ESCAPE TOME 1 : LA GUERRE ANTROPOMORPHE DE REMENDER ET ACUNA


 Avec Escape, Rick Remender ne signe pas simplement un récit de guerre progressiste et bourré de bons sentiments comme bien d'autres. Il s’attaque au genre avec une idée/intuition qui fait mouche et la transforme en une expérience d’une intensité rare. Une Seconde Guerre mondiale peuplée d’animaux anthropomorphes pourrait sembler anecdotique. En réalité, l’effet s’estompe en quelques pages, remplacé par une immersion totale dans un conflit brutal, moralement trouble et profondément humain, comme l'impose la réalité de l'Histoire. Milton Shaw, pilote de bombardier, est au cœur du récit. Derrière l’ours, il y a surtout un homme usé, pris dans une mécanique qui le dépasse. Très vite, le vernis du concept disparaît pour laisser place à une question essentielle, presque dérangeante. Jusqu’où peut-on aller pour mettre fin à une guerre ? Et quel est le prix à payer niveau pertes humaines ? Remender ne cherche jamais à rassurer. Il installe au contraire un malaise durable, nourri par des dialogues d’une grande justesse et un sens aigu du rythme. Et comme on l'apprend dans les deux pages de rédactionnel qui ouvre ce tome 1, le récit puise ses racines dans la généalogie familiale du scénariste, qui sait de quoi il cause. Du reste, les trente premières planches impressionnent par leur maîtrise. Tout y est tendu, précis, sans fioritures. La violence des combats frappe, mais ce sont surtout les pertes et leurs conséquences qui marquent. Même les personnages secondaires existent pleinement, esquissés en quelques lignes mais déjà crédibles. On retrouve une intensité que l’on associe parfois aux récits de Garth Ennis, avec ici une approche plus sensible, en tout les cas parfaitement crédible et poignante, dans la manière de traiter la tragédie. 



Le travail de Daniel Acuna participe énormément à cette réussite. Son dessin dense, chargé en textures, donne à l'ensemble une matérialité presque étouffante. Les visages transmettent chaque émotion avec une précision troublante, au point de faire oublier la nature animale des personnages. Les scènes de bombardement sont spectaculaires, mais jamais gratuites. Elles restent lisibles, spectaculaires, toujours au service de l’histoire. Les décors et les machines sont traités avec un soin remarquable, ce qui renforce la crédibilité de cet univers pourtant décalé, tandis que Milton et ses collègues tentent de faire sauter un super canon qui pourrait bien décider du sort de la guerre. Ils sont finalement abattus et là… le deuxième numéro surprend tout le monde par son approche. Après les rafales de mitraillettes et les bombes, Remender ralentit et revient en arrière. Il s’intéresse à l’homme avant le soldat, à ce qui l’a construit et à ce qu’il risque de perdre. Un choix qui aurait pu casser la dynamique mais qui donne au contraire une profondeur supplémentaire au récit. La relation de Milton avec sa compagne, leurs espoirs, leurs difficultés, tout cela installe une forme de douceur fragile, constamment menacée. Ce chapitre est plus calme en apparence, mais il touche au cœur du lecteur, directement. Chaque moment heureux semble déjà condamné. Et quand on revient au temps présent, c'est pour avoir sous les yeux un Milton esseulé en territoire ennemi, blessé, avec une seule arme à disposition et la moitié d'un chargeur à dépenser pour sauver sa peau ! Bref, Escape s’impose comme l’un des projets les plus solides de Remender depuis longtemps. Une série qui trouve immédiatement sa direction, qui ose des choix forts et qui rappelle, sans jamais forcer le trait, que derrière les stratégies militaires se cachent avant tout des existences fragiles, des êtres humains qui servent de pions et de chair à canon pour des haut-gradés qui font joujou avec des cartes d'état major, bien au chaud. La guerre est une engeance. 


Sortie cette semaine chez Urban.

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DAREDEVIL BORN AGAIN : NOTRE AVIS SUR LA SAISON 2


 On va essayer de se parler franchement, et ce sera la meilleure nouvelle de cette critique : cette saison 2 de Daredevil : Born Again ne cherche pas à rassurer le pékin moyen. Elle avance parfois de manière hésitante, souvent avec une brutalité assumée, mais toujours avec une idée claire : transformer l'opposition entre les principaux antagonistes en conflit total. Pas seulement entre deux hommes, mais entre une ville et ce qu’elle accepte de devenir. Et ça devrait vous rappeler quelque chose, sauf si vous habitez sur la Lune. La première saison prenait son temps, quitte à frustrer les impatients. En se concentrant presque exclusivement sur Matt Murdock et Wilson Fisk, elle ressemblait à une longue mise en place, une étude de caractère qui laissait parfois de côté l’essence même du personnage. Cette nouvelle saison ne renie pas cette approche, mais elle change progressivement de braquet. Ce qui était en gestation finit (enfin) par éclater. Six mois ont passé, et tout s’est délité. Fisk est désormais maire, et il exerce un pouvoir qui déborde largement du cadre politique. Son escouade anti-justiciers agit sans retenue, arrête, enferme, intimide, sans la moindre légitimité ou mesure. La série insiste sur la dimension politique de cette dérive, parfois de manière un peu appuyée (coucou, ICE), mais elle installe surtout un climat de tension permanent. New York n’est plus un décor, c’est une ville sous pression. Une cocotte minute qui va inévitablement exploser. En face, Matt Murdock se débrouille avec des moyens dérisoires. Pas de coalition de super-héros, pas de renforts spectaculaires. Juste Karen, quelques alliés, et une lutte menée dans l’ombre. Le choix est clair : rester au plus près des personnages. Cela donne une guerre plus discrète, plus fragile aussi, où on aurait vite fait de se décourager, à la place de la bande à DD. C’est là que la série trouve sa vraie force. Elle ne raconte pas simplement un combat entre un héros et un adversaire, mais un tiraillement moral constant. Matt refuse de tuer, même lorsque tout semble justifier le contraire. Ce refus n’est pas présenté comme une évidence morale, mais comme un fardeau. Karen, en particulier, incarne cette tension : sa colère, son désir de réponses plus radicales donnent au récit une intensité supplémentaire. Elle a croisé la route de Frank Castle, elle s'en est presque inspirée ! 



Et au centre du ring (dans tous les sens du terme, vous verrez), Fisk. Vincent D’Onofrio compose une nouvelle fois un personnage impressionnant de maîtrise. Il ne force jamais le trait. Son Fisk reste persuadé d’agir pour le bien commun, et c’est précisément cette conviction qui le rend si inquiétant. Son pouvoir peut sembler excessif, mais il est porté par une logique interne qui tient, avec son épouse comme centre de gravité émotionnel. Mais bon, comme la réalité semble dépasser la fiction, ces derniers mois… La série élargit aussi son regard. La ville réagit, les habitants prennent position, les médias influencent les perceptions (le podcast de BB Urich est une incarnation moderne et intelligente). L’affrontement dépasse largement le cadre personnel : il devient une lutte pour imposer une vision du monde. Qui mérite d’être soutenu ? Qui doit être arrêté ? Rien n’est tranché de manière simple. Tout n’est pas non plus parfaitement maîtrisé, dans cette seconde saison. Certaines incohérences liées à l’univers Marvel subsistent, notamment dans la gestion des événements passés ou des capacités/pouvoirs des personnages. Certains détours narratifs auraient gagné à être resserrés, on se perd parfois dans des détails qui peuvent faire bailler. Mais ces limites n’effacent pas la cohérence d’ensemble, qui reste assez louable. Car cette suite fonctionne comme une conséquence directe de ce qui a précédé. Ce qui a été amorcé trouve ici son prolongement, souvent de manière violente. Les affrontements sont plus présents, mais surtout plus significatifs. Ils ne sont jamais gratuits, et ça tape sans pitié. Sans oublier une tension sourde et un climat de menace terrifiant, quand les poings se taisent. La scène en voiture, entre Buck (l'homme de confiance de Fisk) et Daniel (le directeur de communication, joué par un excellent Michael Gandolfini) est un pur joyau du genre, digne de Breaking Bad. Malgré une tonalité sombre, la série laisse entrevoir une forme d’espoir. Discrète, fragile, mais réelle. Matt Murdock continue de croire qu’il est possible d’agir sans céder à la facilité/fascination de la violence absolue. Une position difficile à tenir, mais qui donne tout son sens à son combat, comme dans les comics, par ailleurs. Dans un univers cinématographique souvent tenté par la neutralité ou la pusillanimité, Daredevil : Born Again préfère s’engager. Certes, dans la direction convenue et prévisible, pour qui connaît les idées de Marvel, le progressisme des comics et du personnage. Mais ce choix, même imparfait, même maladroit, lui donne une vraie identité, et un parfum de vérité évident.



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LE COMPLOT DES GRENOUILLES : AVENTURE ET FABLE ÉCOLO


 Sous son titre délicieusement absurde et improbable (on imagine déjà des batraciens en réunion stratégique, PowerPoint à l’appui. Prêts à bloquer le détroit d'Ormouz ?) Le Complot des grenouilles déploie en réalité un récit bien plus subtil (et mature) qu’il n’y paraît. Derrière l’aventure champêtre et la fantaisie assumée, Julia Rubau Vigara signe un album qui avance masqué et préfère la douceur des formes à la rudesse du propos. Tout commence comme une chronique estivale presque anodine. Trois enfants, un coin de nature, l’ennui des vacances qui s’étire… et puis soudain, un élément perturbateur surgit, comme toujours dans les bonnes histoires. Ici, il prend la forme d’un événement aussi incongru qu’inexplicable, bientôt prolongé par la découverte d’une mystérieuse pierre aux reflets rosés. À partir de là, le réel se fissure et laisse passer une logique plus étrange, presque onirique, où l’imaginaire n’est plus un jeu mais une porte entrouverte sur autre chose. Ce basculement, l’autrice le maîtrise avec une aisance remarquable. Elle installe progressivement un monde parallèle sans jamais rompre avec le point de vue enfantin. Car tout est affaire de perception : ce qui pourrait n’être qu’un délire d’enfants devient une aventure aux enjeux bien réels, où une communauté de grenouilles, menée par une figure aussi vindicative que charismatique, prépare une riposte contre les humains. Oui, rien de moins. Comme quoi, même au bord d’un ruisseau, la géopolitique n’est jamais très loin. Et ces humains, après tout, ils l'ont bien mérité, non ?


Mais réduire l’album à son intrigue serait passer à côté de l’essentiel. Car ce qui se joue ici dépasse largement l’affrontement entre espèces. Le véritable terrain de conflit est intérieur. Léna, la jeune héroïne, incarne cette zone fragile où se mêlent frustration, besoin de reconnaissance et difficulté à exprimer ce qui déborde. L’aventure fantastique agit alors comme un miroir grossissant des émotions enfantines : la colère, l’incompréhension, le sentiment d’être mis à l’écart. Rien de spectaculaire, mais tout sonne juste. L’intelligence du récit réside également dans cette capacité à faire dialoguer les niveaux. D’un côté, une menace collective qui pourrait virer à la catastrophe. De l’autre, des tensions minuscules mais essentielles, celles qui traversent les relations humaines au quotidien. Et entre les deux, une idée simple mais jamais simpliste : parler reste encore la meilleure option. Une évidence, certes, mais que l’album prend le temps de construire, sans jamais sombrer dans la leçon appuyée. Graphiquement, le charme opère de manière plus lente. Le trait, d’abord, semble très candide, comme s’il cherchait à rassurer. Puis, à mesure que les pages défilent, on perçoit la précision du découpage, l’attention portée aux ambiances, aux variations de couleurs. Chaque séquence possède sa tonalité dominante, sa respiration propre, comme si l’autrice composait une partition visuelle où chaque teinte viendrait souligner une émotion ou un basculement narratif. C’est feutré, délicat, mais loin d’être bêbête. Le Complot des grenouilles ne raconte pas tant une conspiration qu’un apprentissage. Celui de la nuance, du compromis, de l’écoute. Autant de concepts que même certains adultes peinent encore à apprivoiser, ce qui donne à l’album une petite saveur ironique. Julia Rubau Vigara propose un récit qui, sous couvert de fable écologique et émotionnelle, invite à repenser notre manière d’habiter le monde. Avec un peu moins de certitudes… et, pourquoi pas, un peu plus de considération pour les grenouilles. Croa Croa ! Publié chez Aventuriers d'Ailleurs, label de Bamboo. 



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PLANÈTE HULK : RETOUR EN OMNIBUS CHEZ PANINI


 Vous aimez toujours autant (ou aussi peu) les Omnibus ? Cette fois, c'est avec Hulk que vous avez rendez-vous, et une histoire qui fut une des meilleures en son temps chez Marvel, Planète Hulk. Avec le Colosse de jade, un jour ou l'autre, il fallait bien que cela arrive. Je veux dire : comment régler la question Hulk, quand le monstre, même s'en forcément le vouloir, détruit sur un coup de sang San Francisco, ou le lendemain en découd avec l'armée ? La question épineuse a été au centre d'un long débat chez les Illuminati (groupe secret regroupant les plus éminents héros de la Terre) qui ont opté pour une conclusion discutable : l'exil. C'est ainsi qu'ils ont piégé Hulk avec de fausses bonnes intentions, et l'ont placé à bord d'une fusée en direction d'une paisible planète où il pourra se relaxer indéfiniment sans faire de mal à personne. Ce n'est pas du goût de Bruce Banner, d'autant plus qu'un incident survient en vol, et que l'atterrissage ne se fait plus sur l'Eden promis, mais sur un monde guerrier qui ne connaît que le bruit, la fureur et le sang, et où Hulk, d'entrée de jeu, et réduit en esclavage. Certes, à bien y repenser, il est illusoire de croire qu'on peut enchaîner une telle créature, et du reste, assez rapidement, le prisonnier va se faire des amis, des compagnons d'arme, et soulever une véritable révolution (un Gladiator moderne venu d'outre-espace) qui va le placer sur le trône en compagnie de Caiera, qui va devenir sa reine et son amour de l'autre bout du cosmos. Dit comme ça c'est presque idyllique, et on pourrait penser que Hulk est enfin dans son élément et que la décision discutable des Illuminati lui a changé (en bien) la vie. C'est sans compter sans un drame final… Bienvenue sur la Planète Hulk, où ça castagne jour et nuit !



Au départ, Planet Hulk ne devait être qu'un story-arc en quatre parties, pensé par Joe Quesada pour relier les aventures du personnage à Civil War. En fait, cela deviendra vite la plus longue saga du personnage, centrée autour de quatorze numéros divisés en quatre volets, et c'est Greg Pack qui va recevoir la patate chaude : mettre en scène ce monde guerrier, Sakaar, sur lequel Hulk va vivre des aventures qui nous rappellent vaguement la Rome Antique et les gladiateurs, sur fond de paysage extra-terrestre. La nouveauté pour le géant vert, c'est que sur Sakaar, d'autres combattants ont une force similaire, et qu'il peut enfin donner libre cours à toute la rage qu'il a combattu des années durant. Au contraire, c'est seulement en laissant exploser son vrai potentiel qu'il pourra survivre et gravir les échelons sociaux, au point de devoir déterminer son avenir, sa voie. Il y a de tout là-dedans : des homme-insectes, des robots, de la violence, des monstres, des vaisseaux spatiaux, une nature alien, bref, un vrai condensé d'aventure qui prend le lecteur par la main, et le guide à travers tout un macrocosme novateur et parfois déroutant, pour qui est habitué aux aventures plus classiques de Hulk. Mais c'est indiscutablement une réussite sur la longueur, un de ces récits qui marquent leur temps et que les passionnés du personnage ne peuvent pas ne pas avoir lu. D'autant plus que la conclusion explique ce qui va se dérouler ensuite dans World War Hulk, un grand événement Marvel beaucoup moins convaincant. Pour les dessins, la prestation de Carlo Pagulayan, un philippin alors à son premier grand succès pour Marvel, est relativement bonne, avec une belle galerie de héros et guerriers saisissants et touchants, tous bien mis en scène, avec une lisibilité notable et une attention certaine à l'expression des sentiments des différents intervenants. Ce n'est guère une surprise, finalement, de constater que cet arc narratif a été utilisé pour étoffer le troisième film consacré à Thor, même si sans atteindre la réussite de la version papier. L'omnibus revient sur tout ce que nous venons de dire avec un menu riche et joyeux : Incredible Hulk (2000) 88-105, Giant-Size Hulk (2006) 1, Fantastic Four (1961) 533-535, New Avengers: Illuminati (2006) 1, Amazing Fantasy (2004) 15 (I) et What If? Planet Hulk (2007) 1.



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LE PODCAST LE BULLEUR PRÉSENTE : TOURNER LA PAGE


 Dans le 222e épisode de son podcast, Le bulleur vous présente Tourner la page, album que l’on doit à Zep, un ouvrage édité chez Rue de Sèvres. Et revient aussi sur l’actualité de la bande dessinée et des sorties avec :


- La sortie de l’album L’homme qui vendit la Tour Eiffel que l’on doit au scénario de Stéphane Marchetti, au dessin de Joseph Falzon et c’est publié aux éditions Dargaud


- La sortie de l’album Colette que l’on doit à Séverine Vidal pour le scénario, Kim Consigny pour le dessin et l’album est publié aux éditions Delcourt dans la collection Encrages


- La sortie de l’album Frankenwood que l’on doit au scénario de Darko Macan, au dessin d’Igor Kordey pour un ouvrage sorti aux éditions Dupuis


- La sortie de l’adaptation du roman d’Ernest Hemingway Pour qui sonne le glas que l’on doit au scénario de Jean-David Morvan, au dessin de Pierre Dawance pour un titre paru aux éditions Sarbacane


- La sortie de l’album L’homme - chevreuil que l’on doit au scénario de Vincent Zabus, au dessin de Jean-Denis Pendanx au dessin, une bande dessinée adaptée d’un ouvrage de Geoffroy Delorme et c’est paru aux Arènes BD


- La sortie de l’album Avila que l’on doit au duo Teresa Radice au scénario, Stefano Turconi au dessin et c’est publié dans la collection Treize étrange des éditions Glénat.



 
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PIF & HERCULE : SÉRIE ANIMÉE ET CAMPAGNE SUR ULULE


 Il y a des campagnes participatives qui passent relativement inaperçues, et d’autres qui réveillent une mémoire collective. Celle lancée autour du retour de Pif et Hercule version dessin animé appartient clairement à la seconde catégorie. En quelques jours à peine, la mobilisation sur Ulule a transformé la sortie de leur animé en véritable événement, porté par une communauté aussi fidèle qu’enthousiaste. L’objectif initial atteint, les créateurs voient déjà plus loin : un cap symbolique fixé à 200 %. À la clé, un clin d’œil irrésistible à l’histoire du journal Pif Gadget : le retour du mythique parachute Pif. Réédité pour l’occasion, accompagné d’un mode d’emploi présenté par Rahan, ce gadget culte (autrefois sublimé par une couverture signée Mandryka) viendrait récompenser tous les contributeurs si ce nouveau palier est franchi. Mais la campagne ne se résume pas à une opération nostalgie. Elle s’accompagne d’une sélection soignée de fac-similés, goodies et objets de collection, pensés pour séduire autant les amateurs de bande dessinée que les curieux. Derrière ces contreparties, on retrouve une exigence de fabrication et un vrai souci du détail, fidèle à l’esprit du titre.



Car l’ambition est bien plus large : offrir une nouvelle vie animée à des figures emblématiques de la BD populaire française. Diffusée sur Canal+, cette série marque le retour à l’écran de Pif et Hercule, après plusieurs incursions depuis les années 1980, dont une série télévisée et un long métrage au début des années 1990. Cette fois, le projet assume une approche résolument contemporaine. Animation 3D intégrée à des images réelles en 4K, écriture portée par une nouvelle génération d’auteurs, tonalité ludique et pédagogique : la série entend conjuguer héritage et modernité. L’esprit originel n’est pourtant pas oublié, notamment dans sa dimension éducative, héritée des collaborations passées avec des figures scientifiques comme Hubert Reeves ou Haroun Tazieff. Pensé pour les jeunes publics sans exclure les lecteurs historiques, le programme revendique un équilibre entre divertissement et éveil à la science, dans la lignée des grandes émissions pédagogiques françaises. Le casting vocal, lui, mêle nouvelles voix et énergie contemporaine, avec notamment le vidéaste/créateur de contenus Roman Doduick. Au-delà du dessin animé, cette campagne Ulule se présente comme un véritable levier pour l’avenir de la licence : nouvelles séries, long métrage, contenus dérivés… Les ambitions sont affichées, et le public est invité à y prendre part. Plus qu’un simple financement participatif, l’opération se veut un passage de relais entre générations. Une manière de rappeler que, dans le paysage de la bande dessinée française, certains héros ne disparaissent jamais vraiment : ils attendent simplement le bon moment pour retomber… en parachute.


Lien vers la campagne : cliquez ici


PIF GADGET, on le répète pour la énième fois, vous attend en kiosque dans sa nouvelle incarnation. Et Rahan aussi est de l'aventure.





GOTLIB : OEUVRE COMPLÈTE 1968 (GAI-LURON ET LA RUBRIQUE-À-BRAC)


 Les œuvres complètes de Gotlib arrivent donc au rendez-vous du deuxième volume, qui couvre toute l’année 1968. Les planches ont été nettoyées, certaines pages sont inédites et, fidèle au principe de cette réédition, l’ensemble est publié dans un ordre chronologique rigoureux, de manière à mettre en évidence les ponts qui existent entre les différentes séries de l’artiste. Pour ce tome, elles sont au nombre de deux et se croisent régulièrement : les aventures de Gai-Luron et la Rubrique-à-Brac, lancée quelques semaines avant le début de ce volume. On retrouve ici ce chien aussi placide qu’un éditorial sans opinion, mais à qui il arrive désormais de vivre des aventures structurées par un véritable fil rouge. On pense par exemple à la création d’un robot à son image, censé résoudre bien des problèmes, notamment les tâches fastidieuses. Évidemment, chaque mise en marche tourne court : la créature n’en fait qu’à sa tête, ou ne fonctionne pas du tout comme prévu. À ses côtés, Jujube, le faire-valoir, est désormais devenu un animal esthétiquement irréprochable (une transformation amorcée dans le volume 1967) avant de peu à peu s’effacer pour laisser davantage de place à Belle Lurette, que l’on pourrait présenter comme la fiancée potentielle de Gai-Luron. Ce dernier l’a rencontrée alors qu’il cherchait un modèle pour une campagne de publicité. Belle Lurette, particulièrement autocentrée et exaspérante au plus haut point, se révèle pourtant immédiatement séduite par la beauté (disons… discrète) de celui qui l’a engagée. Les deux personnages se rapprochent progressivement au fil des gags, où le pauvre protagoniste ne parvient jamais à ses fins. Même lorsque, un jour de l’an, il reçoit enfin une invitation à pénétrer dans la chambre de sa promise, c’est pour déplacer un meuble, et non pour ce que le lecteur malicieux aurait pu imaginer. D’ailleurs, lors d’une crise de somnambulisme, Gai-Luron était déjà parvenu à se glisser dans le lit de la belle sans que rien ne se passe. Une constante, en somme. Gai-Luron, c’est aussi un concours organisé auprès des lecteurs pour élire son plus beau costume, mais également une période mystico-identitaire durant laquelle le personnage admet sa nature canine et décide de renouer avec ses instincts animaliers. D’abord pour défendre son habitation contre d’éventuels cambrioleurs, ensuite dans le cadre d’un échange particulièrement savoureux avec Jujube.



Et bien évidemment, parler de Gotlib, c’est évoquer la Rubrique-à-Brac, où les sujets les plus divers sont traités de manière absurde, pour le plus grand plaisir des lecteurs en quête d’érudition décalée. Il s’agit souvent d’un regard porté sur le monde animal, avec la présentation des caractéristiques et modes de vie d’espèces variées (comme le paresseux, le pélican…) commentées par l’inénarrable professeur Burp. Mais Gotlib ne s’arrête pas là. Il propose également des rubriques plus artistiques : comment réaliser un poster de star de cinéma, comment concevoir une bande dessinée, ou encore comment cadrer une scène lorsqu’on est réalisateur. Sans oublier le running gag de la pomme et d'Isaac Newton, une marque de fabrique légendaire. À travers ces pages, on perçoit aussi la manière dont les plus jeunes voient le monde, et combien le passage à l’âge adulte peut s’avérer d’un prosaïsme redoutable. On suit également les exploits (façon de parler) de l’élève Chaprot, cancre absolu, qui, dans ses rêveries les plus folles, imagine une sorte d’entreprise où ses camarades deviennent des cobayes à son service, le tout durant une interminable heure de retenue. Ce sont peut-être ces pages qui se révèlent les plus touchantes : derrière l’humour corrosif, on découvre un auteur sensible, dont les idées semblent inépuisables et teintées de nostalgie. Inépuisables… pas tout à fait. En 1968, Gotlib abandonna brièvement la Rubrique-à-Brac, convaincu qu’il ne pourrait pas tenir le rythme et craignant la panne sèche. Heureusement, il reprit rapidement le travail avec le talent et la réussite que l’on sait. Raison pour laquelle, lorsqu’on referme ce volume de ses œuvres complètes, une seule pensée s’impose : vivement le prochain. Il devrait arriver pour les fêtes de fin d’année. C'est in-con-tour-na-ble.



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SUPERGIRL WOMAN OF TOMORROW : DE RETOUR CHEZ URBAN COMICS


 Il est forcément un peu plus difficile de susciter la considération et le respect, voire la crainte, quand on est une agréable jeune fille aux cheveux blonds, portant la jupette, d'aspect menu et engageant, plutôt qu'un type ultra musclé chargé en testostérone. D'ailleurs, Kara Zor-El a beau être "super", elle n'en reste pas moins une girl là où son cousin est lui présenté comme un man et non pas un boy ; une petite différence sémantique qui démontre bien que l'héroïne a toujours dû mettre les bouchées doubles pour trouver sa place au sein de l'univers DC comics. Notons qu'il en existe différentes incarnations, et que sa carrière éditoriale est pour le moins chaotique. À première vue, on pourrait la croire plus faible, et d'ailleurs certains ennemis de Superman n'hésitent pas à s'en prendre à elle pour se venger, lorsqu'ils la croisent dans l'espace. Mais ce serait une erreur. C'est ce que nous montre assez rapidement Tom King dans cette désormais célèbre mini série en 8 volets, qu'Urban Comics représente aujourd'hui dans une belle version augmentée et une autre en noir et blanc. L'histoire démarre sur une lointaine planète, dans une ferme de roche, où une jeune fille (Ruthye) assiste au meurtre de son père, des mains de Krem des collines d'ocre, un assassin impitoyable, qui laisse son épée enfoncée dans le poitrail de sa victime.  Commence ainsi une vengeance personnelle contre Krem, avec l'idée d'enrôler un mercenaire pour obtenir réparation dans le sang, en se servant de la fabuleuse épée abandonnée par l'assassin, comme monnaie d'échange pour la transaction. Mais rien ne se passe comme prévu pour la pauvre jouvencelle. Fort heureusement, dans le même bar où se déroule la négociation, nous retrouvons Supergirl, bien occupée à fêter son 21e anniversaire (c'est-à-dire selon la loi américaine celui de sa majorité, autrement dit elle a désormais le droit de consommer de l'alcool) en se mettant minable grâce à la bouteille. Et quand une demoiselle en détresse rencontre une super héroïne en proie au doute et à la recherche de son destin personnel, les conditions sont réunies pour mettre sur pied une petite épopée spatiale attachante et fantasmagorique, qui va nous emmener rencontrer des mondes singuliers et interroger ce qui constitue notre humanité, à des années lumières, au fin fond du cosmos.



On embarque donc avec Tom King pour un voyage merveilleux. À travers les mondes, le cosmos, pendant de longs mois. Supergirl et sa protégée vont affronter toute une série d'aventures qui seront autant de jalons vers l'acceptation et la compréhension de soi. Ne croyez pas que la toute-puissance de la charmante blondinette lui permette de faire face à tout et n'importe quoi ; tout d'abord parce qu'une partie de ce périple va se dérouler sur une planète baignée d'un soleil vert qui se révèle être hautement toxique pour qui vient de Krypton, et c'est cette fois au contraire Ruthye qui va devoir protéger l'héroïne. Mais aussi parce que cette poursuite à travers les étoiles, pour mettre la main sur Krem et obtenir réparation, constitue une preuve de force intérieure : est-il nécessaire de tuer quand la magnanimité permettrait d'opter pour un autre châtiment ? C'est là que tout le génie de Tom King frappe le lecteur, avec deux dernières pages absolument splendides qu'il est impossible d'aborder concrètement sans spoiler l'histoire, mais qui ne correspondent pas forcément à tout ce à quoi vous pouvez vous attendre en lisant ce qui précède. Cette histoire au demeurant fort belle et poétique est rythmée par un phrasé et une langue soignée, excellemment traduite en français par Jérôme Vicky. Le dessin est de Bilquis Evely, et s'il peut surprendre notamment pour ce qui est du visage de Supergirl (assez anguleux, voire caricatural, avec le bleu des yeux qui mange ou illumine le reste) le côté féerique de l'ensemble compense largement cet aspect un peu moins gracieux que d'habitude. Les planches sont vivantes, truffées de petits détails, et surtout elle ne se ressemblent pas ou tout du moins leurs différences finissent par s'accorder, pour orchestrer un ensemble de mondes, ce qu'on appelle un univers graphique. Un long voyage, une quête personnelle, presque un récit légendaire comme on le comprend en fin de parcours : nous sommes là face à une bande dessinée qui échappe à la norme, l'envie de convoquer la surenchère et le bain de sang, pour donner la parole à un personnage aussi fort que fragile, aussi sous-évalué que potentiellement magnifique, et qui l'espace de huit longs épisodes nous enchante régulièrement. Woman of tomorrow a donc tout pour être également woman of the summer, le temps que nous y sommes, avec un film derrière la porte. Woman, on a dit, et pas juste girl.



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DC K.O. TOME 1 : LA BATTLE ROYALE COMMENCE ICI !


Vous êtes désormais habitués et vous le savez, les comic books américains vivent d'événements réguliers qui essaient à leur façon de bouleverser l'équilibre super-héroïque qui règne chez l'éditeur qui décide de les publier. Ainsi, chez DC Comics, place à quelque chose d'assez spectaculaire et singulier : DC K.O. Le principe est simple (c'est en tout cas ce qui est annoncé dans les intentions de départ), une sorte de Battle Royale qui va permettre de déterminer, enfin, qui est le plus fort entre tous. Et tout ça à cause de Darkseid, le mal incarné, qui cette fois encore a fait des siennes. Il faut dire que sa dernière incursion sur Terre a été la bonne. Cette fois, le tyran d'Apokolyps a vraiment triomphé, il n'est pas possible d'en venir à bout, l'univers lui appartient. D'autant plus qu'au cœur de notre planète, une sorte de noyau, de coeur de matière Omega (n'allez surtout pas me demander des explications scientifiques plausibles) ne fait que confirmer sa puissance et son inéluctabilité. La seule manière de l'arrêter, ce serait alors de stopper l'activité de ce noyau, un peu comme si on voulait le rebooter, et par la même lui offrir un champion capable de canaliser et d'incarner toute la puissance Omega pour défaire et prendre la place de Darkseid. Comme le projet est plutôt risqué et ne tient pas debout, expliqué comme cela (vous le savez, dans le monde des super-héros, les règles de la physique sont très différentes), il faut tout de même préparer un plan B, c'est-à-dire l'évacuation de la Terre ! Tenez-vous bien, la Justice League et leurs amis ont vraiment l'intention d'emmener les habitants sur d'autres plans d'existence ou mondes lointains, le temps que les choses se calment, si cela est possible. Le pire c'est que ce plan complètement dingue semble fonctionner et que le nouveau champion ne va pas être désigné par hasard, mais au terme d'une sorte de grand tournoi à élimination auquel vont prendre part 32 personnages parmi les plus puissants ou influents de DC Comics. Le premier tour consistera en une sorte de quête aux artefacts propres à certains de ces héros, tandis que par la suite, tout le monde va devoir taper sur tout le monde et mettre de côté les concepts d'empathie, d'entraide et de gentillesse. Même Superman ramène avec lui des poings américains dans lesquels sont incrustés des mini soleils ! Subtilité, quand tu nous tiens.



C'est presque une évidence : un scénario aussi dingue, avec des implications aussi faramineuses, c'est forcément l'œuvre de Scott Snyder ! Du côté du dessin, Javi Fernandez et Xermanico s'en sortent à merveille et permettent d'assister à une sorte d'apocalypse jouissive, où le lecteur, page après page, s'attend à voir certains personnages éliminés, tandis que d'autres vont continuer leurs courses vers le succès. Et à priori, les super-vilains ne sont pas invités et devaient être mis hors de l'équation, mais c'était compter sans Lex Luthor, qui au dernier moment est parvenu à pénétrer avec effraction dans la compétition, accompagné par quelques autres gros calibres des forces du Mal. Urban Comics publie l'événement sous la forme de trois tomes (le dernier prévu fin juin) ; autrement dit, vous allez pouvoir y découvrir non seulement la série mère mais tout un tas d'épisodes annexes, les fameux tie-in, avec par exemple ceux qui sont insérés dans la série des Titans, où nous allons pouvoir mieux comprendre comment fonctionne cette évacuation fantastique dont nous parlions ci-dessus. Mais aussi des épisodes du titre Superman où nous allons en apprendre plus sur le destin de Loïs Lane, qui a brièvement obtenu des supers-pouvoirs au point de devenir Superwoman et qui va ici tout simplement les récupérer. Notons également dans ce premier volume les deux premiers épisodes de DC K.O. Knightfight, où il est question de s'intéresser à que ce devient le grand absent du tournoi, celui qui n'est pas parvenu à se qualifier, à savoir Batman. Du coup, le chevalier noir va vivre ses propres aventures en parallèle, entre fantasmes, vérités distordues et versions très singulière de Gotham, et avec les dessins de Dan Mora pour magnifier l'ensemble. On est toujours preneur tant cet artiste est vraiment doué. DC K.O. c'est donc une véritable orgie super héroïque, au-delà de ce qu'on peut croire ou raisonnablement accepter. Il faut vraiment se laisser porter par la vague mainstream et voir ça comme une espèce de vaste récréation frappadingue, la Coupe du monde avant l'heure, où les équipes de football sont en fait remplacées par quelques-uns des personnages iconiques de chez DC Comics. Qui va se qualifier, qui va être éliminé, les paris sont ouverts !



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LA SIMULATION (DE LOIC HECHT) : ET SI NOUS VIVIONS DANS UN MONDE QUI N'EXISTE PAS ?


La question est proprement vertigineuse, raison pour laquelle nous avions tant envie de découvrir La simulation, enquête réalisée par Loïc Hecht sur une théorie qui fascine la Silicon Valley, comme le dit la couverture. Et si notre monde n’existait pas ? Pour entrer dans les détails : et si nous n’étions que des programmes, des pions, des personnages occupés à vivre une existence qui n’est, en réalité, non pas le réel, mais le fruit d’une immense simulation ? À un tel niveau que tenter d’appréhender la chose a de quoi nous filer la migraine pour toute la soirée. Pour parvenir à répondre à cette question (spoiler : aucune réponse tranchée n’est en réalité possible), il faut donc aller rencontrer ceux qui se sont penchés sur le sujet, c’est-à-dire traverser l’océan Atlantique et aller converser avec des physiciens, ou tout simplement les amis de ces milliardaires qui se passionnent pour la question, ceux qui sont en train de refaçonner notre monde et la manière dont nous nous y connectons. Hecht réalise tout cela avec un brio certain et un style capable d’alterner une écriture léchée et, à d’autres moments, plus complice (et intime, comme lorsqu'il réalise que sa relation sentimentale est en train de se déliter lentement), ce qui rend la lecture extrêmement agréable. Les cent premières pages défilent à un rythme soutenu, jusqu’à ce que l’enquête se focalise plus particulièrement sur un individu : Tom Campbell, ancien de la NASA. Et là, La simulation, qui jusque-là prenait en compte tout un ensemble d’hypothèses qui avaient tendance à nous ramener du côté d’une forme d’interprétation digitale du monde, comme si toute notre réalité avait été encodée par des programmateurs dont nous ne soupçonnons pas l’existence (à moins que ce ne soit nous-mêmes et que nous ne soyons que nos propres avatars) se met dès lors à définir ce qu’est la conscience. De Matrix à Bouddha, en quelque sorte. Car ce bon vieux Campbell, qui à bien des égards nous semble quand même un type extrêmement perché, à mi-chemin entre le gourou et le maître des arts mystiques dans un film Marvel, affirme être capable de sortir de son corps, d’opérer ce que l’on appelle le remote viewing, c’est-à-dire identifier des scènes ou des objets à distance, voire même d’entrer en contact avec d’autres entités et d’accompagner les morts au moment où ils quittent notre plan d’existence. C’est quand même bien difficile à croire, même si l’auteur, qui va assister en distanciel à un séminaire d’une semaine organisé par le type, fait tout son possible pour rendre ces informations accessibles au lecteur, tout en conservant un indiscutable recul critique qui permet de ne pas crier à la supercherie ou au complotisme.


Reste le fait que je suis un indécrottable sceptique et que cet ouvrage (il faut le signaler avant que vous ne vous précipitiez en librairie pour l’acquérir) est davantage pensé pour ceux qui sont disposés à réfléchir au caractère mystique et transcendantal de l’existence. Autrement dit : savoir si l’existence est définie par la conscience ou si c’est la conscience qui définit l’existence. Peu importe, finalement. Plutôt que pour les fans de science-fiction à la Matrix, prêts à déceler les failles de la machine comme on interpréterait des pixels défaillants sur un écran d’ordinateur. La méthode de Loïc Hecht n’est d’ailleurs pas scientifique en soi : il participe à des séminaires où il est question de sortir de soi, ingère des substances psychotropes, dont il a, de toute manière, déjà l’habitude de faire usage. Bref, nous sommes davantage sur un terrain à la Jack Kerouac que dans les élucubrations d’un Elon Musk ; plutôt que les champignons, lui, ce serait une orgie de kétamine. Et puis, le problème avec ce genre d’enquête, c’est qu’elle repose essentiellement sur des témoignages, ou plutôt des assertions : quelqu’un vient vous expliquer qu’il a fait ceci ou cela, et vous devez y croire, autrement tout l’édifice s’effondre. On vous explique que des expériences secrètes ont été menées dans des laboratoires appartenant à des agences gouvernementales : vous devez partir du principe que c’est vrai, même s’il vous est impossible, là, maintenant, à l’instant, d’en contrôler les résultats d’une manière suffisamment claire et honnête pour chasser le moindre doute. Bien entendu, beaucoup des faits rapportés sont troublants. Mais on peut se demander si toutes ces expériences de sortie du corps, ces capacités à deviner des images à distance, ou même à entrer en communication avec des morts et à se balader sur une sorte de plan astral, ne relèvent pas, finalement, d’une vaste supercherie reposant sur un effet de logique : si cela était possible, plus personne ne pourrait réellement disparaître de la surface de la planète, et il serait alors envisageable d’anticiper toutes les grandes problématiques, voire d’en trouver un remède en ayant recours à ce paranormal bien pratique. Ou pas ? La Simulation est donc un livre tout aussi fascinant que bancal, et c’est bien pour cela qu’il est attachant. Il tente de remettre en cause la réalité, tout d’abord en essayant de la définir, mais aussi en l’attachant à une forme extrême de subjectivité, c’est-à-dire en la faisant dépendre de notre conscience, de nos états de conscience. Dès lors, la conclusion nous ramène, presque logiquement, dans le domaine de la machine : l’intelligence artificielle. ChatGPT, par exemple, est-il une entité que l’on peut qualifier de consciente, ou simplement un instrument que l’on pourrait maltraiter à l’envi ? Là encore, il n’y a pas de réponse, si ce n’est celles que le lecteur pourra se forger au terme d’un livre qui ouvre beaucoup de portes sans jamais les refermer. Un voyage des plus divertissants et perturbants, mais qui apporte encore davantage de questions que de réponses. Disponible aux éditions Les Arènes. 



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CORUM TOME 1 : LE CHEVALIER DES ÉPÉES (CHEZ GLÉNAT)


 Avec Corum : Le Chevalier des Épées, premier tome d’une trilogie publiée chez Glénat, David Chauvel s’attaque à un chantier délicat. Adapter l’univers de Michael Moorcock, ce n’est jamais une promenade de santé, surtout lorsqu’il s’agit de faire vivre en bande dessinée un personnage aussi chargé que Corum (Jhaelen Irsei). Le genre de tâche qui a de quoi filer le vertige, rien qu'à y penser. Dès l’ouverture, cette nouvelle tentative annonce la couleur. Ici, pas de montée en puissance progressive ni de parcours héroïque classique. Corum revient de mission pour découvrir son peuple anéanti, et la suite s’enchaîne avec une brutalité presque sèche. Sa vengeance tourne court, il est capturé, mutilé, puis sauvé de justesse pour être aussitôt embarqué dans une quête qui le dépasse complètement. Le message est clair, Corum n’est pas vraiment aux commandes de son destin. Une marionnette, dans le meilleur des cas. C’est d’ailleurs ce qui fait le sel de ce premier tome. Chauvel choisit une narration rapide, parfois même un peu précipitée (les enchaînements entre certaines scènes sont un poil abruptes), qui peut donner l’impression que les informations et noms à enregistrer sont plus que ce que le lecteur moderne est en mesure d'assimiler. Mais cette urgence sert aussi le propos. Le monde décrit ici est instable, violent, dominé par des forces qui échappent à toute logique humaine. Les dieux manipulent, les peuples s’entretuent, et au milieu de tout ça, Corum tente simplement de survivre, sans jamais vraiment comprendre les règles du jeu. D'ailleurs, le récit dépasse peu à peu la simple vengeance. Il installe une ambiance plus sombre, tendance fataliste, où le héros avance davantage contraint que volontaire. Impossible de ne pas penser à Elric de Melniboné, autre figure emblématique de Moorcock, avec qui Corum partage cette fragilité et ce rapport compliqué au pouvoir (à lire chez Delirium, pour la plus belle version). Cette dimension tragique donne au récit une épaisseur bienvenue, une forme de solennité que les dialogues inspirés renforcent clairement.



Visuellement, c'est la fête ! Luca Merli signe un travail remarquable et généreux. Son dessin est riche, parfois chargé, mais toujours au service de l’ambiance. Les décors donnent de l’ampleur, les créatures impressionnent, et surtout, les visages traduisent bien la dureté de ce que traverse le personnage. Les scènes d’affrontement sont de véritables tableaux dramatiques, grâce à une mise en page dynamique, et certaines compositions flirtent avec un imaginaire onirique déviant, qui souligne l’étrangeté d'un monde où le danger et la duplicité sont partout. Corum, lui, finit donc par se mesurer à Arioch. Dans l’univers imaginé par Michael Moorcock, le Chevalier des Épées n’est pas un simple adversaire qu’on croise au détour d’un chemin. C’est une entité divine, une puissance du Chaos qui joue avec les mortels comme d’autres manipulent des figurines sur un échiquier. Corum, déjà bien amoché physiquement (mais "réparé" de manière mystique), va surtout découvrir qu’il est embarqué dans une partie qui le dépasse largement, où Arioch semble récrire les règles qu'il fixe au détriment des joueurs. Tout cela, Luca Merli s'en empare, le malaxe, lui donne corps et une vitalité brute. Excellent. Il existe aussi une magnifique version en noir et blanc de ce premier tome, pour ceux qui voudraient encore plus s'enivrer du trait brut de l'artiste italien. Cela dit, les couleurs sont aussi de son fait, l'ensemble est cohérent et maîtrisé de bout en bout, c'est vous qui voyez, vraiment ! Je vous le rappelle et promets, ce premier tome va à l’essentiel. Il pose les bases, installe son héros et son monde, sans chercher à tout développer immédiatement. Cela peut donner une impression de densité, risque de perdre le lecteur distrait (Corum se lira dans un canapé, au calme, pas aux toilettes pour passer le temps), mais l’ensemble est clairement efficace et accrocheur. Le démarrage est solide, sombre comme il faut, et suffisamment intrigant et sanguinolent pour donner envie de voir où tout cela va mener. La fantasy ne meurt jamais, et avec une doublette comme Chauvel/Merli, a encore de bien beaux jours devant elle (la suite fin août, si tout va bien).



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KING SPAWN 2024 2025 : UN AN DE SPAWN IMPITOYABLE


 Publié chez Delcourt, King Spawn s’inscrit pleinement dans la seconde jeunesse que connaît l’univers du personnage. Ce titre, désormais le deuxième pilier après la série historique éponyme, inaugure avec son volume 2024-2025 une nouvelle formule éditoriale : à l’instar des autres séries de cet univers, chaque album regroupe désormais une année complète de publication, soit douze épisodes. Le contexte reste globalement fidèle à celui introduit précédemment : la grande guerre entre anges et démons s’est achevée de manière inattendue, contraignant toutes les factions à se retrouver prisonnières sur Terre, privées de leurs pouvoirs. Al Simmons lui-même ne peut plus recourir à son costume de nécroplasme. Pourtant, il conserve un avantage décisif : une maîtrise absolue du combat, forgée sur tous les champs de bataille imaginables. Véritable machine de guerre, il demeure un adversaire redoutable, capable de renverser des situations qui sembleraient désespérées pour d’autres. Dans ce nouvel équilibre des forces, les vampires tirent habilement leur épingle du jeu. Menés par le redoutable Bludd, ils entendent bien prendre leur revanche et éradiquer ceux qui les ont jadis asservis ou méprisés. Parallèlement, l’intrigue s’ouvre sur l’enlèvement de la grand-mère Blake (mamie de Wanda, quoi). Une erreur fatale : Spawn se lance immédiatement à sa recherche et intervient avec sa brutalité coutumière. Car tel est le leitmotiv de ces épisodes : quiconque s’en prend à lui ou à ses proches déclenche une riposte fulgurante. Le sang coule, les affrontements s’enchaînent, et l’action ne connaît aucun répit. Au cœur de cette déferlante, le retour de Cy-Gor, gorille cybernétique d’une violence extrême, qui sert de catalyseur à l’une des scènes les plus démesurées et mémorables de ces dernières années.



Je cite cette double page saisissante où Spawn est agrippé par les pieds tandis que Cy-Gor le fait tournoyer sur lui-même, dans un déluge de tirs automatiques. Cette scène résume à elle seule le ton de la série : un basculement assumé vers le grand-guignolesque, où les affrontements, d’une violence extrême, ne laissent aucune place à la pitié. L’ambiance y est perpétuellement sombre, sans la moindre lueur d’espoir ni véritable moment de répit, dans un volume mené tambour battant. La bonne nouvelle réside alors  dans la qualité exceptionnelle de la partie graphique. Comme souvent dans l’univers de Spawn, les artistes mobilisés sont de tout premier plan. Jason Shawn Alexander impressionne par son style viscéral et habité, tandis que Javi Fernández, Jeremy Haun, Javi Fernandez ou encore Yildiray Cinar (dans un registre plus classique et rassurant) livrent des planches d’une grande maîtrise, capables de séduire aussi bien les amateurs d’expérimentations graphiques que les adeptes d’un comic book mainstream. Certes, les enjeux peuvent parfois sembler nébuleux, voire dilués dans la durée. Mais c’est là qu’intervient une seconde bonne surprise : même un lecteur novice pourra progressivement recoller les morceaux sans trop de difficulté. Les nombreuses références au passé, ainsi que l’apparition de figures déjà établies (comme le gorille cybernétique évoqué plus haut ou certaines entités symbiotiques à la Haunt ) peuvent susciter quelques interrogations, sans jamais rendre l’ensemble hermétique. Au fond, l’essentiel est ailleurs : pour peu que l’on recherche un divertissement gothique, outrancier et volontiers excessif, la série remplit parfaitement son contrat. Todd McFarlane continue ainsi de développer un univers qu’il n’a jamais cessé de faire évoluer, solidement épaulé ici par Rory McConville, sur ce titre parallèle. Grâce à un rythme de publication désormais plus lisible et des volumes généreux, les lecteurs peuvent s’immerger avec facilité dans ces ténèbres foisonnantes où le rouge sang domine. La subtilité n’est peut-être pas au cœur de King Spawn, mais après tout, ce n’est pas ce que l’on attend de ce comic book et de son univers, non ?



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LA LONGUE MARCHE DE LUCKY LUKE : LE NOUVEAU LUCKY LUKE DE MATTHIEU BONHOMME


Lucky Luke, c'est le cowboy solitaire par essence. On ne lui connait pas de relation suivie, que ce soit avec une femme ou un homme, tout juste un rapport presque fusionnel et amical avec le célèbre cheval Jolly Jumper, qui accompagne chacune de ses aventures, jusqu'au final où est entonnée la ritournelle de la séparation. Alors l'imaginer en père chargé de veiller de veiller sur un jeune adolescent turbulent, c'est assez improbable. C'est pourtant (presque) ce qui se passe dans le troisième album des aventures de Lucky Luke par Matthieu Bonhomme. Ici, il va devoir escorter un garnement qui porte le nom indien de Nuage Rouge. Mais c'est en fait le fils de l'héritière de l'empire du magnat Ronald Cramp, qui a dû se réfugier dans la tribu des Pieds Bleus après avoir été abandonnée en pleine tourmente de neige avec son enfant, pour la faire disparaître elle et sa progéniture. Une sombre affaire de succession est le motif de ce geste tragique, le meilleur moyen de se débarrasser de ceux qui étaient appelés un jour à posséder l'immense fortune de la dynastie Cramp. Qui est d'ailleurs une sorte de projection de Trump, comme on se surprend à le penser à plusieurs reprises, à travers quelques clins d'œil savants qui permettent d'établir un lien. Et puis dans cette histoire, on retrouve aussi les Dalton, bien entendu. Ils ont été engagés pour empêcher Lucky Luke de mener sa mission à bien, c'est-à-dire tout faire pour qu'il ne puisse pas emmener le gamin jusqu'au Canada, à travers les forêts enneigées et tous les pièges qu'on peut rencontrer en milieu hostile, pour que la justice soit enfin rendue. Les Dalton sont toujours aussi stupides et peu efficaces, néanmoins, il s'agit tout de même de rester sur ses gardes, d'autant plus que la trahison n'est jamais bien loin. Ils sont ici ceux qui poursuivent, à défaut d'être poursuivis. Au fil de de l'aventure, les liens se resserrent en tous les cas, et Lucky Luke se prend à apprécier sincèrement le jeune indien, qui s'avère avoir plus d'un tour dans son sac !



Il faut être honnête, ce troisième album hommage réalisé par Matthieu Bonhomme était-il nécessaire ? La question, en fait, ne se pose pas en ces termes. Depuis quand une bande dessinée doit-elle être nécessaire ? Ce que l'on attend d'elle, c'est une qualité artistique qui fasse de l'histoire une proposition pertinente, susceptible de toucher un lectorat large. Ici, Lucky Luke est loin d'être la pâle copie du cowboy solitaire; bien au contraire, le style beaucoup plus réaliste de l'artiste par rapport à celui de Morris produit un résultat absolument formidable pour les yeux, d'autant plus que le côté fantomatique et hivernal de nombreuses scènes renforcent le sentiment de proximité que nous avons vis-à-vis des personnages. Les thématiques écologistes et anticapitalistes sont également présentes, et quand on voit la manière dont aujourd'hui s'enfonce notre société dans une inéluctable tragédie commune, on ne peut qu'être content de voir qu'il est possible d'insuffler ces sujets avec humour et légèreté, dans ce genre de produit moderne. Alors oui, les Dalton n'ont peut-être pas un rôle aussi central qu'ils ont pu l'avoir dans l'œuvre fondatrice de Lucky Luke, oui le cowboy n'est pas ici en train de livrer un one man show et d'occuper le devant de la scène de la première à la dernière vignette, mais il n'empêche, cette longue marche est réellement exécuté avec maestria et relève du plaisir artistique, de bout en bout. Matthieu Bonhomme n'est certainement pas Morris et n'a jamais prétendu l'être : son Lucky Luke, par contre, tout en n'étant clairement pas celui de nos grandes années de jeunesse, en est un digne avatar. C'est tout simplement beau, bien écrit, et il faudrait vouloir se faire du mal que de vouloir s'en priver, pour les mauvaises raisons.

Chez Lucky Comics / Dargaud

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SUPERGIRL (DC PRIME) TOME 1 : MÉSAVENTURES À MIDVALE


 Promis, par respect pour le travail des artistes – et parce que j’aime me montrer aussi objectif que possible. Au fait, ne venez pas me casser les pieds avec les tirets cadratins et Chat GPT – je n’ai aucune intention de descendre en flammes ce premier tome des nouvelles aventures de Supergirl. Mais un distinguo s’impose d’emblée : je ne suis absolument pas, même de très loin, le public cible de ce titre. À première vue, il s’agit d’une tentative de DC Comics de séduire un lectorat adolescent. La série respire le young adult, bien loin des aventures plus solennelles et tragiques de Superman. Ici, la cousine de l’Homme d’Acier retourne à Midvale, le petit bourg dans lequel elle a grandi. Elle est censée y reprendre l’identité de Linda Danvers et retrouver ses parents. Sauf que l’accueil est pour le moins tiède, et que rien ne va se dérouler comme prévu. À peine revenue dans ce qui fut autrefois son foyer, Kara découvre que tous les habitants semblent sous le charme de Supergirl. Problème : personne ne connaît sa double identité, et cela fait longtemps qu’elle n’est pas revenue accomplir de nouveaux exploits. L’explication est aussi simple qu’inattendue : une autre Supergirl sévit en ville. Il s’agit en réalité d’une habitante de la cité-bouteille de Kandor, Lesla-Lar, bien décidée à imiter (voire supplanter) celle qu’elle jalouse. Pour parfaire l’illusion, elle va jusqu’à hypnotiser les parents de Kara afin qu’ils l’adoptent comme leur propre fille. Et comme si cela ne suffisait pas, cette nouvelle venue entreprend de ridiculiser la véritable Supergirl, la présentant aux yeux de toute la ville comme une pâle copie (un plagiat, même). Entre quiproquos, retournements de situation et démonstrations de pouvoirs, la série ne se prend jamais au sérieux. On est ici très proche de la bande dessinée humoristique, bien plus que d’un récit super-héroïque classique. L’ensemble est d’ailleurs truffé de super-animaux, qu’ils soient alliés (comme Krypto le chien ou Streaky le chat) ou ennemis, à l’image d’une version féminine de King Shark. Un peu plus loin, un lapin doté de super-pouvoirs vient compléter ce bestiaire improbable. Autant dire que prendre tout cela au premier degré n'est pas très recommandé.



Les motivations et la caractérisation de Lesla-Lar restent, elles, réduites à l’essentiel. D’où cette impression persistante d’un comic book pensé pour un public adolescent. Passée sa jalousie envers Supergirl, le personnage se révèle animé par un besoin simpliste : être aimé, se faire des amis. Et, comme chacun sait, l’amitié change une vie. Dès lors, la dynamique évolue rapidement : entre une jeune fille sauvée par Supergirl, l'entrée en scène de la fille de Lex Luthor, et cette rivale devenue alliée, une étrange sororité se met en place. Avec au menu une virée entre copines dans un bar gothique, tandis que Supergirl prend sous son aile celle qui, quelques pages plus tôt, cherchait à l'humilier, afin de lui apprendre les bases du métier de super-héroïne. Le tout est rapide, coloré, presque bubble gum, et ne cherche jamais la profondeur. Ce qui surprend davantage, en revanche, c’est de voir ce type de récit publié sous le label DC Prime. Un album de ce genre aurait trouvé toute sa place dans une collection parallèle, pour assumer pleinement son orientation juvénile. Mais ici, avec des épisodes qui font ponctuellement référence à la continuité récente de DC Comics, la rupture de ton interroge. Comment passe-t-on d’une héroïne évoluant dans l’ombre de son célèbre cousin à une adolescente aux préoccupations et fréquentations aussi légères ? Le contraste a de quoi dérouter (euphémisme). Côté dessin, le travail de Sophie Campbell (également scénariste, donc) se révèle correct sans être particulièrement marquant. À ce jeu du décalage stylistique, d’autres artistes, comme Michael Allred, assument bien davantage leurs choix esthétiques et en tirent une véritable identité visuelle. Bref, vérifiez bien que vous avez compris de quoi il en retourne, avant l'achat de ce premier tome qui annonce le film que vous savez… 



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ESCAPE TOME 1 : LA GUERRE ANTROPOMORPHE DE REMENDER ET ACUNA

 Avec Escape , Rick Remender ne signe pas simplement un récit de guerre progressiste et bourré de bons sentiments comme bien d'autres. I...