors vous pouvez facilement comprendre qu'avec toute sa "famille" le coefficient de difficulté est d'autant plus relevé. Nous sommes arrivés à la bataille finale, le round conclusif, et malheureusement (mais c'est logique) il n'y a pas de place égale pour toutes les versions de Spider-Man, et seules certaines d'entre elles ont droit aux premières loges. C'est aussi l'occasion pour le scénariste de placer le mot de la fin pour ce qui est des aventures du Superior SM, engagé dans un ultime face à face tendu avec celui dont il a usurpé l'existence. Une lutte perdue d'avance, pour un personnage qui se retrouve engagé dans Spider-Verse suite à un bug temporel survenu lors de son incursion dans l'univers 2099, il y a quelques mois de cela. Dock Ock n'arrive vraiment pas à se résoudre à accepter la vérité, à savoir que malgré son génie et son manque de scrupules, il ne pourra jamais être réellement supérieur à celui qu'il remplace. Cette dualité fait un peu d'ombre au grand final de Spider-Verse, qui explose de manière un peu forcée et rapide, et aurait probablement pu être gérée de façon à présenter un épilogue plus crédible que celui du membre rebelle de la famille ennemie, qui finit par se raviser et faire le jeu de ceux qu'il a toujours retenu ses adversaires ataviques. Pour revenir à Octopus, son manque d'assurance et son immaturité fondamentale sont probablement les tares qui l'ont empêché d'aller au bout de ses idées, et on le sent plus fragile que jamais, derrière la morgue et la prétention dégagée en temps normal, sous le costume de Spidey. 

Bien entendu, comme tout grand événement qui se respecte, Spider-Verse est aussi bien une fin en soi, et l'occasion de donner une nouveau départ, ou une nouvelle orientation, pour tous ces personnages qui gravitent autour du tisseur de toile. A commencer par Peter Parker lui même, qui en sort grandi, encore plus convaincu et installé dans le rôle du héros enfin sur de soi et capable de grandes choses, quitte à endosser le manteau de leadership dans les moments cruciaux. Silk et Spider-Gwen se taillent également une belle part du gâteau dans Spider-Verse. La première trouve une justification à son apparition sur la scène, et la seconde a immédiatement conquis le coeur des fans, avec un look attachant et une personnalité assez correctement définie. Spider-Woman (Jessica Drew) a eu droit à de bons moments, et va pouvoir prendre de nouveaux sentiers avec une conviction renouvelée. Enfin plusieurs versions alternatives de Spider-Man laisseront des souvenirs mémorables, et seront réemployés par la suite, des Secret Wars actuels aux plans encore en devenir pour le All-New All-Different Marvel. Citons donc Spider Uk, la jeune Anya Corazon, le divertissant Spider-Ham, ou encore l'avatar venu de l'Inde du Parker américain. Le dessin est lui de grande facture, avec une alternance entre Olivier Coipel, qui frise désormais avec le génie pur et simple, et un Giuseppe Camuncoli qui n'a jamais été aussi en forme, et propose une sorte de synthèse habile et remarquable entre le chaos et l'inventivité de Ramos, et la perfection stylistique de Coipel. Expressivité et dynamisme maximaux, avec toujours et encore une ligne claire et simple, et une grande lisibilité. Nous sommes gâtés, c'est beau, c'est frais, c'est du bel ouvrage. Alors certes, on aurait pu rêver d'un bouquet final plus crédible et mieux amené, mais Spider-Verse laissera à mon sens de très bons souvenirs aux lecteurs, et aura été une injection de fun dopée à l'adrénaline. Accrocs que vous êtes. 


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